23 avril 2007
Introduction au voyage
A chaque retour de voyage, je me dis que je devrais faire un tri dans mes notes, ranger mes photos, mettre un peu d'ordre dans mes souvenirs, pour pouvoir m'y replonger à ma guise...et chaque fois, le temps file à toute vitesse, mes carnets restent dans les cartons, et je ne fais rien. Heureusement, avec les photos numériques, plus besoin de les classer dans des albums ou dans les traditionnelles boîtes à chaussures!
Mais cette fois, j'ai décidé de prendre ce temps qui me fait si souvent défaut. Pour partager avec ceux qui souhaiterons visiter ce blog, des images de ce coin du Maroc, ignoré par les hordes de touristes: là-bas, pas d'hotels 5 étoiles, pas de dîners-spectacle. Là-bas, c'est la nature qui nous fait son plus beau numéro: elle nous offre des palettes de couleurs inoubliables, des dégradés de vert, aux rouges et ocres de la terre, en passant par les taches colorés du linge sèchant dans les arbres... et puis des rencontres; des sourires d'enfants à faire fondre le soleil, des femmes, avec lesquelles nous partagerons pour quelques instants, un quotidien parfois rude, mais qui jamais ne semble leur peser...
Près pour le voyage?
Dimanche 1er Avril 2007
Départ de Roissy sous le soleil, direction Marrakech!
J'ai hâte de retrouver l'ambiance de cette ville débordante de vie!
L'avion entame sa descente, et je reconnais les tuiles vernissées aux couleurs d'espoir: celui de passer un séjour riche en émotions!
Les formalités enfin réglées, nous filons vers la sortie. Je cherche du regard celui qui va nous accompagner tout au long de notre trek. Parmi un groupe de guides brandissant des pancartes aux noms des voyagistes qu'ils représentent, je découvre un monsieur au sourire accueillant: en quelques secondes, mon opinion est faite. Le courant passe: l'homme a beaucoup d'humour et très vite, tout le monde se sent à l'aise. Nous faisons les présentations: rapides, puisque nous ne sommes que 6! Il se nome Lahcen.
Nous prenons un minibus, et nous roulons vers le centre ville, puis la Medina. Je reconnais avec plaisir des rues familières...seule ombre au tableau: il fait frais! très frais! Nous avons laissé le soleil à Paris. Ici, il pleut! ça fait des lustres qu'il n'avait pas plu! les marocains ont besoin de cette eau: pas question pour nous de râler! et puis nous ne sommes pas là pour ça...mais tout de même...si le ciel voulait bien se montrer plus clément...ben il veut pas, le ciel! et tout au long de la journée, nous allons courir nous abriter, à chaque averse de pluie diluvienne. Pas question de me défaire de mon éternel optimisme: ne dit-on pas "mariage pluvieux, mariage heureux"?...moi, j'ai décidé que ce serait "arrivée pluvieuse, voyage heureux"! Les jours prochains me donneront raison!
Mais pour l'heure, le minibus se faufile dans la médina, et s'arrête dans un quartier que nous connaissons, proche des tombeaux saadiens. Lahcen nous conduit au font d'une minuscule impasse: nous sommes arrivés! Derrière une vieille porte en bois, se cache notre ryad. Il est adossé aux murs du palais de la Bahia.
L'homme qui nous accueille est le propriétaire des lieux: 1°déception: il est français, comme beaucoup de propriétaires, dans la médina. Mais pour le dépaysement, on a fait mieux que l'accent de Toulouse!
Nous le laissons nous conduire à nos chambes, et là, 2° déception: sans se préoccuper de l'age de nos enfants, et voyant que 4 des inscrits étaient de la même famille, ce monsieur s'est permis de nous attribuer une chambre "famille": de simples rideaux en guise de portes, un minuscule cabinet de toilettes pour 4! hors de question que j'accepte cette chambre. Nos filles ont 15 et 22 ans, il est légitime de demander un peu plus d'intimité.
Nous avions choisi ce voyage, pour le contraste entre le confort de l'hébergement à Marrakech, et celui, beaucoup plus "rustique", auquel nous serions confrontés pendant notre trek. Sachant que nous allions effectivement dormir en dortoir les jours suivants, le propriétaire s'était tout naturellement autorisé à nous donner un avant-gout... un brin agacée, un peu fatiguée, j'ai poliment, mais fermement signifié à ce monsieur qu'il vallait mieux qu'il nous trouve rapidement une solution de substitution, ce qu'il a fait la mort dans l'âme: il "perdait" une chambre disponible!
Mais nous avons appris à le connaître, et j'avoue avoir eu honte de partager sa nationalité: son employé, Mohamed, n'était autre que l'ancien propriétaire des lieux. Combien de fois ai-je eu mal pour lui, de la façon dont il était traité, pour ne pas dire exploité! Il est des gens qui doivent avoir la nostalgie du temps des colonnies, ou tout au moins du protectorat...
Chacun sait que ces ryads sont des endroits qui peuvent devenir de véritables palais, une fois restaurés...celui ci l'a été sans goût et sans âme, et sans doute à faibles moyens. le top, fut tout de même de découvrir une cheminée à la française dans la salle à manger...no comment.
Bref, une fois installés convenablement, nous avons tout de même pu apprécier le calme des lieux.
Pas question pour nous de perdre de temps: nous partons en reconnaissance, pour voir si nous retrouvons le chemin qui mène au restaurant Nid'cigogne, dans lequel nous avions déjeuné l'an dernier. Par miracle, dans le labyrinthe de la médina, nous retrouvons sans peine nos repères et nous tombons sur l'enseigne, à côté de la pharmacie berbère.Nous montons les trois étages qui mènent à la terrasse, et nous réservons une table pour le soir. Mais ce chemin, si je l'ai fait volontiers de jour, je préviens tout de suite: hors de question que je le fasse de nuit! même si je me sens parfaitement en sécurité ici (bien plus que dans certaines villes françaises), trouillarde comme je suis, je reconnais là mes limites:il suffirait qu'un chat me frôle la jambe pour que je pousse un hurlement à réveiller tout le quartier!... nous ferons donc le tour, en longeant les remparts.
Nous rentrons au ryad au pas de course, filons prendre une douche bien méritée, et partons tous ensemble pour aller dîner. J'aime l'ambiance de cette ville, l'animation qui règne, jusque tard dans la nuit. Il faut slalomer entre les scooters et autres mobylettes, on sursaute à chaque klaxon, mais j'aime ce "folklore" local. Dans la lumière orangée des réverbères, les couleurs des poteries, au pied de l'enceinte des tombeaux saadiens, prennent des couleurs de feu. Même les odeurs, dans l'humidité du soir, ressortent, plus présentes...nous le regrettons d'ailleurs parfois!...
c'est fou comme d'une année sur l'autre, la qualité d'une adresse peut se dégrader: je me souvenais d'un lait d'amendes délicieux, d'un repas simple, mais plus que correct, mais là, nous sommes assez déçus: il est vrai que nous avons voulu goûter une pastilla. Elle est trop sucrée, je cherche le poulet dans une substance pré-machée...nous ne reviendrons pas une troisième fois! Dommage, le personnel, exclusivement féminin, est très souriant et aimable. Même si c'est important, ça ne fait pas tout!
24 avril 2007
Lundi 2 Avril 2007
Les choses sérieuses commencent. Nous sommes impatients de partir. Le minibus vient nous chercher à proximité du Ryad. Les sacs à dos sont près, les poches à eau remplies. Nous avons acheté des bouteilles d'eau à l'épicerie du coin, mais nous avons prévu des pastilles pour purifier l'eau que nous trouverons en chemin. L'organisateur de notre voyage est très sensible aux problèmes écologiques, notamment liés aux déchets. Nous étions déjà convertis, mais nous pensons que cette sensibilisation à un tourisme responsable est primordial, si nous voulons encore nous émerveiller devant des paysages intacts dans quelques années.
Direction sud, sur 60 km environ. Arrêt dans un petit village, pour acheter de la viande...âmes sensibles s'abstenir! on se rassure comme on peut: la boîte à pharmacie est bourrée d'Arestal, d'Ercéfuryl et autres joyeusetés du même genre...même pas peur!
On en profite pour jeter un oeil dans les boutiques où se vendent des objets en tous genres, qui feraient la joie de nos brocanteurs, puis on repart.
Nous prenons la route qui mène vers la station de ski d'Oukaïmiden, et nous nous arrêtons au bord d'un chemin, où nous attendent déjà les joyeux drilles qui forment notre équipe de muletiers/cuisiniers: Omar, Djamel, Tayeb et Ahmed.
On charge les mules, se félicitant au passage d'avoir laissé une partie de nos bagages à Marrakech: sont sympas, ces bêtes là! elles portent nos sacs de voyage, la nourriture pour le trek, et tous les ustensiles de cuisine.
Un petit regard vers le ciel, toujours menaçant, et c'est le moment du départ: journée tranquille aujourd'hui.
Nous allons traverser plusieurs villages de montagne. Le premier est tout proche de la route, et les enfants nous repèrent de loin. Ils accourent en criant, en riant, agiles comme des cabris, malgré leurs mauvaises chaussures, et pendant tout le chemin qui nous conduit à Imi Il Rar, ils nous harcèlent de "bonjour, stylo!", "madame, bonbon"! "madame, madame, dirham!"...jusqu'à l'élastique que ma fille porte à son poignet: tout y passe. Le guide les repousse en leur parlant en arabe, mais c'est difficile aussi pour nous: ces enfants sont habitués à recevoir ce genre de choses des touristes qui croient bien faire, en se donnant bonne conscience. Pourtant, agir ainsi est le plus sûr moyen de les éloigner de l'école! Je me souviens qu'un guide égyptien nous avait expliqué à quel point c'était décourageant pour eux: parfois, les enfants qui accompagnaient les calèches, rapportaient plus d'argent que leurs parents en travaillant! Si l'on veut aider, apporter sa contribution, il est préférable de s'arrêter dans une école, et de déposer un colis de cahiers et de crayons...
La marche s'en trouve parfois assez acrobatique, lorsqu'il s'agit de traverser les ravines et que les enfants nous laissent à peine avancer! Mais ils sont adorables, et lorsqu'ils comprennent que nous n'avons rien à leur offrir, ils s'amusent en faisant juste un bout de chemin à nos côtés.
Dès les premières minutes de marche, les paysages qui s'offrent à nous ressemblent à ces tableaux de peintres naïfs, aux couleurs si vives et si chaudes. A certains endroits, les variations de couleurs me rappellent la terre des 7 couleurs, à l'Ile Maurice. Une palette de rouges, d'ocres, de verts, s'étend à perte de vue. Chaque parcelle de terre rouge, argileuse, est cultivée. Les pentes sont encore douces.
Nous traversons une piste qui monte à un col, que nous atteindrons en fin de journée, et nous croisons des troupeaux de chèvres...les premiers d'une longue série: la vallée de l'Ourika est une région agricole, et le bétail est assez nombreux.
Nous apercevons aussi les neiges tombées la veille. Elles nous semblent si proches! Elles nous rappellent aussi qu'il ne fait pas bien chaud!
Cette première journée de marche est une mise en jambes parfaite, nous prenons le temps de contempler, photographier la nature qui nous entoure, et quand vient l'heure du repas, nous sommes tous surpris de retrouver notre équipe de muletiers, au bord d'un oued en partie asséché, à l'abri du vent. Les mules ont été provisoirement soulagées de leurs fardeaux, et l'eau pour le thé est déjà en train de chauffer: nous sommes bluffés par l'organisation! jamais nous n'avions osé imaginer que les bivouacs se dérouleraient ainsi!
Le fait de s'arrêter, conjugué à l'altitude, nous fait ressentir le froid: qu'à cela ne tienne! je vois soudain Lahcen grimper sur un talus, ramasser du bois mort, et en moins de temps qu'il faut pour le dire, un feu est allumé!
Après s'être réchauffés, et aussi après avoir fait honneur au talent de nos cuisiniers, nous reprenons notre chemin. Nous traversons les villages de Aït Amer, Am Er Zouat, pour arriver en fin d'après midi, au col surplombant le village de Tizi Tadmant où nous allons passer la nuit. Une petite pause thé à la menthe, en compagnie de quelques villageois, et nous allons découvrir notre hôte pour la nuit.
On voulait être dépaysé...on va l'être, ça, c'est sûr! d'abord, on range les mules au garage...
La fée électricité n'est arrivée que 6 mois avant nous dans ce village: pas encore de forêt de paraboles sur les toits. Pas d'eau courante non plus: on oublie la douche! Nos compagnons de voyage se relaient régulièrement pour aller chercher de l'eau dans des seaux, des bidons, à quelque mètres en dessous de la maison.
Il est un endroit que nous, les femmes, avons tendance à inspecter en premiers lieux...les toilettes...on a dit même pas peur?...alors même pas peur! mais on rit beaucoup...nerveusement! les WC à la turc, c'est juste bon pour se muscler les cuisses mais c'est tout! tiens, au passage, je remarque une minuscule bassine avec de l'eau, dans un réduit, à côté des WC, séparé par une cloison, puis un miroir, accroché à 20 cm du sol...j'ai peur de comprendre!
si, si, c'est le cabinet de toilette: on s'accroupit devant le miroir, et on fait ce qu'on peut avec la bassine! bon! j'ai bien fait d'emporter mes lingettes de bébé, moi!
Je plaisante! parce qu'au fond, nous nous doutions bien de ce qui nous attendait! et ce que nous trouvons nous enchante: nous trouvons l'essentiel. un accueil chaleureux, une ambiance qui ne l'est pas moins...que demander de plus?!
Nous voici devant l'entrée ...
Nous voulions partager le quotidien des populations de ces montagnes, et nous jouerons le jeu, le plus possible, dans la joie et la bonne humeur!
Il est encore tôt, et Lahcen nous invite à nous promener dans le village. Nous déposons donc nos sacs dans la pièce qui nous servira de salle à manger et de dortoir, et nous partons nous ballader.
A la fois curieux et méfiants, quelques enfants nous suivent à distance. Ici, les touristes ne viennent jamais, et nous sommes les premiers à emprunter ce circuit, mis en place cette année par notre organisateur. Nous sortons un peu du village, pour sillonner à travers les champs. Ici commencent les cultures en terrasses. Pourtant, les pentes ne sont pas encore très raides: nous ne sommes qu'à 1500 mètres d'altitude. Les femmes désherbent les champs à la main, et récupèrent les mauvaises herbes pour le bétail. Les enfants aident un peu, jouent beaucoup. Rassurée par la présence toute proche de sa mère, une petite fille s'approche de mon mari et lui offre un coquelicot, avec un sourire...craquant! Elle s'enfuit en courant, mais revient vite. Son petit frère cueille à son tour des coquelicots, et en offre à tout le monde. Ils sont adorables! Les femmes nous saluent d'un geste, d'un sourire. Dans ces coins reculés, le français est très peu parlé...et mon usage de la langue berbère déclancherait plus facilement l'hilarité qu'une quelconque chance de compréhension!
J'ai envie de connaître leurs prénoms! Mon amie me demande comment je vais faire, et j'opte pour l'infaillible méthode de "moi Tarzan, Toi Jane?"...et ça marche! Ouardia et Youssef! ça y est: on se connait!
Ce sont eux, à gauche, sur la photo. Ils nous ont escortés jusqu'au retour, accompagnés par d'autres enfants, moins timides que les autres. Chacun a tenu à se présenter...nos prénoms les font beaucoup rire.
Je me rappellerai longtemps du petit garçon en rouge, Ali, surnomé Ali "çacaille" par Tayeb! Tayeb nous entendait souvent dire "ça caille" en grelottant, et le pauvre Ali tremblait toujours comme une feuille, il semblait frigorifié! son nom était donc tout trouvé! J'ai bien sûr, demandé l'autorisation de les photographier, et je leur ai montré ensuite l'image sur l'écran de l'appareil. Ici, on achète pas les photos, pas plus qu'on ne les vole...
Nous préférons attendre le lever du soleil, pour faire de nouvelles photos, en espérant qu'il se montre généreux: la lumière serait plus belle...
Ce premier repas du soir ravit les gourmands que nous sommes: déjà, les odeurs de cuisine étaient prometteuses, mais vraiment, je me demande comment il est possible de cuisiner aussi bien, d'élaborer des plats comme ça, dans des conditions aussi...rudimentaires!
La fatigue a bientôt raison de nous, et nous découvrons alors que les canapés, seront aussi nos matelas: au moins, ce sera confortable!
Il faut dormir...demain est un autre jour!























