23 avril 2007
Introduction au voyage
A chaque retour de voyage, je me dis que je devrais faire un tri dans mes notes, ranger mes photos, mettre un peu d'ordre dans mes souvenirs, pour pouvoir m'y replonger à ma guise...et chaque fois, le temps file à toute vitesse, mes carnets restent dans les cartons, et je ne fais rien. Heureusement, avec les photos numériques, plus besoin de les classer dans des albums ou dans les traditionnelles boîtes à chaussures!
Mais cette fois, j'ai décidé de prendre ce temps qui me fait si souvent défaut. Pour partager avec ceux qui souhaiterons visiter ce blog, des images de ce coin du Maroc, ignoré par les hordes de touristes: là-bas, pas d'hotels 5 étoiles, pas de dîners-spectacle. Là-bas, c'est la nature qui nous fait son plus beau numéro: elle nous offre des palettes de couleurs inoubliables, des dégradés de vert, aux rouges et ocres de la terre, en passant par les taches colorés du linge sèchant dans les arbres... et puis des rencontres; des sourires d'enfants à faire fondre le soleil, des femmes, avec lesquelles nous partagerons pour quelques instants, un quotidien parfois rude, mais qui jamais ne semble leur peser...
Près pour le voyage?
Dimanche 1er Avril 2007
Départ de Roissy sous le soleil, direction Marrakech!
J'ai hâte de retrouver l'ambiance de cette ville débordante de vie!
L'avion entame sa descente, et je reconnais les tuiles vernissées aux couleurs d'espoir: celui de passer un séjour riche en émotions!
Les formalités enfin réglées, nous filons vers la sortie. Je cherche du regard celui qui va nous accompagner tout au long de notre trek. Parmi un groupe de guides brandissant des pancartes aux noms des voyagistes qu'ils représentent, je découvre un monsieur au sourire accueillant: en quelques secondes, mon opinion est faite. Le courant passe: l'homme a beaucoup d'humour et très vite, tout le monde se sent à l'aise. Nous faisons les présentations: rapides, puisque nous ne sommes que 6! Il se nome Lahcen.
Nous prenons un minibus, et nous roulons vers le centre ville, puis la Medina. Je reconnais avec plaisir des rues familières...seule ombre au tableau: il fait frais! très frais! Nous avons laissé le soleil à Paris. Ici, il pleut! ça fait des lustres qu'il n'avait pas plu! les marocains ont besoin de cette eau: pas question pour nous de râler! et puis nous ne sommes pas là pour ça...mais tout de même...si le ciel voulait bien se montrer plus clément...ben il veut pas, le ciel! et tout au long de la journée, nous allons courir nous abriter, à chaque averse de pluie diluvienne. Pas question de me défaire de mon éternel optimisme: ne dit-on pas "mariage pluvieux, mariage heureux"?...moi, j'ai décidé que ce serait "arrivée pluvieuse, voyage heureux"! Les jours prochains me donneront raison!
Mais pour l'heure, le minibus se faufile dans la médina, et s'arrête dans un quartier que nous connaissons, proche des tombeaux saadiens. Lahcen nous conduit au font d'une minuscule impasse: nous sommes arrivés! Derrière une vieille porte en bois, se cache notre ryad. Il est adossé aux murs du palais de la Bahia.
L'homme qui nous accueille est le propriétaire des lieux: 1°déception: il est français, comme beaucoup de propriétaires, dans la médina. Mais pour le dépaysement, on a fait mieux que l'accent de Toulouse!
Nous le laissons nous conduire à nos chambes, et là, 2° déception: sans se préoccuper de l'age de nos enfants, et voyant que 4 des inscrits étaient de la même famille, ce monsieur s'est permis de nous attribuer une chambre "famille": de simples rideaux en guise de portes, un minuscule cabinet de toilettes pour 4! hors de question que j'accepte cette chambre. Nos filles ont 15 et 22 ans, il est légitime de demander un peu plus d'intimité.
Nous avions choisi ce voyage, pour le contraste entre le confort de l'hébergement à Marrakech, et celui, beaucoup plus "rustique", auquel nous serions confrontés pendant notre trek. Sachant que nous allions effectivement dormir en dortoir les jours suivants, le propriétaire s'était tout naturellement autorisé à nous donner un avant-gout... un brin agacée, un peu fatiguée, j'ai poliment, mais fermement signifié à ce monsieur qu'il vallait mieux qu'il nous trouve rapidement une solution de substitution, ce qu'il a fait la mort dans l'âme: il "perdait" une chambre disponible!
Mais nous avons appris à le connaître, et j'avoue avoir eu honte de partager sa nationalité: son employé, Mohamed, n'était autre que l'ancien propriétaire des lieux. Combien de fois ai-je eu mal pour lui, de la façon dont il était traité, pour ne pas dire exploité! Il est des gens qui doivent avoir la nostalgie du temps des colonnies, ou tout au moins du protectorat...
Chacun sait que ces ryads sont des endroits qui peuvent devenir de véritables palais, une fois restaurés...celui ci l'a été sans goût et sans âme, et sans doute à faibles moyens. le top, fut tout de même de découvrir une cheminée à la française dans la salle à manger...no comment.
Bref, une fois installés convenablement, nous avons tout de même pu apprécier le calme des lieux.
Pas question pour nous de perdre de temps: nous partons en reconnaissance, pour voir si nous retrouvons le chemin qui mène au restaurant Nid'cigogne, dans lequel nous avions déjeuné l'an dernier. Par miracle, dans le labyrinthe de la médina, nous retrouvons sans peine nos repères et nous tombons sur l'enseigne, à côté de la pharmacie berbère.Nous montons les trois étages qui mènent à la terrasse, et nous réservons une table pour le soir. Mais ce chemin, si je l'ai fait volontiers de jour, je préviens tout de suite: hors de question que je le fasse de nuit! même si je me sens parfaitement en sécurité ici (bien plus que dans certaines villes françaises), trouillarde comme je suis, je reconnais là mes limites:il suffirait qu'un chat me frôle la jambe pour que je pousse un hurlement à réveiller tout le quartier!... nous ferons donc le tour, en longeant les remparts.
Nous rentrons au ryad au pas de course, filons prendre une douche bien méritée, et partons tous ensemble pour aller dîner. J'aime l'ambiance de cette ville, l'animation qui règne, jusque tard dans la nuit. Il faut slalomer entre les scooters et autres mobylettes, on sursaute à chaque klaxon, mais j'aime ce "folklore" local. Dans la lumière orangée des réverbères, les couleurs des poteries, au pied de l'enceinte des tombeaux saadiens, prennent des couleurs de feu. Même les odeurs, dans l'humidité du soir, ressortent, plus présentes...nous le regrettons d'ailleurs parfois!...
c'est fou comme d'une année sur l'autre, la qualité d'une adresse peut se dégrader: je me souvenais d'un lait d'amendes délicieux, d'un repas simple, mais plus que correct, mais là, nous sommes assez déçus: il est vrai que nous avons voulu goûter une pastilla. Elle est trop sucrée, je cherche le poulet dans une substance pré-machée...nous ne reviendrons pas une troisième fois! Dommage, le personnel, exclusivement féminin, est très souriant et aimable. Même si c'est important, ça ne fait pas tout!
24 avril 2007
Lundi 2 Avril 2007
Les choses sérieuses commencent. Nous sommes impatients de partir. Le minibus vient nous chercher à proximité du Ryad. Les sacs à dos sont près, les poches à eau remplies. Nous avons acheté des bouteilles d'eau à l'épicerie du coin, mais nous avons prévu des pastilles pour purifier l'eau que nous trouverons en chemin. L'organisateur de notre voyage est très sensible aux problèmes écologiques, notamment liés aux déchets. Nous étions déjà convertis, mais nous pensons que cette sensibilisation à un tourisme responsable est primordial, si nous voulons encore nous émerveiller devant des paysages intacts dans quelques années.
Direction sud, sur 60 km environ. Arrêt dans un petit village, pour acheter de la viande...âmes sensibles s'abstenir! on se rassure comme on peut: la boîte à pharmacie est bourrée d'Arestal, d'Ercéfuryl et autres joyeusetés du même genre...même pas peur!
On en profite pour jeter un oeil dans les boutiques où se vendent des objets en tous genres, qui feraient la joie de nos brocanteurs, puis on repart.
Nous prenons la route qui mène vers la station de ski d'Oukaïmiden, et nous nous arrêtons au bord d'un chemin, où nous attendent déjà les joyeux drilles qui forment notre équipe de muletiers/cuisiniers: Omar, Djamel, Tayeb et Ahmed.
On charge les mules, se félicitant au passage d'avoir laissé une partie de nos bagages à Marrakech: sont sympas, ces bêtes là! elles portent nos sacs de voyage, la nourriture pour le trek, et tous les ustensiles de cuisine.
Un petit regard vers le ciel, toujours menaçant, et c'est le moment du départ: journée tranquille aujourd'hui.
Nous allons traverser plusieurs villages de montagne. Le premier est tout proche de la route, et les enfants nous repèrent de loin. Ils accourent en criant, en riant, agiles comme des cabris, malgré leurs mauvaises chaussures, et pendant tout le chemin qui nous conduit à Imi Il Rar, ils nous harcèlent de "bonjour, stylo!", "madame, bonbon"! "madame, madame, dirham!"...jusqu'à l'élastique que ma fille porte à son poignet: tout y passe. Le guide les repousse en leur parlant en arabe, mais c'est difficile aussi pour nous: ces enfants sont habitués à recevoir ce genre de choses des touristes qui croient bien faire, en se donnant bonne conscience. Pourtant, agir ainsi est le plus sûr moyen de les éloigner de l'école! Je me souviens qu'un guide égyptien nous avait expliqué à quel point c'était décourageant pour eux: parfois, les enfants qui accompagnaient les calèches, rapportaient plus d'argent que leurs parents en travaillant! Si l'on veut aider, apporter sa contribution, il est préférable de s'arrêter dans une école, et de déposer un colis de cahiers et de crayons...
La marche s'en trouve parfois assez acrobatique, lorsqu'il s'agit de traverser les ravines et que les enfants nous laissent à peine avancer! Mais ils sont adorables, et lorsqu'ils comprennent que nous n'avons rien à leur offrir, ils s'amusent en faisant juste un bout de chemin à nos côtés.
Dès les premières minutes de marche, les paysages qui s'offrent à nous ressemblent à ces tableaux de peintres naïfs, aux couleurs si vives et si chaudes. A certains endroits, les variations de couleurs me rappellent la terre des 7 couleurs, à l'Ile Maurice. Une palette de rouges, d'ocres, de verts, s'étend à perte de vue. Chaque parcelle de terre rouge, argileuse, est cultivée. Les pentes sont encore douces.
Nous traversons une piste qui monte à un col, que nous atteindrons en fin de journée, et nous croisons des troupeaux de chèvres...les premiers d'une longue série: la vallée de l'Ourika est une région agricole, et le bétail est assez nombreux.
Nous apercevons aussi les neiges tombées la veille. Elles nous semblent si proches! Elles nous rappellent aussi qu'il ne fait pas bien chaud!
Cette première journée de marche est une mise en jambes parfaite, nous prenons le temps de contempler, photographier la nature qui nous entoure, et quand vient l'heure du repas, nous sommes tous surpris de retrouver notre équipe de muletiers, au bord d'un oued en partie asséché, à l'abri du vent. Les mules ont été provisoirement soulagées de leurs fardeaux, et l'eau pour le thé est déjà en train de chauffer: nous sommes bluffés par l'organisation! jamais nous n'avions osé imaginer que les bivouacs se dérouleraient ainsi!
Le fait de s'arrêter, conjugué à l'altitude, nous fait ressentir le froid: qu'à cela ne tienne! je vois soudain Lahcen grimper sur un talus, ramasser du bois mort, et en moins de temps qu'il faut pour le dire, un feu est allumé!
Après s'être réchauffés, et aussi après avoir fait honneur au talent de nos cuisiniers, nous reprenons notre chemin. Nous traversons les villages de Aït Amer, Am Er Zouat, pour arriver en fin d'après midi, au col surplombant le village de Tizi Tadmant où nous allons passer la nuit. Une petite pause thé à la menthe, en compagnie de quelques villageois, et nous allons découvrir notre hôte pour la nuit.
On voulait être dépaysé...on va l'être, ça, c'est sûr! d'abord, on range les mules au garage...
La fée électricité n'est arrivée que 6 mois avant nous dans ce village: pas encore de forêt de paraboles sur les toits. Pas d'eau courante non plus: on oublie la douche! Nos compagnons de voyage se relaient régulièrement pour aller chercher de l'eau dans des seaux, des bidons, à quelque mètres en dessous de la maison.
Il est un endroit que nous, les femmes, avons tendance à inspecter en premiers lieux...les toilettes...on a dit même pas peur?...alors même pas peur! mais on rit beaucoup...nerveusement! les WC à la turc, c'est juste bon pour se muscler les cuisses mais c'est tout! tiens, au passage, je remarque une minuscule bassine avec de l'eau, dans un réduit, à côté des WC, séparé par une cloison, puis un miroir, accroché à 20 cm du sol...j'ai peur de comprendre!
si, si, c'est le cabinet de toilette: on s'accroupit devant le miroir, et on fait ce qu'on peut avec la bassine! bon! j'ai bien fait d'emporter mes lingettes de bébé, moi!
Je plaisante! parce qu'au fond, nous nous doutions bien de ce qui nous attendait! et ce que nous trouvons nous enchante: nous trouvons l'essentiel. un accueil chaleureux, une ambiance qui ne l'est pas moins...que demander de plus?!
Nous voici devant l'entrée ...
Nous voulions partager le quotidien des populations de ces montagnes, et nous jouerons le jeu, le plus possible, dans la joie et la bonne humeur!
Il est encore tôt, et Lahcen nous invite à nous promener dans le village. Nous déposons donc nos sacs dans la pièce qui nous servira de salle à manger et de dortoir, et nous partons nous ballader.
A la fois curieux et méfiants, quelques enfants nous suivent à distance. Ici, les touristes ne viennent jamais, et nous sommes les premiers à emprunter ce circuit, mis en place cette année par notre organisateur. Nous sortons un peu du village, pour sillonner à travers les champs. Ici commencent les cultures en terrasses. Pourtant, les pentes ne sont pas encore très raides: nous ne sommes qu'à 1500 mètres d'altitude. Les femmes désherbent les champs à la main, et récupèrent les mauvaises herbes pour le bétail. Les enfants aident un peu, jouent beaucoup. Rassurée par la présence toute proche de sa mère, une petite fille s'approche de mon mari et lui offre un coquelicot, avec un sourire...craquant! Elle s'enfuit en courant, mais revient vite. Son petit frère cueille à son tour des coquelicots, et en offre à tout le monde. Ils sont adorables! Les femmes nous saluent d'un geste, d'un sourire. Dans ces coins reculés, le français est très peu parlé...et mon usage de la langue berbère déclancherait plus facilement l'hilarité qu'une quelconque chance de compréhension!
J'ai envie de connaître leurs prénoms! Mon amie me demande comment je vais faire, et j'opte pour l'infaillible méthode de "moi Tarzan, Toi Jane?"...et ça marche! Ouardia et Youssef! ça y est: on se connait!
Ce sont eux, à gauche, sur la photo. Ils nous ont escortés jusqu'au retour, accompagnés par d'autres enfants, moins timides que les autres. Chacun a tenu à se présenter...nos prénoms les font beaucoup rire.
Je me rappellerai longtemps du petit garçon en rouge, Ali, surnomé Ali "çacaille" par Tayeb! Tayeb nous entendait souvent dire "ça caille" en grelottant, et le pauvre Ali tremblait toujours comme une feuille, il semblait frigorifié! son nom était donc tout trouvé! J'ai bien sûr, demandé l'autorisation de les photographier, et je leur ai montré ensuite l'image sur l'écran de l'appareil. Ici, on achète pas les photos, pas plus qu'on ne les vole...
Nous préférons attendre le lever du soleil, pour faire de nouvelles photos, en espérant qu'il se montre généreux: la lumière serait plus belle...
Ce premier repas du soir ravit les gourmands que nous sommes: déjà, les odeurs de cuisine étaient prometteuses, mais vraiment, je me demande comment il est possible de cuisiner aussi bien, d'élaborer des plats comme ça, dans des conditions aussi...rudimentaires!
La fatigue a bientôt raison de nous, et nous découvrons alors que les canapés, seront aussi nos matelas: au moins, ce sera confortable!
Il faut dormir...demain est un autre jour!
14 mai 2007
Mardi 3 Avril 2007
5h30 . oui, je sais bien, c'est tôt! mais c'est pas de ma faute! à force de boire du thé, de la verveine, le potage...j'avais prévenu! Et puis j'ai essayé de me lever sans bruit, avec ma lampe frontale pour réveiller personne...j'avais pas prévu de trouver une résistance derrière la porte! pas moyen d'ouvrir! je pousse, doucement mais fermement, mais je sens bien qu'il y a quelque chose derrière la porte! Mon mari me dit alors gracieusement: " qu'est-ce que tu fous"?!... ce qui suffit à me faire partir dans un fou-rire: nécessité absolue d'ouvrir cette maudite porte: je peux pas passer par la fenêtre: y'a des grilles! et puis ça ferait quand même un peu désordre! donc, je force...
et là, dans la lueur de ma lampe, je vois tous les muletiers allongés par terre, dans leurs sacs de couchage! Et bien entendu, c'est Tayeb, le plus grand, qui dort, les pieds contre la porte...moi qui voulais passer incognito, c'est réussi: Ahmed saute sur l'interrupteur et en quelques secondes, c'est Las Vegas! Les toilettes sont à l'extérieur: pas grave! il allume partout! j'ai beau lui montrer ma lampe, lui dire que je vais retourner me coucher, que je ne veux pas réveiller tout le monde...(pour ça, c'est mort), rien n'y fait! j'allais pourtant pas me perdre!
A 5h30 du matin, voyons les choses en face, on a pas envie de s'attarder dehors: en rentrant, je trouve déjà l'eau du thé en train de chauffer, et Tayeb me dit " bonjour, ça va?"...je ris, mais je lui demande pardon, pour l'avoir réveillé, et il me répond les yeux pleins de sommeil "non, non, tu m'as pas réveillé!"...ils sont charmants!
Quand je rentre dans le dortoir, je sens une certaine animosité contre moi...je sais pas pourquoi, j'ai comme l'impression d'avoir vraiment réveillé tout le monde! C'est quand même pas de ma faute s'ils sont déjà en train de préparer le petit dèj! c'est pas de ma faute non plus, si les mules, garées tout près des toilettes, m'ont accueillie dans un concert de braillements!
Bon, voyons...comment procéder pour se préparer le matin?...le jour se lève, la pénombre s'efface dans la pièce. Il faut tout de même faire un brin de toilette! Dans la pièce à côté, c'est mort, dans les toilettes...même pas en rêve, dehors, là, c'est moi qui meurt...de froid!...OK: je vois qu'une solution: heureusement que j'ai de la place dans le sac de couchage! On doit avoir l'air fin, tous, à gigoter comme des asticots! On assure! tout est affaire d'organisation! et comme se plait à le répéter sans cesse Lahcen :
"Y'a pas de problèmes, y'a que des solutions!"
Il faut voir le bon côté des choses: en se levant tôt, nous sommes prêts à partir dès 8h00. Le soleil est radieux ce matin, et la lumière est magnifique! finalement, ils devraient me remercier, tiens!
C'est qu'il en faut du temps, chaque matin, pour rassembler le matériel, et charger nos 4X4!
Nous traversons l'oued, et découvrons Tizi Tadmamt sous un jour nouveau: baigné de soleil, le village semble s'embraser!
Il a gelé cette nuit, et les passages à l'ombre sont toujours givrés. Les hommes sont déjà au travail dans les champs, les femmes conduisent les animaux à l'oued pour qu'ils s'abreuvent, et les enfants sont déjà en train de jouer.
A l'approche de nouveaux villages, toujours la même curiosité: les habitants semblent toujours aussi surpris de nous voir là! C'est la vie même de ces gens, que nous regardons en spectateurs. C'est particulièrement bon, de prendre du recul sur sa propre manière de vivre: ici, les priorités sont si différentes!
A Sidi Farès, à l'écart du village, au bord d'un ruisseau, ou plutôt d'un canal d'irrigation, règne une activité intense, dans le bruit des conversations de femmes et les rires des enfants; c'est jour de lessive.
Chacun semble avoir sa propre tâche. L'eau chauffe dans un tonneau faisant office de lessiveuse, l'une frotte, l'autre rince, l'autre encore étend le linge dans les arbres, toujours avec le sourire aux lèvres...j'ai un peu honte, en pensant à ma machine à laver, mais elles semblent si heureuses! Il y a une vraie convivialité dans chaque acte de la vie quotidienne, et nous ferions peut-être bien d'en prendre des leçons.
Chacune nous salue au passage, et une femme interpelle mon mari en riant, pour lui demander de prendre sa place!
A la sortie du village, Ahmed traverse une ravine et va frapper à la porte d'une maison. Tout le monde s'arrête et attend. Lahcen nous explique que c'est un ami qui habite là, et qu'il lui dit juste un bonjour. Mais lorsque l'ami comprend que Ahmed nous accompagne, il insiste pour que nous nous arrêtions prendre le thé chez lui! Un peu gênés, nous hésitons, mais Lahcen nous explique que l'hospitalité berbère n'est pas une légende, et qu'elle ne se refuse pas. Nous traversons à notre tour la ravine, et entrons dans la maison de notre hôte.
Dans l'entrée, j'ai juste le temps d'apercevoir sa femme, qui s'enfuit vers sa cuisine: pas question pour elle de se présenter devant les hommes. Tout le monde se déchausse, et s'installe dans une pièce qui ressemble exactement à celle de cette nuit: des tapis au sol, de gros matelas en guise de canapés, et la télévision au fond. Celle ci est allumée, et nous sommes priés de regarder une émission sur les méfaits du narguilé...en arabe! heureusement qu'il y a les images!
On nous souhaite la bienvenue, et on se sent vraiment accueillis de bon coeur. L'homme va chercher le thé dans la cuisine, et nous le partageons avec plaisir...mais le temps passe, les hommes parlent entre eux ( ils sont contents de se voir), mais voyons les choses en face: nous avons encore du chemin à faire!
Je m'inquiète donc auprès de Lahcen, de la raison pour laquelle nous ne semblons pas prêts à partir. Il me dit alors que la maîtresse de maison a tenu à cuisiner des trids pour nous! ce sont des genres de crêpes, à base de farine et d'eau chaude, avec du levain, et feuilletées à la main, à même la poèle, avec de l'huile. La pâte est étirée avec les mains, puis repliée, puis étirée...jusqu'à ce que la dame estime qu'elle est prête!
Le mari me propose d'aller rejoindre sa femme, et semble s'en vouloir de ne pas y avoir songé plus tôt!
J'accepte avec grand plaisir, ce que je considère comme un honneur. Mon amie et mes filles m'accompagnent. Nous faisons connaissance d'une très jeune femme, penchée sur son fourneau, un petit garçon accroché dans son dos dans un foulard, et deux petites filles sagement assises sur des tabourets en bois.
J'avoue avoir songé un instant à ma trousse à pharmacie, en voyant la manière dont la pâte était manipulée, mais j'ai très vite chassé cette image: tout va bien! et nous ferons tous honneur aux trids de cette jeune femme, si souriante, et si fière de nous montrer comment elle les préparait.
Nous prenons congés, en donnant à Lahcen de quoi les remercier, sans les vexer.
Le chemin s'élève vers le col, et on entend des chants d'enfants, que Lahcen reprend en coeur en souriant: il s'agit de versets du Coran: en contrebas, des enfants répètent, à l'école coranique.
Nous poursuivons notre marche, au milieu des genévriers, qui ici, ressemblent à des arbres, des tuyas...Le sentier s'élève en pente douce. Faiblement chargés, nous marchons sans peine, et nous parlons beaucoup, échangeons nos impressions: avantage de voyager en petit groupe d'amis!
Chaque col nous offre une nouvelle vue, un nouveau théâtre naturel.
Les neiges des sommets donnent au paysages de faux airs alpestres. Mais nous sommes bien dans le haut Atlas, et le Toubkal culmine tout de même à 4 167 mètres d'altitude. A cette saison, se terminent les dernières randonnées "mules et ski". Lahcen est un sportif qui impose le respect: Il est né à Imlil, un village du Haut Atlas, passage quasi obligé pour les candidats à l'ascension de Toubkal. Lorsqu'il était jeune, il accompagnait les alpinistes, d'abord avec ses mules, puis comme porteurs. Il a fait ensuite l'école des guides, puis est venu en France, où il a passé, à Chamonix, son brevet de guide de haute montagne. Nous apprécions particulièrement de pouvoir parler avec lui du Mont Blanc: il semble heureux de partager ses souvenirs avec nous. Après un stage à Briançon, il est rentré au Maroc, où il transmet avec talent et chaleur, sa passion pour ses montagnes... et elles sont belles, ses montagnes!
Nous cheminons pour un temps sur un sentier en balcon, et croisons une femme, seule, en pleine activité de lessive, à proximité d'une source. Nous nous demandons d'où elle peut bien venir! nous avons dépassé le dernier village depuis au moins une heure, et nous n'en voyons pas à l'horizon. Elle est pourtant équipée de son réchaud, et voyez vous même sur la photo...les produits n'ont pas de frontières!
Nous approchons de l'heure du bivouac, lorsque nous entendons les cris de nos muletiers, déjà installés au pied d'un arbre. Ils nous font de grands signes, et l'endroit qu'ils ont choisi pour notre pause déjeuner est tout simplement splendide!
Le premier critère de choix est lié à la nécessité d'avoir un point d'eau: Nous ne portons pas d'eau avec nous, en dehors bien sûr, de celle que nous buvons en marchant. L'eau pour cuisiner, pour le thé, est toujours trouvée sur place. J'avoue que parfois...nous échangeons des regards inquiets mais amusés...
Le soleil et la douceur ont remplacé la grisaille et le froid de la veille. Nous profitons agréablement du repas, toujours aussi bon, et nous prélassons un peu...oubliant un peu vite qu'à cette altitude, le soleil brule...
Nous sommes tout bonnement en train de griller, façon langouste! Lorsque je réaliserai notre imprudence, il sera déjà trop tard: l'une de mes filles aura une cloque sur la joue. Les coups de soleil ne pardonnent pas!
Nos avant-bras sont aussi bien rouges, mais mon amie Cindy y trouvera un avantage plus tard...assez original!
Mais nous nous étions réjouis un peu vite du calme des lieux: je vous ai dit que la région était agricole, et les troupeaux nombreux...nous finirons le repas dans un concert de "bêêêêhh" plus ou moins harmonieux.
et il faut bien l'avouer...si au début, tout le monde trouve ça charmant, même amusant, certains d'entre nous font un vrai travail sur eux même pour ne pas crier "vos gu.....!!!!"
Mais une fois de plus, voyons le bon côté des choses: d'ordinaire, ces bêtes là ne s'embarassent pas de bonnes manières et viennent manger dans votre assiette sans autres formes de politesse! Pas celles-là! c'est pas de la chance, ça, peut-être?! Non, elles étaient juste un peu curieuses, et désireuses de nous faire un récital...oh, franchement, c'était pas pire que les élèves de la Star ac'!...pardon, je m'égare!
Mais quand même, une fois parties, nous apprécions encore plus le silence revenu! Nous quittons à regrets ce petit coin de paradis pour reprendre notre chemin. Nous devinons au loin plusieurs villages: le notre, celui où nous passerons la nuit se trouve derrière une colline. Nous laissons les muletiers rassembler le matériel et nous partons en avant: ils nous rattraperons toujours!
Ce côté de la vallée est plus ouvert, moins encaissé, et la terre moins rouge. On découvre au loin des villages, accrochés à la montagne.
Ce qui, très tôt, m'a frappée durant notre trek, c'est la parfaite maîtrise de l'eau. La montagne regorge de sources, habilement exploitées: aussitôt canalisées, elles irriguent chaque étage des cultures en terrasses, se déversant de l'une à l'autre, jusqu'à rejoindre l'oued dans la vallée. Parfois bétonnés, mais très rarement, ces canaux d'irrigation sont le plus souvent creusés à même le sol, et parfaitement entretenus.
C'est une lapalissade de dire que l'eau, c'est la vie, mais nous prenons ici toute la signification, la réalité de cette phrase: outre la luxurience de la végétation, elle offre à l'éternelle contemplative que je suis des "tableaux" de toute beauté, que j'admire inlassablement.
Une fois encore, nous rencontrons des femmes lavant leur linge, toujours aussi loin de leur village: pourquoi choisissent elles ces endroits plutôt que d'autres? cette question reste un mystère: l'eau est partout!
Nous ne manquons pas de les saluer chaleureusement d'un Salam Aleikoum...auquel elles répondent la plupart du temps par "bonjour"...no comment!
Alors que je traine un peu à l'arrière du groupe, je vois venir à moi un petit garçon, qui semble tout fier de me présenter sa petite soeur. Je m'accroupis, me mettant ainsi à sa hauteur (non pas que j'impressionne, mais quand même...), et nous faisons connaissance:
Sa mère l'appelle, sûrement inquiète, ou plus sûrement, elle a peur qu'il ne soit en train de réclamer quelque chose. Je la rassure, et lui demande au passage si je peux photographier ses enfants. Elle accepte, et Aziz pose fièrement à côté de son âne...c'est peut-être ridicule, mais moi, je fond! Ils sont pas adorables, peut-être? si je ne devais garder qu'une photo, ce serait celle là! Je lui offre un bonbon avec un clin d'oeil de connivence et je m'en vais rejoindre les autres à regrets.
Nous marchons depuis plusieurs heures, et les couleurs changent progressivement: sur l'autre versant, la roche devient grise, anthracite, plus austère, alors que de notre côté, des vagues blanchâtres ondulent dans la roche rouge.
Lahcen décide de faire une pause au bord d'un chemin surplombant la vallée. On découvre alors plusieurs villages, et isolée au milieu d'eux, un bâtiment assez récent: l'école.
L'école est théoriquement obligatoire au Maroc, pour les filles comme pour les garçons, et les classes sont mixtes. Située à équidistance de chaque village, elle permet ainsi de scolariser tous les enfants.
Alors que nous prolongeons notre pause, en grignotant des patisseries achetées avant notre départ de Marrakech (gourmandise, quand tu nous tiens!), Lahcen demande nos jumelles et regarde en direction de ce qui sera notre gîte du soir: nous avons un peu trainé aujourd'hui, et il craint que le gîte soit déjà occupé par d'autres groupes: Imsker est en effet un point de départ, pour l'ascension du Toubkal, et il y a de grandes chances pour que d'autres groupes occupent déjà les lieux...mais pas de soucis: Lahcen est rassuré. Nos muletiers sont déjà presque arrivés, et on peut leur faire confiance pour réserver un petit coin sympa. Grâce aux jumelles, on les voit déjà traverser l'oued.
Nous reprenons notre route en pressant un peu le pas: il n'existe que deux refuges à Imsker, et un seul est ouvert à cette saison. Nous apercevons sur le versant opposé un convoi de quelques mules, qui nous encourage à accélérer: A 1800 mètres d'altitude, mieux vaut ne pas dormir à la belle étoile!
La descente dans la vallée se fait donc rapidement. Le gîte, quant à lui, se situe à l'entré du village.
Lorsque nous arrivons au refuge, il est effectivement plein; nos muletiers sont formidables: ils nous ont réservé un dortoir au rez de chaussée, juste en face de leur minuscule cuisine, et surtout...à côté de l'unique douche qui fonctionne! Nous dînerons dans la cour. Dans ce coin du Maroc, il semble que les treks s'organisent tous ainsi: les groupes sont accompagnés de leurs cuisiniers, et à chaque dortoir correspond une cuisine. Le premier étage est en terrasse: agréable, jusqu'à ce que le soleil se couche. Après, le froid tombe d'un seul coup.
Ces deux jours de marche ont soudé notre petit groupe, et nous voudrions diner tous ensemble, mais nos muletiers/cuisiniers, s'ils semblent heureux de notre proposition, la déclinent poliment.
Nous allons prendre un thé en terrasse, et faisons vaguement connaissance avec d'autres marcheurs, qui semblent envier la bonne humeur qui règne dans notre petite équipe.
Nos filles, ravies de pouvoir enfin se doucher, revendiquent la priorité à la douche: nous acceptons de bonne grâce...mais l'euphorie devant la pancarte qui annonçait "douche choude" retombe très vite devant ce constat douloureux: certes, il y a un robinet d'eau chaude...certes, il y a un robinet d'eau froide...mais le problème se pose au moment de mélanger les deux: l'eau chaude coule en filet, l'eau froide en torrent. L'eau chaude est très chaude, et l'eau froide est...froide! Moralité: soit elles se douchent à l'eau chaude, et elles se brulent au troisième degré, soit elles se douchent à l'eau froide.
Aux cris d'orfraie qui émanent de la douche, nous comprenons très vite qu'elles ont opté pour la seconde solution. Une fois de plus, il faut voir le bon côté des choses: la file d'attente des candidats à la toilette s'est d'abord franchement allégée, pour finalement disparaître totalement.
Mais mon tour approche, et frileuse comme je suis, la douche froide ne m'emballe pas trop...je cogite sur la façon dont je pourrais bien me débrouiller pour avoir de l'eau chaude, quand mes yeux se posent sur une bassine de taille respectable, placée sous le chauffe-eau qui fuit. J'ai ma solution: si le robinet ne sait pas faire le mélange, je vais me le faire toute seule! après...on fera comme on pourra, debout dans la bassine: porte fermée, le ridicule ne tue pas! Je suis penchée sur ma bassine, porte ouverte, je règle la température, quand le gardien du gîte arrive doucement derrière moi et me demande "ça va?"...l'infarctus évité de justesse, je lui explique la situation et il me dit "d'accord! attends!".Et il revient avec un bol, en me faisant signe que je pourrai me rincer avec. C'est bon, je peux y aller! Mais faut avouer que ce n'est pas très pratique de se laver les cheveux de cette façon! je constate très vite qu'à deux, ce serait beaucoup plus pratique, et j'appelle donc mon mari pour qu'il me rejoigne: on gagnerait du temps!...
Inutile de l'appeler: j'entends des chants et des bruits de casserole venant de la cuisine. Il est en train de faire le zouave avec Lahcen, Tayeb et toute sa bande. Je n'ai plus qu'à me débrouiller toute seule.
En sortant, je file le tuyau à nos amis qui prennent ma place, et explique à mes filles qu'elles auraient pu songer à cette combine...devant leurs regards noirs, je n'insiste pas, d'autant qu'elles n'arrivent pas à ce réchauffer.
D'ailleurs...mais non, fait pas froid!
La fête bat son plein dans la cuisine: au milieu des légumes qu'Omar tente, tant bien que mal, d'éplucher pour le dîner, les hommes chantent, dansent en tapant sur tout ce qui leur tombe sous la main! Les autres pensionnaires viennent de temps en temps voir ce qui se passent, et repartent aussitôt, pour certains, en riant, pour d'autres, un peu sceptiques...c'est sûr, c'est pas demain qu'ils font l'Olympia, mais tout de même, ça donne des fourmis dans les mains, et les filles nous rejoignent. Nous voilà tous en train de frapper dans les mains, danser, et surtout chanter en arabe, ce qui les fait mourir de rire...rigoleront moins le lendemain!
Passé ce petit moment de folie, nous partons faire le tour du village avant de rentrer dîner. Nous partageons le meilleur couscous qu'il m'ait été donné de manger!
Le moment du repas est toujours un moment de partage, de discussion, et nous faisons part à Lahcen de nos interrogations,quant à l'évacuation des déchets dans ces coins reculés. Nous avons souvent été frappés par la quantité de détritus en tous genres, jetés dans le lit asséché des cours d'eau qui dévalent de temps en temps la montagne. Il nous confirme que c'est effectivement un problème. Lui qui est enfant du pays, et qui sillonne toute l'année ces endroits, nous explique qu'après avoir trouvé dans l'eau, des piles éventrées, a un jour décidé d'agir: accompagné de responsables de son groupe, il est allé demander audience à chaque chef de village, pour expliquer le danger que de telles pratiques pouvaient représenter pour les populations elles-mêmes. En polluant l'eau, ils polluaient leurs cultures, et contaminaient leurs enfants et le bétail. Une prise de conscience semble avoir eu lieu, et chaque village dispose maintenant de conteneurs prévus à cet usage. Des amendes sont prévues pour les contrevenants.
Les premiers signes de fatigue se font sentir. On me rappelle au passage que tout le monde est réveillé depuis 5h30 du matin...et si on allait se coucher?
Mercredi 4 Avril 2007
La nuit fut quelque peu agitée: à 1800 mètres d'altitude, il fait froid. Nos sacs de couchage sont pourtant prévus pour des températures de 5 °, mais couchés sur de maigres matelas, eux même posés sur une chappe de béton, ils s'avèrent un peu légers. Au fur et à mesure de la nuit, nous avons récupéré peu à peu nos vêtements, pour finir presque totalement habillés.
Mais Cindy a trouvé une utilisation peu commune de ses coups de soleil: chauffe-jambes. Oui, bien sûr, dit comme ça, ça peut surprendre: mais à chaque fois qu'elle avait froid, elle plaquait ses avant-bras et s'en servait comme chaufferettes...efficace, paraît-il!
Outre le froid, nous étions entourés par toutes les mules des différentes expéditions. Et pour une raison qui m'échappe, les mules adorent les concerts de nuit.
Nous nous levons donc en silence, pour ne pas réveiller les autres groupes. Je découvre alors, couché dans la cour, à même le sol, un homme dans son sac de couchage. Le jour s'est levé, mais ça ne semble pas le perturber. L'ennui, c'est qu'il est installé sous la table de notre petit déjeuner. Lahcen est déjà debout, tout le monde s'agite, et l'homme, imperturbable, ronfle comme une locomotive...à mon avis, lui, cette nuit, il s'est fait virer d'un dortoir!
Nous prenons notre petit déjeuner et rassemblons nos affaires rapidement: Lahcen veut partir tôt. Nous devons passer le col de Tizi N'Techt, à 2000 mètres d'altitude, qui nous ouvrira la vallée de l'Azaden. Il commence à nous connaitre: il sait que nous allons trainer en route!
Nous quittons Imsker vers 8h00, et profitons de la vue sur les villages que nous avons traversés la veille.
Nous arrivons à un premier col, sans difficulté, qui nous offre une idée du parcours qui nous attend:Nous allons plonger dans la vallée, traverser l'oued, puis le village que l'on aperçoit, pour arriver en face, dans ce petit V que forme l'horizon: nous serons alors à mi-parcours.
En route! la descente est tranquille, à l'ombre, sans difficulté. Il faut tout de même faire attention: nous traversons quelques pierriers qui pourraient être fatales à nos chevilles!
Nous traversons l'Oued, puis la route qui mène à Imlil, pour remonter, d'abord le long d'une ravine jonchée de détritus, en direction du col. Comme souvent dans les traversées de villages importants, nous regrettons vraiment ce manque de civisme écologique de la part des populations. C'est leur propre cadre de vie qui se dégrade, sans qu'ils semblent s'en préoccuper le moins du monde!
Une fois le village dépassé, la pente devient plus raide, et l'ombre se fait rare. La marche est régulière mais plus lente.Nous faisons quelques pauses, pour reprendre notre souffle, ce qui nous permet d'admirer le paysage.
On oublie trop souvent de se retourner lorsqu'on marche, et on se prive ainsi de regards différents : c'est ainsi que sur cette photo, nous pouvons voir le chemin parcouru depuis le matin: nous étions juste en face, sur la photo précédente.
Je commence à avoir les jambes qui flageolent, quelques petits étourdissements, qui sont les signes pour moi qu'une fringale approche! Lahcen doit lire dans mes pensées, car il profite de l'ombre bienfaisante d'un genévrier pour décider de faire une pause gourmande. Il sort de son sac à dos, un petit sac rempli de dattes, cacahuètes natures et caramélisées, et petits biscuits à l'anis! Manifestement, je n'étais pas la seule à avoir faim!...à moins que ce ne soit la gourmandise: c'est si bon, que je demande à Lahcen où je pourrai acheter ces petits biscuits, une fois de retour à Marrakech.
Nous reprenons notre chemin, mais nous voyons déjà le sommet, et le replat caractéristique du col de Tizi n'Techt. Nous croisons un groupe de marcheurs, eux aussi accompagnés de leurs mules.
La vue, depuis le col, est grandiose.
Nous cheminons à présent sur une piste qui descend doucement vers la vallée de l'Azaden. Nous voyons au loin de nombreux vergers qui commencent à fleurir, et d'immenses troupeaux de chèvres dispersés dans les montagnes.
Dans un virage, nous découvrons le bivouac du jour: comme d'habitude, c'est la source qui a déterminé le choix de l'endroit.
Nous avons été repérés par des enfants qui arrivent vers nous, mais se dirigent vers notre guide: visiblement, ils viennent chercher de la nourriture. Ils repartirons avec du pain et des boîtes de sardine, ainsi qu'une bouteille, pour pouvoir la remplir à la source qui coule juste en contrebas: à l'instant, une des fillettes a bu l'eau qui stagnait sur la route.
Un peu plus tard, c'est un vieux monsieur qui viendra pour chercher de la nourriture: lui, restera déjeuner avec nous. L'endroit est vraiment splendide, et comme toujours après le repas, nous prenons toujours le temps de savourer ces instants de calme et de repos.
Mais ce jour là, la joyeuse équipe de nos muletiers a envie de s'amuser un peu...et propose donc aux filles de monter sur leurs mules. Comme on a dit "même pas peur", même pas du ridicule, aucune de nous ne décline l'offre, et c'est dans un concert de chants et de rires, que nous partons faire un tour en trottinant...pour des raisons évidentes, j'ai décidé de m'appliquer une auto-censure, et les photos ne seront pas publiées...non, non, n'insistez pas!
Bon...ma bonté me perdra: devant les demandes insistantes, je cède à la pression populaire...comment ça, j'en fais un peu trop?! et je consens à me ridiculiser publiquement...
Attention, je prends les noms de ceux qui rigolent!...
La récréation terminée, nous reprenons notre chemin. L'après-midi, nous traverserons de nombreux villages, qui semblent bénéficier d'un peu plus de confort moderne. Bien sûr, tout est relatif!
Nous croisons comme chaque jour, des femmes en corvée de lessive. Ici, certains bidons connaissent un recyclage plutôt innatendu.
Nous passerons la nuit à Tizian. Ce sera notre dernière nuit en montagne, et je le regrette déjà!
Nous arrivons à Tizian, avec une escorte d'enfants, qui manifestement, connaissent le traditionnel refrain "bonbon, stylo". Nous traversons l'oued, et grimpons vers le village, en traversant une forêt de noyers: nous verrons le lendemain, que ces arbres font partie de la spécificité de l'Azaden.
Comme indiqué, le gîte, c'est par là! Nous y serons seuls pour la nuit. C'est une grande maison, avec différentes pièces faisant office de dortoirs, avec les traditionnels matelas posés sur des tapis tressés. Nous apprécions tranquillement le charme de la terrasse, de laquelle nous pouvons admirer le soleil qui va se coucher derrière le Toubkal enneigé. Nous sommes vraiment au fond de la vallée de l'Azaden, qui est un cul de sac.Tout à l'heure, lors de notre descente vers l'oued, nous avons aperçu le dernier village, Tizi Ouziem.
Il règne ici un calme apaisant. Nos jeunes muletiers viennent nous rejoindre sur la terrasse, s'assoient avec nous, d'abord un peu gênés, mais nous les mettons à l'aise. Nous sommes ravis, au contraire, de pouvoir partager un peu de temps avec eux: ils ne ménagent pas leur peine pour notre confort! L'un d'eux semble intrigué par notre guide du routard "Marrakech" qui trône sur la table. Je le lui tends, et manifestement, ce qu'il lit l'amuse beaucoup. Mais comme chaque soir, il convient d'aller nourrir les mules:ce soir, elles dorment dans la grange d'une autre maison. Je vois là la promesse d'une nuit sans concert...on peut toujours espérer! C'est en délégation que nous traversons le village pour apporter le repas à nos "tasserdount".
Après un petit tour dans les ruelles très étroites et pentues, nous décidons de rentrer pour aller nous doucher: ce soir, rien à dire! eau chaude, douches propres...bon, pour les toilettes, faut pas rêver, on continue à muscler nos cuisses!
Je réalise soudain que nous n'avons pas pris le thé à notre arrivée, et je me dis qu'il s'agit sûrement d'un oubli...pas grave! mais je remarque aussi qu'à chaque fois que nous passons devant la cuisine, quelqu'un ferme la porte, comme pour nous empêcher de voir ce qui se passe à l'intérieur: on ne voit plus personne. Même Lahcen a disparu!
Nous retournons donc nous reposer sur la terrasse, quand je sens soudain une odeur fort agréable, mais toutefois innatendue en ces lieux: on dirait que quelqu'un fait des beignets! Comme nous sommes entourés de maisons à terrasses comme la nôtre, je me dis qu'une femme est en train de patisser alentour.
ça sent tellement bon, que les filles commencent à avoir faim (pas dur: elles ont toujours faim). Et je comprends soudain: ces petits secrets en cuisine...je descends donc à la cuisine et pousse la porte, et je découvre Lahcen, en train de cuire un tas de beignets follement appêtissants! Il voulait nous faire la surprise, et c'est réussi! J'appelle tout le monde pour qu'ils viennent féliciter notre chef patissier, et nous nous retrouvons tous, serrés comme des sardines dans la cuisine, pour un nouveau concert improvisé. Comme la veille, les casseroles font office de tambourins, mais le propriétaire du gîte est parti chercher un instrument en peau.
Je dois dire qu'il règnait une vraie chaleur, dans cette cuisine,ce soir là, et elle ne venait pas seulement du feu. Longtemps, je garderai le souvenir de la gentillesse de ces hommes.
Et c'est bien sûr ensemble, que nous dégusterons les délicieux beignets de Lahcen, autour d'un thé à la menthe...Seul Tayeb ne viendra pas nous rejoindre: il surveille "sa" spécialité: les spaguettis à la berbère! ce n'est pas ce soir là que nous avons fait attention à notre ligne!...ni les autres d'ailleurs!
Il faut dire qu'ils sont délicieux, ces spaghettis, et il est si content, lorsque nous lui montrons à quel point nous apprécions sa cuisine, qu'il ne viendrait à l'idée de personne de ne pas y gouter!
Cette soirée est un peu particulière, nous savons tous que c'est la dernière que nous passons ensemble: le lendemain sera notre dernier jour de marche, et même la plus jeune de mes filles, d'ordinaire ronchon à l'idée de partir en treck, regrette que ce soit déjà fini! c'est à chaque fois pareil: toujours fatiguée à l'idée de commencer, et toujours déçue de s'arrêter!
Elle et sa soeur ont envie de prolonger un peu la soirée, et rejoignent les jeunes en cuisine...j'apprendrai plus tard qu'elles ont vengé notre honneur outragé la veille, lorsque nous chantions en arabe, provoquant une hilarité certes légitime, mais peu diplomate: elles ont fait chanter "Frère Jacques" en canon aux jeunes muletiers! Elles en riaient encore lorsqu'elles sont venues se coucher.
23 mai 2007
Jeudi 5 avril 2007
Réveil difficile, après une nuit trop courte et quelque peu agitée: lors de nos nombreuses discussions avec Lahcen, nous avions abordé le sujet de la religion. Souvent, nous entendions la vallée résonner des appels à la prière, lancés par les muezzines des différents villages. Nous avions repéré les heures. Lahcen nous avait expliqué que lui même, rattrapait le soir les prières qu'il n'avait pu faire dans la journée.
Dans ces régions reculées, les bandes enregistrées n'ont pas encore remplacé la voix du muezzine. Lahcen nous explique que cette fonction est un honneur pour un musulman, et il est fier de nous dire que son propre père l'avait été pendant très longtemps.
Nos journées de marche avait été rythmées par ces appels lancinants et pour nous, pittoresques...mais jusque là, pas nos nuits!
A notre arrivée hier, nous n'avions pas remarqué la présence imposante du minaret, juste au dessus de notre refuge: il s'est brusquement manifesté, à 4 heures du matin, par un chant, précisément destiné au réveil en douceur des fidèles...le côté "douceur" nous a un peu échappé: nous avons tous fait un bond dans notre sac de couchage! nous étions pétrifiés. J'avoue qu'il m'a fallu quelques secondes pour réaliser de quoi il s'agissait: c'était si fort, que nous avions l'impression que le haut parleur était dans le dortoir!
De longues minutes se sont passées, avant que cesse le chant du muezzine. Nous allions tous nous rendormir, quand la voix retentît à nouveau, cette fois pour l'appel à la prière. La prière de 4 heures étant la première, les fidèles étant censés dormir, l'appel se fait donc en deux temps: le chant pour réveiller, quelques minutes de silence, le temps des ablutions, et l'appel en lui-même.
Nous avons très vite mesuré la chance d'avoir partagé ces moments de vie au plus près, mais il faut avouer que pour les non initiés...ça surprend!
Nous avons tout de même réussi à finir notre nuit, mais nous étions debouts à 7h00: le petit déjeuner nous attendait déjà:
Comme chaque matin, nous avons refait nos sacs...non. pas tout à fait comme chaque matin: j'étais pour ma part déjà nostalgique de quitter ces gens, ces endroits magnifiques.
C'est étrange, cette rapidité d'adaptation à de nouvelles conditions de vie! j'avoue ne pas avoir envie de retourner à la "civilisation", à ses bruits de moteurs, de klaxons, à ses odeurs de gaz d'échappement. Il règnait un silence et une paix ici, que nous regrettons de quitter.
Mais chaque chose a une fin. L'important est de savoir profiter de l'instant présent. Ecrivant ces mots, je repense à une phrase d'un de nos anciens présidents de la République aujourd'hui décédé:
On découvre plus tard que la merveille est dans l'instant
Je médite souvent cette phrase, pour n'avoir pas à regretter ce "plus tard", qui est souvent "trop tard"!
Et puis nous reviendrons! Nous en avons parlé à Lahcen: ce fameux Toubkal, qui nous a fait miroiter ses neiges tentantes, nous en feront l'ascension ensemble...Inch'Allah!
Il faut nous mettre en route: nous avons rendez-vous, à la sortie de la vallée, avec le chauffeur de notre minibus.
Nous quittons Tizian, en empruntant un sentier fort agréable, limité par des murs de pierres.
Il fait de plus en plus doux: les pluies diluviennes qui nous ont acceillis à Marrakech ne sont plus qu'un lointain souvenir. Le soleil nous aura permis d'admirer les paysages, dans la splendeur de leurs couleurs,
comme le jaune éclatant des pastelles, dont on extrait un colorant: le bleu indigo!
La vallée de l'Azaden est un immense jardin, un verger luxuriant: de vastes plantations de noyers jalonnent le chemin.
Chaque famille possède un certain nombre d'arbres, marqués d'une certaine couleur. Chaque famille a sa couleur. En voyant tous ces arbres, je me dis qu'il faudrait plusieurs voyages, au fil des saisons, pour apprécier les merveilles de ces endroits: lorsque les arbres fruitiers ( pommiers, cerisiers) sont en fleurs, lorsque les innombrables lauriers fleurissent, c'est toute la vallée qui arbore de nouvelles couleurs!
Nous traversons l'oued, pour passer sur la rive qui nous mènera à Tassa Ouirgane pour midi.
Il a creusé une gorge sauvage et encaissé. Nous sommes dans une zone protégée, où subsite une population importante de mouflons à manchettes (et non pas à bretelles, ;o) Cindy ). Nous n'avons pas eu la chance de les observer, pas même aux jumelles...mais j'ai trouvé une photo d'un individu, photographié in situ
Il faut faire attention de ne pas trébucher, et ce n'est pas aisé, tant la tentation est grande de garder le nez en l'air!
A l'approche du village de Azer Sahan, les canaux d'irrigation donnent un charme unique au paysage: notre sentier est un balcon au dessus de la gorge, et nous pouvons voir courir l'eau en dessous, et nous l'entendons au dessus de nous. Elle jaillit en perles éclatantes, en se déversant d'étages en étages: j'ai renoncé à photographier ces "éclaboussures": aucune image ne restituera jamais cette beauté .
Nous avons tout de même immortalisé les serpents nourrissiers:
En chemin, nous sommes rattrapés par un groupe de touristes espagnols. Nous nous effaçons pour les laisser passer: je suis médusée par leur nombre. Je ne me rappelle plus du nombre exact, mais je sais qu'ils étaient plus de 30! A voir certaines mines, nul besoin d'être devin pour comprendre que certains n'apprécient guère leurs conditions de voyage. J'avoue pour ma part être définitivement guérie de ces voyages organisés: comment assurer la cohérence d'un groupe, lorsqu'il faut concilier d'importantes différences de conditions physiques, et aussi, et surtout, des motivations différentes!
Il est clair que certaines personnes marchent pour marcher, sans prendre le temps de regarder ce qui les entoure, alors que d'autres (dont j'aurais tendance à faire partie), aiment prendre le temps de s'arrêter, d'attendre "le" rayon de soleil sur "la" fleur qui les intéresse et qu'ils voudraient photographier...chacun doit donc renoncer un peu à ce qu'il aime, pour l'ambiance du groupe.
Une fois de plus, nous reprenons notre chemin, conscients de la chance que nous avons d'avoir pu effectuer ce court périple dans des conditions optimales.
Lentement mais sûrement, la vallée de l'Azaden va se refermer sur nous: nous approchons du dernier village avant la sortie du parc national. Nous percevons au loin les cris des enfants.
Les femmes sont au travail, comme à l'habitude. Je réalise que nous voyons en fait très peu d'hommes. Lahcen m'explique que beaucoup travaillent dans les cultures, mais que beaucoup plus encore travaillent toute la semaine, parfois plus longtemps encore, à la ville. Les femmes et les enfants restent alors au village, s'occupant de l'entretien des jardins et du bétail.
Ce demi exode vers les villes est un choix, pas une obligation économique. Mais avec l'électricité, la télévision a fait son entrée dans les maisons, et pour ces gens, ce fut une ouverture sur le monde assez brutale. Les besoins n'ont pas changé: seuls les désirs sont apparus. La ville était donc pour eux le passage obligé pour accéder à un monde "meilleur".
Font-ils le bon choix? seront-ils plus heureux? seul l'avenir le leur dira. Pour ma part, je n'en suis pas sûre, mais je le leur souhaite sincèrement: la marche vers la société de consommation fait rarement demi-tour, quel qu'en soit le prix à payer!
Azer Sahan dépassé, nous nous retournons fréquemment, pour graver les dernières images des sommets enneigés. Mais la plus belle image, c'est mon mari qui l'a capturée dans son objectif, m'offrant ce cliché que je trouve magnifique!
Nous nous éloignons un peu des habitations, pour faire une petite pause gourmande: Lahcen nous tend son sac avec les délicieux gâteaux à l'anis, les dattes, etc...pfff! comment résister?
Nous reprenons notre chemin, en jetant un dernier regard en arrière. C'est ici que s'achève le parc naturel. Un comité d'accueil poilu cornu nous attend.
A peine avons nous quitté la réserve, que la vallée s'élargit, s'aère. Le paysage change radicalement, à l'image des maisons de Tassa Ouirgane!
C'est alors que nous voyons revenir dans notre direction l'un de nos muletiers accompagné de son 4X4 à grandes oreilles: c'est ici que nous nous séparons: il a déposé notre matériel au bivouac, et il repart avec un couple de randonneurs. Il sera leur guide accompagateur et cuisinier.
Notre périple s'achève là, au bord de la piste , à Tassa Ouirgane. Nous prenons notre dernier repas sur le toit en béton du gîte local, mais il faut avouer que le charme est rompu. Les téléphones portables vibrent à nouveau: chacun prend des nouvelles de ses proches. Le quotidien reprend ses droits, et même si nous savons que chaque chose a une fin, chacun de nous avoue qu'il aurait bien continué l'aventure.
A peine le déjeuner terminé, Nous chargeons nos sac dans le minibus qui nous attend, et nous prenons la route de Marrakech. En chemin, Lahcen reçoit un appel: les taxis, les bus sont en grêve dans tout le pays, pour protester contre l'augmentation du prix de l'essence. Nous sommes alors très surpris d'apprendre que ici aussi, le prix de l'essence s'est envolé. Mais bien sûr, les salaires ne sont pas comparables aux notres, et nous comprenons parfaitement la colère de ces gens.
Il semble d'ailleurs que nous ayons eu beaucoup de chance: notre chauffeur était au rendez-vous. Ce n'est pas le cas de celui qui devait récupérer un couple de randonneurs à Imlil. Lahcen nous demande si nous ne voyons pas d'inconvénient à ce que nous allions les chercher. Nous acceptons évidemment (je ne suis pas sûre que nous avions réellement le choix...). Le détour nous permet de reconnaître au passage la route que nous avions traversée deux jours plus tôt, avant d'entamer la montée vers le col de Tizi n'Techt.
Nous longeons un oued, le long duquel des familles entières semblent se reposer. Lors de la traversée d'un village, nous assistons, je pense, à un cortège de mariage...mais nous retrouvons la frustration que nous ressentons à chaque fois que nous ne pouvons prendre notre temps. Traverser un pays en voiture, ce n'est pas voyager. Seul le rythme lent de la marche, permet de s'imprégner des bruits, des odeurs, des couleurs.
Nous accueillons avec le sourire les deux randonneurs abandonnés, mais il semble que notre bonne humeur ne soit pas contagieuse! C'est à peine s'ils nous diront bonjour. Ils sont français, comme nous, mais décidément, je ne me ferai jamais à ces gens, handicapés du sourire! c'est pourtant si simple, et ça ne coûte rien...
Nous arrivons à Marrakech en fin d'après-midi, et nous retrouvons sans plaisir notre hôte toulousain et son Ryad. Nous changeons à nouveau de chambre...à croire qu'il a décidé de nous faire faire le tour de la propriété!
Chacun de nous appréciera tout de même les plaisirs d'une bonne douche chaude.
Ce soir, nous dînons en ville avec Lahcen: nous ne voulions pas nous quitter comme ça, sur un bout de trottoir. Nous avons tenu à l'inviter, mais c'est lui qui a choisi le restaurant: nous avions juste donné pour condition qu'il choisisse un endroit agréable, et surtout, une bonne table! Il a réservé pour nous, et nous devons nous retrouver devant la poste. Il semble inquiet: il doit aller accueillir de nouveaux arrivants à l'aéroport, mais la grève a mis la pagaille dans les transports et il a peur d'être en retard, ou alors de devoir nous quitter en catastrophe. Nous l'avons rassuré: nous comprenons bien sûr ses contraintes, et saurons apprécier le temps que nous pourrons passer ensemble.
Nous quittons à nouveau le ryad, frais et dispos, pour aller nous promener sur la Place Jamma El fna en attendant l'heure du repas: à cette heure, les cantines mobiles doivent déjà être installées.
Les odeurs d'épices, d'orange, de cuisine se mélangent, excitant quelque peu notre appétit: c'est bien connu, la montagne, ça creuse!
Nous flânons un peu dans les boutiques autour de la place, quand mon téléphone sonne: Lahcen nous dit qu'il aura une demie-heure de retard. Tant pis, notre estomac attendra!
Lorsqu'enfin il arrive, c'est au pas de course que nous nous rendons au restaurant: il sait qu'il ne pourra pas rester. L'endroit est agréable: nous dînons sous une grande tente, en terrasse, au milieu de tapis et coussins aux couleurs vives. Lahcen nous présente Rachid, un serveur, et nous recommande à lui: si nous voulons revenir sans lui, c'est Rachid que nous appellerons, au numéro qu'il me donne...nous sommes un peu surpris, mais nous avons confiance. Nous ne choisirons pas le menu: Lahcen s'est aussi chargé de ça...il a commander tout! C'est un repas gargantuesque qui arrive: après diverses salades, toutes exquises, arrive une pastilla, qui n'a rien à voir avec celle que nous avons mangée le jour de notre arrivée, puis un poulet grillé, un tajine aux pruneaux et aux amendes, un couscous...j'en oublie encore. Puis bien sûr les fruits: magnifique plateau de fruits frais, accompagné d'un autre plateau...de patisseries orientales et de thé à la menthe: si quelqu'un est au régime, il est ruiné! tout est à refaire! C'est une explosion de saveurs, nos papilles sont à la fête!
Comme prévu, un appel rompt un peu le charme de la soirée, et Lahcen ne partagera pas avec nous le dessert: il doit partir à l'aéroport. C'est donc là que nous nous quitterons, émus, mais sûrs de se revoir. Nous avons échangé nos adresses e-mail et nos numéros de téléphone: je ne sais pas quand, mais nous gravirons le Toubkal ensemble!
Après son départ, nous savourons encore la douceur de la soirée, et échangeons nos impressions sur ce brave homme: une de ses taquineries me revient. Un soir, voyant que les femmes du groupe ne se laissaient pas faire, il nous demande:
Savez-vous la différence entre une mule et une femme?
Nous flairons la mauvaise blague misogyne et commençons à protester. Il n'en espérait pas moins et sourit dans ses moustaches en nous disant
avec une mule, vous traversez le pays, mais avec une femme, vous traversez la vie
Il est comme ça Lahcen: plein d'humour, amoureux de ses montagnes, de son pays et de la vie.
Nous demandons l'addition et réalisons alors que nous avons bénéficié d'un traitement de faveur, et c'est un euphémisme: le prix ne correspond en rien à ce qui nous a été servi, mais Rachid nous dit en souriant "vous êtes amis de Lahcen, c'est comme ça!"... que dire?...merci, peut-être?
Il est temps de rentrer au ryad: Nos yeux sont fatigués, et j'avoue que j'ai hâte de retrouver un bon lit...
10 juin 2007
Vendredi 6 avril 2007
Prêts pour la visite de Marrakech?...en route!
Lahcen nous avait prévenu: il ne serait pas notre guide en ville. Lui, c'est la montagne qu'il aime! En riant, il nous disait souvent aussi: "attention: Marrakech : Arnakech!" Il ne semblait pas non plus avoir beaucoup d'estime pour les guides de ville: nous savions à quoi nous en tenir.
Notre programme prévoyait pour le vendredi, une demie-journée en compagnie d'un guide et d'un chauffeur, et nous devions visiter deux monuments de notre choix. Nous avions déjà bien étudié le plan de la ville, et nous savions à peu près ce que nous voulions faire de notre matinée, afin aussi, de ne pas gâcher notre après-midi.
Une femme habillée du kaftan traditionnel est arrivée au ryad tôt le matin: nous n'avions aucune idée de l'heure prévue. Elle se présente et nous conduit à un minibus, dans lequel nous prenons tous place. C'est alors qu'elle nous annonce que nous allons visiter le palais de la Bahia ( situé à 5 minutes à pieds du Ryad), et les jardins Majorelle....forcément, ça partait mal: nous refusons son programme. D'une part, parce que nous étions sensés choisir nous-même, et d'autre part, et surtout, parce que nous avions déjà visité le palais l'an dernier. Quant aux jardins Majorelle, nous avons prévu d'y retourner le lendemain, dès l'ouverture. Plus tard, inutile d'espérer prendre la moindre photo sans personne dessus! De plus, un guide est complètement inutile dans les jardins.
Elle apprécie moyennement notre protestation, mais nous demande ce que nous voudrions visiter. Plusieurs choses nous intéressent, bien sûr: notamment la Medersa Ben Youssef, située non loin de la fontaine Chrob ou Chouf. J'aimerais aussi voir le quartier des tanneurs: combien de fois avons nous arpenté les ruelles étroites des souks? nous n'avons jamais trouvé notre chemin! Elle nous propose aussi de visiter les jardins de la Koutoubia. Le programme est bouclé, nous démarrons, direction la Koutoubia.
La Koutoubia est la plus grande mosquée de Marrakech. Comme toutes les autres au Maroc, à l'exeption de la Mosquée Hassan II de Casablanca, elle ne se viste pas: les non musulmans ne peuvent y entrer. Ne croyez pas que c'est là la volonté de quelques intégristes: pas du tout! C'est le Maréchal Lyautey, qui à son arrivée au Maroc en 1912, ordonna cette interdiction pour permettre aux marocains de vivre leur culte dans la sérénité: les militaires et les étrangers en général, ne pouvaient plus profaner ces sanctuaires.
J'aurais beaucoup aimé retenir, ne serait-ce que quelques mots des explications de notre guide, mais il n'en fut rien: cette personne, dont je n'ai même pas retenu le nom, n'avait aucun talent pour transmettre son savoir, parlant à toute vitesse, sur un ton monocorde.
La visite du jardin se fit au pas de course: dommage... il devait faire bon y flaner un peu. Au loin, nous apercevons encore les sommets enneigés de l'Atlas. ah si! j'ai tout de même appris grâce à elle, que Marrakech est dotée d'un système de canalisations très performant, permettant l'arrosage, été comme hiver, des nombreux jardins de la ville, ainsi que l'eau courante dans les maisons, et ce, grâce à la récupération des neiges de l'Atlas...
A peine le temps de s'imprégner des lieux que nous sommes invités à remonter dans le minibus, direction la Medersa Ben Youssef. Cette medersa est l'une des plus importantes du Maroc. Le bâtiment est un joyau de l'architecture arabo-andalouse. Cette université coranique accueillait jusqu'à 130 étudiants, venus du monde entier.
Au premier étage se situent les chambres, ou plutôt les cellules des étudiants: les élèves les plus brillants avaient droit aux plus belles chambres, avec vue sur le bassin de la cour intérieure.
C'est un des bâtiments les plus visités de Marrakech et l'heure est déjà trop tardive pour pouvoir en saisir les images les plus belles: il faut des trésors de patiences pour saisir un cliché sans touriste, et notre guide s'impatiente déjà...je n'ai pas regardé ma montre, mais nous avons du mettre moins d'une demie-heure pour en faire le tour! quant à ses commentaires...je pense que n'importe quel guide vendu en librairie nous donnerait mille fois plus de renseignements!
Déjà, nous sommes priés de sortir: il faut nous dépêcher, nous dit-on! Ayant lu dans diverses brochures, que la fontaine Chrob ou Chouf était dans les parages, nous demandons s'il serait possible de la voir, mais manifestement, elle n'est pas à son programme: pour toute réponse, nous aurons "c'est une fontaine!"...que dire?...rien: à partir de ce moment, je n'ai qu'une envie, me débarasser d'elle le plus vite possible.
A l'odeur, nous comprenons très vite que nous approchons du quartier des tanneurs...
En passant cette porte, je ressens immédiatement une gêne: je n'ose croiser le regard de ces gens qui travaillent là, dans des conditions inimaginables pour notre époque. J'ai un peu honte, d'assister à leur labeur, en pantalon blanc, appareil photo à la main...feuille de menthe dans l'autre...
Feuille de menthe que nous offre dès notre entrée un jeune homme: je dois dire que l'air est irrespirable. Je ne pense pas être une petite nature, mais je dois avouer qu'à deux reprises, j'ai eu le coeur au bord des lèvres. Le sol est rendu poisseux et glissant, et il vaut mieux ne pas glisser! si mes photos sont mal cadrées ou de travers, c'est que j'ai shooté au hasard; d'une part parce que j'étais vraiment incapable de me passer de respirer la menthe, à moins de rester en apnée, et d'autre part parce que je n'avais pas bonne conscience de jouer les touristes devant ces hommes.
Un homme, dort, au milieu des détritus, des peaux en état de décomposition. Il se repose, et ne semble pas incommodé par les mouches, et encore moins par l'odeur. Nous restons sans voix...
Le travail des peaux est un travail long, "à la chaine". Le quartier des tanneurs est en fait une immense cour, fermée par les murs hauts de la médina. Il travaille ici des hommes de tous ages:de l'adolescent, à peine sorti de l'enfance, au vieil homme que le travail a plié.
La première étape est bien sûr le lavage. Les peaux sont ensuite trempées dans la chaux vive, pour enlever tous les poils et la graisse.
Les poils sont récupérés: ils composent ce qu'on appelle la laine morte. Elle est troquée contre de la fiente de pigeon...d'où l'odeur nauséabonde!
La laine morte est confiée aux petites filles: c'est avec cette laine qu'elles apprennent à tisser.
La fiente de pigeon est utilisée pour assouplir les peaux.
Vient ensuite le temps du grattage...
Cette photo est la première que j'ai payée! sur "ordre" de la guide. Cette coutume, courante en ville, n'a pas cour en montagne. J'y suis farouchement opposée: elle gâche le plaisir de la rencontre, du voyage. Je suis persuadée que ce sont des pratiques qui ont été à l'origine, induites par les guides, qui demandaient ensuite une petite rétro-cession. Seul un travail, un service, doit entrainer rétribution: ces pratiques sont symptomatiques du tourisme de masse, et gâchent l'authenticité d'un pays.
J'ouvre au passage une parenthèse, parce que je me rappelle de notre voyage en Egypte: si la fascinente beauté de ce pays n'est plus à prouver, il n'en demeure pas moins que le tourisme a entrainé des pratiques qui s'avèrent fatiguantes à la longue...un jour ou l'autre, on finira par nous demander "bakshish" pour un simple bonjour!...je referme la parenthèse.
Après le grattage, il reste à teinter les peaux, avec divers éléments naturels, comme par exemple la racine de mimosa ...
Nous ne sommes pas restés longtemps dans le quartier des tanneurs: certes, la puenteur est incommodante, mais notre guide est surtout pressée de nous faire entrer dans la boutique!
Elle se transforme alors en bonimenteuse pour nous encourager à acheter tout et n'importe quoi: "oh les belles babouches, les beaux coussins! et les sacs, ils sont pas beaux les sacs peut-être?!"
si, tout ça est très beau...mais son attitude m'écoeure et par principe, nous ne ferons aucun achat en sa compagnie...vite, qu'on en finisse, qu'elle nous libère!!!
J'ai beau lui expliquer que nous n'avons pas l'intention de faire des achats en sa compagnie, elle insiste!
Une dernière tentative, pour qu'elle nous conduise à la fontaine, restera infructueuse: nous nous passerons d'elle!
La voilà qui nous guide dans le souk: heureusement que nous y retournerons, seuls! à peine le temps de frofiter des couleurs!
Mais c'est logique: elle ne veut pas que nous puissions nous arrêter chez des commerçants auprès desquels elle n'a pas d'accord. Car elle n'a pas renoncé! La voilà qui nous fait entrer dans "la maison du Kaftan"...et c'est reparti pour un tour: "ici, vous trouverez ce qui se fait de mieux, parce que dans le souk, on peut se faire rouler! c'est ici que j'achète tous mes vêtements"...j'en passe et des meilleurs!
Par curiosité, je demande le prix d'une tunique en coton...je manque de m'étouffer lorsque le vendeur m'annonce le prix! il veut me vendre sa chemise au prix des boutiques de l'avenue Montaigne!
"on peut discuter"! bien sûr! mais là, je n'ai vraiment pas envie!
Un peu plus loin, nous entrons par une petite porte, dans le four collectif de la medina: enfin une bonne idée!
Les femmes apportent leur pâte le matin, et viennent récupérer le pain cuit un peu plus tard. C'est là aussi, que sont cuits les pains des restaurants et des petits marchands. On peut aussi acheter sur place...c'est là que je paierai ma deuxième photo...
Plus loin encore, la guide, qui est décidément têtue, nous fait entrer dans une nouvelle boutique: elle écoute tout! elle nous a entendu parler de chaussures, alors bien sûr, c'est là que nous trouverons ce qui se fait de mieux, encore une fois! l'ambiance devient pesante, parce que pour couronner le tout, elle semble fort peu apprécier de ressortir bredouille de toutes les boutiques! bien sûr, pas d'achat, pas de commission!
Cette fois, la coupe est pleine, et nous lui signifions que nous en avons assez: il n'est pas midi, mais nous la libérons...ou plutôt, nous retrouvons notre liberté! Nous sommes de retour sur la place Jamma El Fna, et nous allons prendre un déjeuner à une terrasse. Nous déclinons bien sûr sa proposition de nous aider dans notre choix! C'est ici que nos chemins se séparent: bon vent!
Comme il est tôt, nous optons pour la terrasse de chez Chegrouni: la vue sur la place est agréable...
Direction 3° étage. Nous trouvons une table pour 6, ce qui tient du miracle: cette adresse est référencée dans un célèbre guide et les tables en terrasse sont souvent prises d'assaut. La cuisine est traditionnelle, sans fantaisie mais convenable, pour un prix dérisoire.
Bien sûr, nous profitons de ce point de vue pour photographier le souk, vu du dessus...difficile d'imaginer ce qui se cache en dessous!
Les paraboles ont poussé plus vite que les palmiers, et c'est toujours surprenant de les voir fleurir, même sur les toits des plus modestes masures.
J'aime particulièrement l'ambiance de la place Jamaa el Fna. Pourtant, son nom signifie "Place des trépassés...pas très réjouissant, vous en conviendrez! C'est un beau paradoxe, lorsqu'on connait l'animation trépidente qui règne ici, allant crescendo jusqu'à la tombée de la nuit.
Nous sommes vendredi, jour de la grande prière. Quand résonnent les chants des muzzines de toutes les mosquées alentour, les fidèles se réunissent devant leurs boutiques pour prier. Je dois avouer que la ferveur est assez impressionnante, de par son contraste avec la folie ambiante.
C'est alors que nous prenons des photos que notre ami Ben va faire "la" boulette...il va commander des boulettes...elles se rappelleront à son bon souvenir dès le lendemain...( promis Ben, je donnerai pas les détails! )
Nous avons prévu de passer l'après-midi à prendre notre temps: celui de flâner, de s'imprégner de l'atmosphère si particulière, de faire du repérage pour les achats que nous avons prévus. J'ai promis à mes filles que nous leur donnerions le temps nécessaire pour se faire plaisir: nous arpenterons donc les allées du souk, ou devrais-je dire des souks, en attendant que la place s'anime.
Le dur apprentissage de l'art du marchandage, et encore plus celui de la patience, commence pour Hélène: elle souhaite offrir quelques babioles à ses amies, et aussi ramener des souvenirs pour elle. Elle était trop jeune lors de notre voyage en Egypte pour se rappeler les ficelles de cet exercice, et elle ne comprend pas que je puisse passer un temps fou avec elle, pour d'abord, choisir l'objet qu'elle souhaite, et ensuite, renoncer à l'achat, après une demie heure de discussions enflammées , sous prétexte que nous n'avons pas trouvé d'accord sur le prix.
Au début, elle est même franchement boudeuse, persuadée qu'elle ne retrouvera jamais ailleurs quelque chose qui lui plaira autant. L'ainée, Perrine, me fait confiance, et tente de calmer sa soeur...je ris sous cape: je suis comme un poisson dans l'eau! j'adore ces palabres interminables, ces échanges vifs, mais toujours (ou presque) "bon enfant".
Il est vrai que chez le premier potier visité, nous avions passé au moins une heure, à choisir les pièces pour Cindy, mes filles et moi...pour finalement ne rien acheter! le vendeur était un peu sur les nerfs...
J'ai donc expliqué à Hélène que pour connaître le vrai prix des choses, il fallait d'abord "voir" jusqu'où pouvait aller un marchand: celui-ci ne vendra jamais à perte, et préfèrera vous laisser partir sans discuter: on sait alors que ce prix là est celui qu'il ne faut pas franchir. Au marchand suivant, on monte un peu notre prix plancher. Mais il faut tenir! parfois, les vendeurs n'hésitent pas à venir vous rechercher au bout de 5 minutes, alors que vous êtes déjà loin de sa boutique! et il ne faut pas hésiter à renouveler l'expérience plusieurs fois: on peut ainsi diviser le prix que nous proposait le premier vendeur par trois!
Définitivement, dans notre groupe, le marchandage est affaire de femmes. On m'a souvent demandé si j'étais bretonne, ce qui me faisait beaucoup rire, sous prétexte que j'étais têtue...je ne savais pas que les bretonnes étaient têtues! Dans tous les cas, un bon prix est celui qui satisfait les deux parties!
Dans une ruelle moins fréquentée que les axes principaux, nous dénichons enfin une boutique où nous trouverons notre bohneur: tajines, photophores multicolores, feront des cadeaux appréciés. Le vendeur est sympathique et souriant. Comme souvent, lorsque les affaires sont faites, les hommes d'un certain age aiment nous parler de la France, savoir de quelle région on vient. Ils sont souvent fiers de nous dire qu'ils connaissent telle ou telle ville française, ou encore nous disent leur amour pour notre pays. L'un d'eux, un vieil homme du souk des ferronniers, voulaient même nous inviter à boire le thé pour parler "entre frères". On peut bien sûr ironiser sur ce genre de propos. il n'en demeure pas moins que chez certains, la sincérité se lit dans leur regard.
Les ferronniers...justement: c'est le souk que je préfère. Il y règne une ambiance particulière: la lumière du soleil filtre à peine à travers les ruelles étroites, et la poussière en suspens donne une impression de brume. Le bruit des marteaux qui s'abattent sur le fer, le vacarme des meuleuses, les étincelles des postes à souder...tout cela forme un ensemble d'une fascinente beauté.
Le temps passe à toute vitesse et bien sûr, nous qui ne devions faire nos achats que le lendemain, sommes chargés comme des mules!
Il est temps de rentrer déposer nos achats au ryad: Je me suis promis d'aller au hammam, et nous avons réservé une table dans un restaurant traditionnel pour le soir. Nous filons droit à travers les ruelles du souk: pas question de nous arrêter! Nous serions encore capables de trouver quelque chose à négocier! Les filles sont satisfaites: elles ont trouvé leur bohneur. Enfin presque: sur le chemin du retourd, Hélène me fait la synthèse de la journée, m'énonçant ses achats et les destinataires, puis surtout, ce qu'elle voudrait encore trouver! Elle a retrouvé le sourire, et s'est mise à apprécier les joies du marchandage. Elle a compris que cela faisait partie du folklore local, passage obligé de tout achat. et voyant les économies réalisées pour elle, qui était prête au début à débourser sans broncher, la voilà qui devient intraitable en affaires!
Nous voilà devant la façade du hammam: nous entrons, pour prendre les renseignements d'usage, et réserver pour tout le monde, ce que nous appellerons "la totale". Les filles apprennent avec stupeur que le maillot est inutile: il va falloir faire preuve de persuasion pour qu'elles oublient leur pudeur! les hommes regrettent en plaisantant que le hammam ne soit pas mixte...et puis quoi, encore?!
En gros, on peut revenir les mains dans les poches...mais les poches remplies de dirhams, parce qu'ici, on ne négocie pas, et la note est plutôt salée! mais j'avoue que j'ai très envie de me détendre un peu...et puis rien qu'à imaginer nos deux oiseaux, le pareo à fleurs prêté par la maison autour de la taille, se faisant masser de la tête aux pieds par un masseur barraqué, moi, ça me fait mourir de rire....eux, moins...les hommes ne savent pas s'amuser!
Le restaurant est à deux pas de là, nous passons changer l'heure de notre réservation: le hammam est complet jusqu'en fin d'après-midi. Un autre passage par le ryad, où nous déposons toutes nos affaires, et où nous soufflons un peu: il est vrai que nous avons le don pour nous ficeler des programmes plutôt chargés! Mais c'est que...nous aimons découvrir le plus de choses possible lorsque nous voyageons: en règle générale, notre "planning" est déjà bouclé avant notre départ. D'aucuns diront que ce n'est pas des vacances...c'est possible! c'est autre chose: un voyage, une initiation à une autre culture, une immersion dans d'autres traditions, une découverte. alors il est vrai que souvent, nous sommes plus fatigués en rentrant de voyage, qu'avant notre départ...mais qui a dit que les vacances étaient faites pour se reposer?!
Donc, à peine le temps de souffler que la troupe au complet repart pour le hammam. L'enthousiasme se lit sur le visage des hommes! je fais remarquer à mon mari qu'il pourrait au moins faire semblant d'être content! je sais que c'est mon caprice, mais finalement, je n'obligeais personne à m'accompagner! Ben est aussi un peu chaffoin...barbouillé...et la phrase tombe: "j'aurais pas du manger des boulettes". Quelques secondes de silence, le temps de digérer la nouvelle, et nous lui demandons ce qui lui est passé par la tête pour manger ça! franchement: des boulettes, on a pas idée! " Mais, t'inquiète Ben, ça va aller"...
Nous nous présentons au comptoir, où on nous remet un panier en plastique individuel, dans lequel nous trouvons un peignoir, un pareo, une brosse, un shampooing: tout le monde regarde ça avec l'inquiétude sur le visage, et c'est franchement drôle! ah oui! et un bracelet de couleur: chaque couleur correspondant aux soins que nous avons choisis. Pour nous, ce sera donc hammam, gommage et massage...si avec ça, ce soir, on est pas détendu!
Nos chemins se séparent: les hommes d'un côté, les femmes de l'autre. Arrivées dans la partie hammam, nous saluons deux jeunes femmes espagnoles visiblement moins pudiques que mes filles! Nous prenons place en silence, quand une jeune marocaine vient me faire signe de lui tendre ma main. Elle y dépose alors une substance noirâtre, tiède et molle. J'ai du faire une moue assez comique, parce que Cindy part dans un fou rire en me regardant! Il s'agit du savon noir, et nous sommes invitées à nous en enduire tout le corps. Tout est calme, nous nous détendons un peu, quand la jeune femme revient, regarde les deux ibères, et pour une raison connue d'elle seule, remplit une bassine d'eau froide et la leur balance sans ménagement, entrainant au passage des cris d'effroi. Nous nous regardons, inquiètes mais amusées.
L'étape suivante est beaucoup plus agréable: après une douche, nous nous installons sur des tables, et des dames très énergiques nous passent un gant, qui relève plus de la rape à fromage, sur tout le corps...Cindy, qui a un magnifique coup de soleil sur le nez, supplie qu'on l'épargne...trop tard! je compatis à ses aïe, aïe, AAAAïeeee! en riant....pardon Cindy, c'est pas drôle...
Nouveau passage à la douche et là...le nirvana! Enduites de la tête aux pieds d'huiles essentielles, nous nous laissons aller sous des mains expertes, à un massage fort apprécié. Pour un peu, je manque de m'endormir: rien n'est oublié, de la moindre phallange de nos mains à nos orteils, tout y passe. Lorsque La masseuse nous pétrit le ventre, nous avons une pensée émue pour Ben: ses boulettes ne doivent pas être à la fête...euh...celles qu'il a mangées, bien sûr! Et lorsque nous sommes invitées à quitter la table de massage, j'avoue que j'aurais bien enchaîné une deuxième séance!
Contre toute attente, nous sommes les premières à sortir, et nous attendons nos hommes pendant au moins 20 minutes! Lorsqu'ils sortent à leur tour, ils ont un teint de bébé mais mon mari nous gratifie d'un "ouais, bof..."pfff!!! inculte, va!
Nous avons encore pris du retard, et avons tout juste le temps de nous changer, pour ensuite nous rendre au restaurant: l'endroit est splendide. Un ryad aux fontaines dans lesquelles flottent des dizaines de roses fraîches, une ambiance tamisée, et une cuisine correcte. Dommage que les danseuses du ventre soient accompagnées d'une musique assourdissante, qui nous interdit de communiquer: on se croirait en boîte de nuit. J'ai vu le lendemain, ce restaurant référencé dans un magasine, comme repère d'une certaine jet set: ceci explique sûrement le manque d'authenticité de l'endroit.
Nous nous sommes couchés ce soir là, plus fatigués que lors de nos jours de treck! Demain, pour notre dernière journée, nous avons prévu une journée tranquille: je tiens tout de même à emmener nos filles au jardin Majorelle. Le reste de la journée sera consacré aux derniers achats...
14 juin 2007
Petite parenthèse au sujet des commentaires...
Je suis ravie et touchée de l'intérêt que vous portez à mon carnet de voyage! je suis sûre que le regret que vous manifestez à propos du manque de photos du hammam est lié au fait que vous appréciez sûrement beaucoup l'architecture de ces lieux...je ne vois pas d'autres raisons envisageables, venant de deux admirateurs aussi sérieux! Vous me voyez désolée de ne pouvoir accéder à votre requête...mais si vous le souhaitez, je peux vous parler des jolies mosaïques et autres décors traditionnels...Non?...inutile? comme vous voudrez! notre prochaine étape sera donc bien les jardins Majorelle ;o)
Je publie régulièrement des commentaires, qui sont parfois des questions: pour garder la cohérence et la fluidité du récit, je répondrai à chacunes des questions, dans la mesure de mes compétences, dans un paragraphe qui sera uniquement consacré à cela: en "commentant" ce paragraphe là, vous pourrez poser vos questions et j'y répondrai régulièrement.
Je remercie toutefois Z11 pour m'avoir signalé une vilaine faute d'orthographe, que j'ai pu corriger. Mais s'il cherche, il en trouvera certainement d'autres: je ne me relis que rarement, et je n'utilise pas de correcteur d'orthographe...
Samedi 7 avril 2007
Notre hôte toulousain, fidèle à lui-même, n'a pas consenti à nous faire préparer un petit déjeuner plus tôt que d'habitude: tant pis! Dès 8 heures, nous sommes installés à table: nous voudrions arriver dès que possible au jardin Majorelle. Dès 10h00, ce sont des cars entiers qui déversent des flots de touristes qui arpentent les allées au pas de charge lorsqu'on aimerait être au calme, et qui n'avancent pas lorsqu'on attend qu'ils se poussent pour pouvoir faire la photo! bien sûr, la critique est facile: l'enfer, c'est les autres, c'est bien connu...mais on est toujours l'autre de quelqu'un!
Voilà pourquoi nous tentons de nous dépêcher. Mais les informations sur la grêve sont contradictoires: si nous ne trouvons pas de taxi, il nous faudra aller à pieds jusqu'à la place, dans l'espoir de trouver la bonne ligne de bus, ou de négocier deux calèches; en clair, nous arriverons bien trop tard! Je sais que le jardin ouvre à 8h00, mais le propriétaire du ryad me soutient que c'est à 9h00, parce que "au Maroc???!!! vous avez déjà vu quelque chose ouvrir à 8h00?"...oui: les jardins Majorelle! le mot qui m'est venu à l'esprit ensuite ne sera pas écrit ici, dans un souci de bienséance.
Une dernière vérification avant de partir: nous ne rentrerons pas avant ce soir, mieux vaut ne rien oublier! C'est bon, on peut partir....mais Ben n'a pas la forme: il souhaite nous accompagner, se réservant toujours la possibilité de nous abandonner en cour de journée si ça ne va pas: il semble que les boulettes soient rancunières...
Nous filons dans les ruelles de la Medina, jusqu'à la Place des ferblantiers: la chance nous sourit. Deux taxis attendent les clients: comme nous sommes 6, nous négocions pour deux voitures. C'est la reprise, il est tôt, l'affaire est vite conclue: nous irons jusqu'aux jardins, pour 40 dirhams en tout(environ 4 euros). Encore une pensée pour notre hôte, à qui j'avais demandé conseil: il m'avait dit qu'il fallait prévoir 100 dirhams...
Nous arrivons à 9h00. Personne à la caisse, pas de foule à l'horizon: nous avons de la chance, parce que ça fait bien une heure que le jardin est ouvert! Dès l'entrée, les couleurs vives prennent les commandes: ici règnent le bleu, le vert, le rouge et le jaune, dans une harmonie singulière et particulière.
C'est drôle, comme on aime parfois se rattacher à des détails: le créateur de ces jardins, Jacques Majorelle, est né à Nancy. Je partage donc mes racines lorraines avec cet artiste-peintre, tombé amoureux de Marrakech où il s'installe en 1919. Il achète un morceau de terrain dont il fera naître ce fabuleux jardin, qu'il ouvrira au public en 1947. Il rentre en France en 1962, pour y mourir.
Et c'est en 1980 que Pierre Bergé et Yves Saint Laurent deviendront propriétaires des lieux, et créeront, dans ce qui fut l'atelier de Jacques Majorelle, le musée d'art islamique qui abrite aujourd'hui une collection d'objets leur appartenant.
Le parc n'est pas bien grand, mais les allées étroites ouvrent sur des tableaux vivants dont les plantes seraient les personnages. Des variétés de tous les continents cohabitent ici en harmonie, dans une fausse anarchie. Les bassins, les fontaines donnent une sensation de fraîcheur, souvent bienvenue dans la fournaise de Marrakech.
Ici comme ailleurs, il faut savoir prendre son temps; pour surprendre une petite grenouille profitant du soleil sur une pierre, ou pour lever le nez en l'air, et voir les palmiers chatouiller le ciel.
Reconvertie en chasseuse d'images, je n'ai pas vu que Ben se sentait de plus en plus mal: il jette l'éponge et rentre au ryad. Il nous confie Cindy. Nous projetons de nous retrouver sur la place Djama El Fna vers midi, si tout va bien, et dans tous les cas, nous aurons des nouvelles grâce à nos portables. Nous sommes déçus de le voir partir précipitamment. Plaisanterie mise à part, il faut vraiment se méfier de ce que l'on mange:ce genre de désagrément peut vous gâcher un voyage. Mieux vaut d'être prudent! La montagne avait épargné le groupe, la ville n'aura pas fait ce cadeau à notre ami...
Nous prolongeons tout de même notre visite, mais les premiers cars ont du arriver: les touristes arrivent en masse, ne respectent pas le sens conseillé, ce qui donne une joyeuse pagaille.
Mais avec force courage et ténacité, nous réussissons tout de même à saisir quelques clichés intéressants.
Même la colombe, qui nous avait fait l'honneur d'assister à son bain l'an dernier, se fend d'une nouvelle représentation! peu de chance en vérité, qu'il s'agisse de la même, mais si ça me plait à moi, d'y croire?!
Inutile de s'attarder davantage, il est trop tard. Nous ne prenons plus de plaisir à slalomer au milieu de la foule. Lorsque nous sortons du jardin, nous sommes stupéfaits: une file d'au moins 300 mètres patiente pour acheter son billet d'entrée, et les taxis, minibus et autres cars de tourisme envahissent la rue!
Le monde appartient aux lève-tôt, c'est bien connu!
Nous avons besoin d'un taxi pour nous rapprocher du souk: non pas que le chemin soit impossible à parcourir à pieds, nous l'avons déjà fait, mais nous voulons encore faire tant de choses aujourd'hui, qu'il est plus sage de ne pas perdre de temps inutilement. La négociation s'annonce difficile: les touristes ne manquent pas, et tous ne sont pas des as du marchandage! les premiers essais s'avèrent des échecs: on nous demande trois fois le prix du matin, pour une seule voiture au lieu de deux, et pour un trajet plus court! comme dans le souk, la règle est de feindre l'indifférence: "tu veux pas? pas de problème! on est jeune, on marche!" une deuxième, puis une troisième tentative infructueuse achèvent de les convaincre: nous ne cèderons pas. Une voiture s'arrête à notre hauteur: "c'est bon, montez, je vous emmène!" - "pour notre prix?" - "oui, oui! c'est bon, montez!"
et l'affaire est dans le sac...ou plutôt dans une vieille Peugeot qui ne vivra plus aussi longtemps qu'elle a vécu. On a un peu l'impression de toucher la route, mais le principal, c'est qu'elle roule, et qu'elle nous conduise à la porte du souk, côté Medersa...oui, je l'avoue, je suis un peu têtue: même si "ce n'est qu'une fontaine", j'ai envie de voir à quoi ressemble cette fontaine Chrob ou Chouf!
Après avoir demandé à de nombreuses reprises notre chemin, après avoir été dirigés sur d'autres fontaines, à croire que même les Marrakchis ne la connaissent pas, enfin, la voilà!...vous me direz: "tout ça pour ça?" et je répondrai "oui"!
Mais j'ajouterai que "ça"est un joyau de l'art arabo andaloux (oui, encore). Que son nom, Chrob ou chouf", signifie "bois et regarde"...alors regardons: son auvent de cèdre sculpté, ses zelliges polychromes, ses inscriptions gravées en caractères cursifs ou coufiques. Regardons ce témoignage du temps, construit sous le règne de Ahmed El Mansour, mort en 1603! Elle a traversé les siècles, et avait suffisamment de valeur, pour être classée au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1985. ( ce qui lui a vallu une petite restauration...3 siècles, c'est le bon age pour le lifting!)
Elle est là, dans une rue étroite de la médina, et les passants l'ignorent. Ceux qui la respectent le plus, sont sans doute les assoifés qui viennent s'abreuver à son robinet...nous la respectons beaucoup, mais de là à boire son eau! Disant ces mots, je pense à Ben: raccourcis de l'esprit, sans doute! je regarde mon téléphone...aïe, les nouvelles ne sont pas bonnes: après s'être fait poliment arnaquer par un taxi qui lui a pris 100 dirhams pour le même trajet que le matin, il est rentré au ryad au pas de course. Le voyant revenir prématurément, notre toulousain de service vient vers lui et lui demande ce qui ne va pas...considérant sans doute qu'une bonne démonstration vaut mieux qu'un long discour, notre ami lui donne un aperçu de sa situation en ruinant ses babouches, mais en fertilisant son jardin...ah! quand même! c'est son côté écolo...
Privé:Tu vois Ben, j'ai rien dit!...c'était soft...non? ;o)
Mais il ne nous rejoindra pas pour le déjeuner: Cindy devra faire ses achats seule. Enfin, pas tout à fait: nous sommes là, tout de même!
Avant d'entrer vraiment dans les ruelles du souk, nous nous arrêtons dans une petite agence bancaire pour changer quelques euros supplémentaires: on peut changer l'argent un peu partout.D'ailleurs, nombre de commerçants essaient de négocier en euros, puis en dirhams, reviennent à l'euro, ils nous embrouillent: il faut souvent s'en méfier, c'est un piège! on s'y perd, et une fois accepté, on ne peut plus revenir sur un prix, ni sur sa décision d'acheter; c'est une question d'honneur. A moins, bien sûr, que la ficelle soit trop grosse: on peut alors jouer les outragés, ça marche quelque fois. Mais la règle est de négocier en dirhams: il faut compter 1 euro pour 10 dirhams. C'est le change que l'on vous prendra presque partout, sauf dans les banques qui sont obligées de pratiquer le court officiel. On se rapproche alors plus des 11 dirhams. En calculant sur la base de 1 pour 10, on est donc sûr de ne pas se tromper.
La première chose qui nous intéresse, c'est de retrouver le souk des ferroniers: Cindy voudrait des appliques pour sa terrasse, Perrine voudrait s'offrir des photophores. Elle a trouvé son lustre hier. Hélène est aussi intéressée par les petites lanternes et moi...comme d'habitude, je fonctionnerai au coup de coeur! Les bruits des marteaux, des meuleuses, nous indiquent que nous sommes proches.
Au hasard d'une ruelle, nous découvrons un homme travaillant le stuc: ces gestes sont tellement rapides et précis, que ça semble d'une facilité enfantine. Bien sûr, il n'en est rien, il faut beaucoup d'expérience et un certain talent pour réussir ces ornements: pas question en effet d'effacer et de recommencer!
Cette fois, nous y sommes:les lustres et autres lanternes pendent aux façades, il faut maintenant dénicher la perle rare. Parce que si tout se ressemble, rien n'est vraiment pareil: ce travail là est effectué sur place, entièrement à la main. Comme partout, certains artisans sont meilleurs que d'autres. Il faut vraiment être attentif, et vraiment, ici encore plus qu'ailleurs, ne pas avoir peur de passer du temps: Cindy a trouvé son bohneur. Mais elle voudrait deux pièces identiques, et il n'en reste plus qu'une: "attends, je vais te chercher l'autre, tu veux?" Cindy nous interroge du regard: bien sûr! nous avons le temps! on est là pour ça, non?
Alors le temps passe, et l'homme revient avec une seconde applique...mais pas vernie..."c'est pas grave! j'te la peins si tu veux! y'en a pour deux minutes!"
Ici comme ailleurs, comme disait Lahcen, "Y'a pas de problèmes, y'a que des solutions".
Reste encore à négocier! nous décrochons un peu: Cindy est rompue à l'exercice, et nous profitons nous aussi pour fouiner un peu. Les filles ont trouvé le modèle et la taille de lanterne qui leur conviennent. Là encore, il en faut plusieurs, avec les mêmes volutes. Au moment de discuter le prix, les esprits s'échauffent un peu entre les marchands: il est vrai que j'ai un peu bluffé, et l'un soupçonne l'autre de casser les prix...dans ce genre d'exercice, toutes les combines sont permises, non?!
Le vendeur, un homme sans age, s'efforce de jouer sur les sentiments: il nous parle de la France, qu'il aime beaucoup, des temps difficiles pour les affaires, depuis le passage à l'euro (sur ce point, il a raison: il semble que l'euro les pénalise), et à chaque fois que nous baissons le prix, il va demaner l'accord à son père, un vieux monsieur qui trône sur une chaise au milieu du bric à broc. Manifestement, rien ne se fait sans son accord, et il n'est jamais d'accord...ça sent le roussi, la moutarde me monte au nez: à la longue, le marchandage est fatiguant! mais comme je suis plus têtue qu'une mule, je refuse de céder: je l'envoie donc promener avec ses lanternes et continue mon chemin. Cindy est toujours en train de discuter ses appliques. Mon vendeur me suit, me demande de faire un effort: c'est non! je lui explique que nous partons le lendemain, que je n'ai pas besoin de ses lampes, que c'était juste pour laisser mes derniers dirhams au pays. Alors qu'il voit que je commence à discuter avec un autre commerçant, il me tire par la manche pour que je revienne vers sa boutique...les filles ne me facilitent pas la tâche: c'est vrai qu'elles ne trouvent pas ailleurs les mêmes lanternes, et elles boudent un peu.
J'accepte donc de le suivre, en lui disant qu'il vaudrait mieux pour lui que je ne refasse pas le chemin pour rien, que je ne monterai pas mon prix. Nous arrivons, et le père refuse à nouveau. Je suis à la limite de la colère...enfin, je fais bien semblant, quand son frère arrive: plus jeune, visiblement amusé par mon attitude, il dit à mon mari "elle est pas commode, hein?!"
Bien sûr, quand il s'agit de se faire plaindre..."oh! c'est rien de le dire! si vous saviez!"...ben voyons! vaut mieux entendre ça que d'être sourde! je ris, et fais mine de me plaindre à mon nouvel interlocuteur...mais j'ai repéré depuis quelques minutes, accroché au mur, un magnifique support à miroir. J'adore ses décors travaillés, ses portes, avec double fermeture: judicieusement placé dans une maison, c'est un trompe l'oeil magnifique, comme une fenêtre qui s'ouvre sur nulle part. Il me rappelle un peu les moucharabiehs que j'adore. L'homme a suivi mon regard et me demande "il te plait?" je réponds oui, sans hésiter, mais lui dis aussi de ne pas s'affoler, et je lui refais le couplet sur la fin du voyage, etc... ça l'amuse beaucoup, mais il décroche tout de même le miroir. Il n'est pas peint, mais il me propose de le faire, ce que je refuse...je serais bonne pour le décaper et recommencer chez moi! parce qu'il faut voir comment c'est fait!...
Je connais les prix pratiqués en France pour ce genre de choses: j'en ai acheté un l'an dernier. Une pâle copie d'artisanat marocain, fabriqué à la chaîne: esthétique mais sans âme. Mon mari me demande si j'y tiens. Il semble l'apprécier aussi. Il aura fallu en tout plus d'une heure, pour négocier le miroir et les lanternes des filles, mais je suis très satisfaite de nos achats. Dans le même temps, Cindy nous rejoint, elle a elle aussi conclu l'affaire...c'est fou, on a l'impression d'être fatigué!!!
Il est temps d'aller déjeuner: nous remontons sur la place Jama El Fna, passons devant chez Chegrouni...sans nous arrêter, et choisissons une table à une terrasse, à l'angle de la place. Comme d'habitude, on mange pour trois fois rien...ça tombe bien: on fait les comptes, et il va falloir tenir le budjet! Perrine est contente: elle a trouvé tout ce qu'elle voulait, mais confesse qu'il ne faudrait pas qu'elle traine encore longtemps! c'est si facile, d'être tentée!
Hélène veut encore un collier, une petite lampe à huile, façon Aladin, je voudrais une djelabah pour ma mère, un mélange de fruits secs, comme ceux de Lahcen (nous les mangerons en Corse). Cindy veut des babouches pour son fils et sa mère...que de palabres en perspectives! Et ce soir, nous irons prendre notre dernier repas chez Rachid. Espérons que Ben nous accompagnera: les nouvelles ne sont guère réjouissantes!
De jour en jour, la chaleur se fait de plus en plus pesante, et le soleil tape sur nos épaules: l'avantage du souk, c'est que c'est à l'ombre, et qu'il y règne une relative fraîcheur.
Sur la place, à la mi-journée, les porteurs d'eau posent pour les touristes, les oranges se pressent par centaines, les femmes agitent leur seringues de henné...
Nous pénétrons à nouveau dans le dédale des ruelles du souk, par l'entrée des épices, herbes fraîches et fruits secs. La menthe parfume l'atmosphère, et c'est bien agréable. A cet endroit, tous les éales se ressemblent, les marchandises sont les mêmes. Une seule chose ne se négocie pas ici: la nourriture. Les prix sont fixes et affichés. Bien sûr, toutes les boutiques ou presque s'alignent sur celles d'à côté. A nous de choisir le vendeur le plus souriant, les dattes les plus fraîches, les cacahuètes les plus appétissantes.
Avec gourmandise, nous achetons tout ce qu'il faut pour faire le délicieux mélange que Lahcen nous a fait goûter: espérons qu'il aura la même saveur, dégusté sur les sentiers des montagnes corses!
Nous poursuivons notre chemin, et je suis intriguée par un drôle d'étale, où l'on sert dans des petits pots quelques chose qui se mange...je m'approche, pour découvrir qu'en fait, on fait ici cuire des escargots dans leur coquille, que l'on retire une fois les gastéropodes ébouillantés, et on les serre comme ça, sans plus de préparation ni nettoyage!
Quand je pense au temps que je passe à les préparer, les nettoyer, les faire cuire au court-bouillon, pour pouvoir finalement les manger sans crainte! Ici, on ne s'embarrasse pas tant, et ils se vendent comme des petits pains!
Nous cheminons encore, et nous arrivons dans le souk des tissus, des vêtements traditionnels: les contre-façons sont plutôt concentrées autour de la place. Le moment est venu pour moi de marchander la djelabah pour ma mère. Je suis un peu lassée par l'exercice, mais je réussis assez aisément à en obtenir un prix plus que correct, comparé au prix que les clients précédents ont du payer pour une tunique courte...le double! Il est toujours plus facile de passer après de "bons" clients: les vendeurs se montrent moins coriaces.
Toujours plus loin, Cindy est déjà en train de négocier les babouches de sa mère: l'affaire est plus compliquée, parce que nous avons donné au vendeur un argument auquel il s'accroche: "rien n'est trop cher pour une maman". On lui fait le coup des touristes fauchés, tristes de ne pouvoir débourser un dirham de plus pour offrir les magnifiques babouches à "maman". Franchement, notre numéro fendrait le coeur des pierre...mais pas celui du vendeur! Qu'à cela ne tienne: puisque ça ne marche pas sur ce ton, on va la jouer plus "virile": c'est ça ou rien! on a plus un dirham, si c'est bon comme ça, on fait affaire, sinon, on s'en va! on va pas en faire un couscous!...on repart avec les babouches! Yallah!
Le collier d'Hélène, la petite lampe d'Aladin: tout le monde est ravi! chacun a pu trouver ce qu'il recherchait, et même ce qu'il ne cherchait pas! J'ai aussi trouvé mes épices, mon savon noir (nostalgie du hammam), du henné, du khôl, quelques babioles; il est temps de rentrer et de prendre des nouvelles de Ben.
De retour au ryad, nous le retrouvons un peu reposé: il va mieux, même si ce n'est pas la grande forme! Nous irons tous chez Rachid ce soir, mais il ne pourra même pas avaler un bol de riz.
La soirée est moins euphorique que celle passée en compagnie de Lahcen, mais nous avons le sentiment de finir notre semaine en beauté: tout s'est bien passé, nous avons fait de belles rencontres, nous rentrons avec des souvenirs plein la tête, et l'envie de revenir. Ce pays est vraiment attachant: de tous les voyages que nous avons fait, c'est le premier pays que nous visitons deux fois: le monde est si grand qu'une vie ne suffira pas à en faire le tour, et nous préférons habituellement changer de destination. Mais le Maroc est si différent d'une région à l'autre, qu'il nous donne envie de revenir.
Le reste de la soirée sera consacré au bouclage des valises; c'est toujours un problème pour ne pas dépasser le poids réglementaire! On viendra nous chercher au ryad demain à 5h00 pour notre transfert à l'aéroport...ah non...pas au ryad! au bout de la ruelle: Notre toulousain ne veut pas que nous discutions dans la cour en attendant! nous ferions trop de bruit! et pour finir de nous séduire, il nous annonce qu'il ne nous servira pas de petit déjeuner: au plus, et c'est bien parce que c'est nous, nous aurons un peu de café, et bien sur, comme chaque matin, il faudra que je demande un malheureux sachet de thé! Nous avons fait nos provisions à la patisserie des Princes, et nous nous passerons de ses services...finalement, il aura été la seule fausse note de ce voyage! il en fallait bien une! la perfection n'est pas de ce monde!
15 juin 2007
Le Maroc, c'est aussi...
923 photos numériques, sans compter celles de nos amis
C'est aussi et surtout, la nature, comme un tableau
des sourires, juste pour le plaisir
des rencontres insolites, comme ces chèvres, dans les arganiers
de l'aventure, lorsqu'il faut sortir de l'oued, une vieille camionette sur cette piste défoncée
une terre de contrastes, faite d'oasis verdoyants et de terres arides
des palais de mille et une nuits
la vie, partout présente
et puis...le désert...
sa beauté à couper le souffle, et ses images qui nourrissent l'imaginaire
la nature en représentation, quand le soleil embrase le sable avant de s'évanouir
pour laisser place à la fraîcheur de la nuit
des images et des émotions qui ne s'oublient jamais...
Imposible aussi d'oublier le parfum et les couleurs des épices!
C'est aussi des amis, des fou-rires, pas toujours volontaires, le système D, les imprévus et les impondérables, les bêtises aussi...
Enfin, nos voyages au Maroc, sont des parenthèses hors du temps, pendant lesquelles il convient de s'ouvrir aux émotions, aux autres, pour absorber, s'imprégner de ce qui fait la richesse de ce pays.
Je précise que les photos de ce chapitre ont été prises en juin 2006, lors de notre périple entre Marrakech, Taroudant, Tata, le désert, Zagora, Ouarzazate et la vallée de l'Ourika et du Draa.
Toutes les photos de ce carnet de voyage sont des photos personnelles ( à l'exception du mouflon ), et aucune d'elles n'a été retouchée.

















































































































































