Avril au Maroc

un carnet de voyage en images, pour les amoureux des paysages sauvages, loin des formules all inclusive.

14 mai 2007

Mardi 3 Avril 2007

c__tait_la

5h30 . oui, je sais bien, c'est tôt! mais c'est pas de ma faute! à force de boire du thé, de la verveine, le potage...j'avais prévenu! Et puis j'ai essayé de me lever sans bruit, avec ma lampe frontale pour réveiller personne...j'avais pas prévu de trouver une résistance derrière la porte! pas moyen d'ouvrir! je pousse, doucement mais fermement, mais je sens bien qu'il y a quelque chose derrière la porte! Mon mari me dit alors gracieusement: " qu'est-ce que tu fous"?!... ce qui suffit à me faire partir dans un fou-rire: nécessité absolue d'ouvrir cette maudite porte: je peux pas passer par la fenêtre: y'a des grilles! et puis ça ferait quand même un peu désordre! donc, je force...
et là, dans la lueur de ma lampe, je vois tous les muletiers allongés par terre, dans leurs sacs de couchage! Et bien entendu, c'est Tayeb, le plus grand, qui dort, les pieds contre la porte...moi qui voulais passer incognito, c'est réussi: Ahmed saute sur l'interrupteur et en quelques secondes, c'est Las Vegas! Les toilettes sont à l'extérieur: pas grave! il allume partout! j'ai beau lui montrer ma lampe, lui dire que je vais retourner me coucher, que je ne veux pas réveiller tout le monde...(pour ça, c'est mort), rien n'y fait! j'allais pourtant pas me perdre!

cuisine_et_dortoir_muletiers

A 5h30 du matin, voyons les choses en face, on a pas envie de s'attarder dehors: en rentrant, je trouve déjà l'eau du thé en train de chauffer, et Tayeb me dit " bonjour, ça va?"...je ris, mais je lui demande pardon, pour l'avoir réveillé, et il me répond les yeux pleins de sommeil "non, non, tu m'as pas réveillé!"...ils sont charmants!

Quand je rentre dans le dortoir, je sens une certaine animosité contre moi...je sais pas pourquoi, j'ai comme l'impression d'avoir vraiment réveillé tout le monde! C'est quand même pas de ma faute s'ils sont déjà en train de préparer le petit dèj! c'est pas de ma faute non plus, si les mules, garées tout près des toilettes, m'ont accueillie dans un concert de braillements!
Bon, voyons...comment procéder pour se préparer le matin?...le jour se lève, la pénombre s'efface dans la pièce. Il faut tout de même faire un brin de toilette! Dans la pièce à côté, c'est mort, dans les toilettes...même pas en rêve, dehors, là, c'est moi qui meurt...de froid!...OK: je vois qu'une solution: heureusement que j'ai de la place dans le sac de couchage! On doit avoir l'air fin, tous, à gigoter comme des asticots! On assure! tout est affaire d'organisation! et comme se plait à le répéter sans cesse Lahcen :

"Y'a pas de problèmes, y'a que des solutions!"

Il faut voir le bon côté des choses: en se levant tôt, nous sommes prêts à partir dès 8h00. Le soleil est radieux ce matin, et la lumière est magnifique! finalement, ils devraient me remercier, tiens!
C'est qu'il en faut du temps, chaque matin, pour rassembler le matériel, et charger nos 4X4!

d_part

Nous traversons l'oued, et découvrons Tizi Tadmamt sous un jour nouveau: baigné de soleil, le village semble s'embraser!

                                matin                      nous__tions_l_       

Tizi_Tadmant_2

Il a gelé cette nuit, et les passages à l'ombre sont toujours givrés. Les hommes sont déjà au travail dans les champs, les femmes conduisent les animaux à l'oued pour qu'ils s'abreuvent, et les enfants sont déjà en train de jouer.

enfant_au_cerceau

femmes_au_matin 

A l'approche de nouveaux villages, toujours la même curiosité: les habitants semblent toujours aussi surpris de nous voir là! C'est la vie même de ces gens, que nous regardons en spectateurs. C'est particulièrement bon, de prendre du recul sur sa propre manière de vivre: ici, les priorités sont si différentes!

A Sidi Farès, à l'écart du village, au bord d'un ruisseau, ou plutôt d'un canal d'irrigation, règne une activité intense, dans le bruit des conversations de femmes et les rires des enfants; c'est jour de lessive.

jour_de_lessive

Chacun semble avoir sa propre tâche. L'eau chauffe dans un tonneau faisant office de lessiveuse, l'une frotte, l'autre rince, l'autre encore étend le linge dans les arbres, toujours avec le sourire aux lèvres...j'ai un peu honte, en pensant à ma machine à laver, mais elles semblent si heureuses! Il y a une vraie convivialité dans chaque acte de la vie quotidienne, et nous ferions peut-être bien d'en prendre des leçons.

Chacune nous salue au passage, et une femme interpelle mon mari en riant, pour lui demander de prendre sa place!

A la sortie du village, Ahmed traverse une ravine et va frapper à la porte d'une maison. Tout le monde s'arrête et attend. Lahcen nous explique que c'est un ami qui habite là, et qu'il lui dit juste un bonjour. Mais lorsque l'ami comprend que Ahmed nous accompagne, il insiste pour que nous nous arrêtions prendre le thé chez lui! Un peu gênés, nous hésitons, mais Lahcen nous explique que l'hospitalité berbère n'est pas une légende, et qu'elle ne se refuse pas. Nous traversons à notre tour la ravine, et entrons dans la maison de notre hôte.

maison_de_nos_h_tes

Dans l'entrée, j'ai juste le temps d'apercevoir sa femme, qui s'enfuit vers sa cuisine: pas question pour elle de se présenter devant les hommes. Tout le monde se déchausse, et s'installe dans une pièce qui ressemble exactement à celle de cette nuit: des tapis au sol, de gros matelas en guise de canapés, et la télévision au fond. Celle ci est allumée, et nous sommes priés de regarder une émission sur les méfaits du narguilé...en arabe! heureusement qu'il y a les images!
On nous souhaite la bienvenue, et on se sent vraiment accueillis de bon coeur. L'homme va chercher le thé dans la cuisine, et nous le partageons avec plaisir...mais le temps passe, les hommes parlent entre eux ( ils sont contents de se voir), mais voyons les choses en face: nous avons encore du chemin à faire!

Je m'inquiète donc auprès de Lahcen, de la raison pour laquelle nous ne semblons pas prêts à partir. Il me dit alors que la maîtresse de maison a tenu à cuisiner des trids pour nous! ce sont des genres de crêpes, à base de farine et d'eau chaude, avec du levain, et feuilletées à la main, à même la poèle, avec de l'huile. La pâte est étirée avec les mains, puis repliée, puis étirée...jusqu'à ce que la dame estime qu'elle est prête!
Le mari me propose d'aller rejoindre sa femme, et semble s'en vouloir de ne pas y avoir songé plus tôt!

J'accepte avec grand plaisir, ce que je considère comme un honneur. Mon amie et mes filles m'accompagnent. Nous faisons connaissance d'une très jeune femme, penchée sur son fourneau, un petit garçon accroché dans son dos dans un foulard, et deux petites filles sagement assises sur des tabourets en bois.

cuisine_sidi_fares

J'avoue avoir songé un instant à ma trousse à pharmacie, en voyant la manière dont la pâte était manipulée, mais j'ai très vite chassé cette image: tout va bien! et nous ferons tous honneur aux trids de cette jeune femme, si souriante, et si fière de nous montrer comment elle les préparait.

Nous prenons congés, en donnant à Lahcen de quoi les remercier, sans les vexer.

Le chemin s'élève vers le col, et on entend des chants d'enfants, que Lahcen reprend en coeur en souriant: il s'agit de versets du Coran: en contrebas, des enfants répètent, à l'école coranique.

ecole_coranique_de_sidi_fares

Nous poursuivons notre marche, au milieu des genévriers, qui ici, ressemblent à des arbres, des tuyas...Le sentier s'élève en pente douce. Faiblement chargés, nous marchons sans peine, et nous parlons beaucoup, échangeons nos impressions: avantage de voyager en petit groupe d'amis!

Chaque col nous offre une nouvelle vue, un nouveau théâtre naturel.

passage_du_2_col

Les neiges des sommets donnent au paysages de faux airs alpestres. Mais nous sommes bien dans le haut Atlas, et le Toubkal culmine tout de même à 4 167 mètres d'altitude. A cette saison, se terminent les dernières randonnées "mules et ski". Lahcen est un sportif qui impose le respect: Il est né à Imlil, un village du Haut Atlas, passage quasi obligé pour les candidats à l'ascension de Toubkal. Lorsqu'il était jeune, il accompagnait les alpinistes, d'abord avec ses mules, puis comme porteurs. Il a fait ensuite l'école des guides, puis est venu en France, où il a passé, à Chamonix, son brevet de guide de haute montagne. Nous apprécions particulièrement de pouvoir parler avec lui du Mont Blanc: il semble heureux de partager ses souvenirs avec nous. Après un stage à Briançon, il est rentré au Maroc, où il transmet avec talent et chaleur, sa passion pour ses montagnes... et elles sont belles, ses montagnes!

passage_du_col

Nous cheminons pour un temps sur un sentier en balcon, et croisons une femme, seule, en pleine activité de lessive, à proximité d'une source. Nous nous demandons d'où elle peut bien venir! nous avons dépassé le dernier village depuis au moins une heure, et nous n'en voyons pas à l'horizon. Elle est pourtant équipée de son réchaud, et voyez vous même sur la photo...les produits n'ont pas de frontières!

au_milieu_de_nulle_part

Nous approchons de l'heure du bivouac, lorsque nous entendons les cris de nos muletiers, déjà installés au pied d'un arbre. Ils nous font de grands signes, et l'endroit qu'ils ont choisi pour notre pause déjeuner est tout simplement splendide!

bivouac_2__jour

Le premier critère de choix est lié à la nécessité d'avoir un point d'eau: Nous ne portons pas d'eau avec nous, en dehors bien sûr, de celle que nous buvons en marchant. L'eau pour cuisiner, pour le thé, est toujours trouvée sur place. J'avoue que parfois...nous échangeons des regards inquiets mais amusés...

l_eau_du_th_

Le soleil et la douceur ont remplacé la grisaille et le froid de la veille. Nous profitons agréablement du repas, toujours aussi bon, et nous prélassons un peu...oubliant un peu vite qu'à cette altitude, le soleil brule...

Nous sommes tout bonnement en train de griller, façon langouste! Lorsque je réaliserai notre imprudence, il sera déjà trop tard: l'une de mes filles aura une cloque sur la joue. Les coups de soleil ne pardonnent pas!
Nos avant-bras sont aussi bien rouges, mais mon amie Cindy y trouvera un avantage plus tard...assez original!

Mais nous nous étions réjouis un peu vite du calme des lieux: je vous ai dit que la région était agricole, et les troupeaux nombreux...nous finirons le repas dans un concert de "bêêêêhh" plus ou moins harmonieux.
et il faut bien l'avouer...si au début, tout le monde trouve ça charmant, même amusant, certains d'entre nous font un vrai travail sur eux même pour ne pas crier "vos gu.....!!!!"

compagnes_de_bivouac

berger

Mais une fois de plus, voyons le bon côté des choses: d'ordinaire, ces bêtes là ne s'embarassent pas de bonnes manières et viennent manger dans votre assiette sans autres formes de politesse! Pas celles-là! c'est pas de la chance, ça, peut-être?! Non, elles étaient juste un peu curieuses, et désireuses de nous faire un récital...oh, franchement, c'était pas pire que les élèves de la Star ac'!...pardon, je m'égare!

Mais quand même, une fois parties, nous apprécions encore plus le silence revenu! Nous quittons à regrets ce petit coin de paradis pour reprendre notre chemin. Nous devinons au loin plusieurs villages: le notre, celui où nous passerons la nuit se trouve derrière une colline. Nous laissons les muletiers rassembler le matériel et nous partons en avant: ils nous rattraperons toujours!

Ce côté de la vallée est plus ouvert, moins encaissé, et la terre moins rouge. On découvre au loin des villages, accrochés à la montagne.
Ce qui, très tôt, m'a frappée durant notre trek, c'est la parfaite maîtrise de l'eau. La montagne regorge de sources, habilement exploitées: aussitôt canalisées, elles irriguent chaque étage des cultures en terrasses, se déversant de l'une à l'autre, jusqu'à rejoindre l'oued dans la vallée. Parfois bétonnés, mais très rarement, ces canaux d'irrigation sont le plus souvent creusés à même le sol, et parfaitement entretenus.

C'est une lapalissade de dire que l'eau, c'est la vie, mais nous prenons ici toute la signification, la réalité de cette phrase: outre la luxurience de la végétation, elle offre à l'éternelle contemplative que je suis des "tableaux" de toute beauté, que j'admire inlassablement.

moi__j_adore

Une fois encore, nous rencontrons des femmes lavant leur linge, toujours aussi loin de leur village: pourquoi choisissent elles ces endroits plutôt que d'autres? cette question reste un mystère: l'eau est partout!

Nous ne manquons pas de les saluer chaleureusement d'un Salam Aleikoum...auquel elles répondent la plupart du temps par "bonjour"...no comment!
Alors que je traine un peu à l'arrière du groupe, je vois venir à moi un petit garçon, qui semble tout fier de me présenter sa petite soeur. Je m'accroupis, me mettant ainsi à sa hauteur (non pas que j'impressionne, mais quand même...), et nous faisons connaissance:

Aziz_et_Sa_da

Sa mère l'appelle, sûrement inquiète, ou plus sûrement, elle a peur qu'il ne soit en train de réclamer quelque chose. Je la rassure, et lui demande au passage si je peux photographier ses enfants. Elle accepte, et Aziz pose fièrement à côté de son âne...c'est peut-être ridicule, mais moi, je fond! Ils sont pas adorables, peut-être? si je ne devais garder qu'une photo, ce serait celle là! Je lui offre un bonbon avec un clin d'oeil de connivence et je m'en vais rejoindre les autres à regrets.

Nous marchons depuis plusieurs heures, et les couleurs changent progressivement: sur l'autre versant, la roche devient grise, anthracite, plus austère, alors que de notre côté, des vagues blanchâtres ondulent dans la roche rouge.

          changement_de_couleurs            contrastes

fleurs

Lahcen décide de faire une pause au bord d'un chemin surplombant la vallée. On découvre alors plusieurs villages, et isolée au milieu d'eux, un bâtiment assez récent: l'école.

ecole

L'école est théoriquement obligatoire au Maroc, pour les filles comme pour les garçons, et les classes sont mixtes. Située à équidistance de chaque village, elle permet ainsi de scolariser tous les enfants.

Alors que nous prolongeons notre pause, en grignotant des patisseries achetées avant notre départ de Marrakech (gourmandise, quand tu nous tiens!), Lahcen demande nos jumelles et regarde en direction de ce qui sera notre gîte du soir: nous avons un peu trainé aujourd'hui, et il craint que le gîte soit déjà occupé par d'autres groupes: Imsker est en effet un point de départ, pour l'ascension du Toubkal, et il y a de grandes chances pour que d'autres groupes occupent déjà les lieux...mais pas de soucis: Lahcen est rassuré. Nos muletiers sont déjà presque arrivés, et on peut leur faire confiance pour réserver un petit coin sympa. Grâce aux jumelles, on les voit déjà traverser l'oued.

               

on_va_la_bas

Nous reprenons notre route en pressant un peu le pas: il n'existe que deux refuges à Imsker, et un seul est ouvert à cette saison. Nous apercevons sur le versant opposé un convoi de quelques mules, qui nous encourage à accélérer: A 1800 mètres d'altitude, mieux vaut ne pas dormir à la belle étoile!

La descente dans la vallée se fait donc rapidement. Le gîte, quant à lui, se situe à l'entré du village.

traversee_de_l_oued

Lorsque nous arrivons au refuge, il est effectivement plein; nos muletiers sont formidables: ils nous ont réservé un dortoir au rez de chaussée, juste en face de leur minuscule cuisine, et surtout...à côté de l'unique douche qui fonctionne! Nous dînerons dans la cour. Dans ce coin du Maroc, il semble que les treks s'organisent tous ainsi: les groupes sont accompagnés de leurs cuisiniers, et à chaque dortoir correspond une cuisine. Le premier étage est en terrasse: agréable, jusqu'à ce que le soleil se couche. Après, le froid tombe d'un seul coup.
Ces deux jours de marche ont soudé notre petit groupe, et nous voudrions diner tous ensemble, mais nos muletiers/cuisiniers, s'ils semblent heureux de notre proposition, la déclinent poliment.

Nous allons prendre un thé en terrasse, et faisons vaguement connaissance avec d'autres marcheurs, qui semblent envier la bonne humeur qui règne dans notre petite équipe.

Nos filles, ravies de pouvoir enfin se doucher, revendiquent la priorité à la douche: nous acceptons de bonne grâce...mais l'euphorie devant la pancarte qui annonçait "douche choude" retombe très vite devant ce constat douloureux: certes, il y a un robinet d'eau chaude...certes, il y a un robinet d'eau froide...mais le problème se pose au moment de mélanger les deux: l'eau chaude coule en filet, l'eau froide en torrent. L'eau chaude est très chaude, et l'eau froide est...froide! Moralité: soit elles se douchent à l'eau chaude, et elles se brulent au troisième degré, soit elles se douchent à l'eau froide.

Aux cris d'orfraie qui émanent de la douche, nous comprenons très vite qu'elles ont opté pour la seconde solution. Une fois de plus, il faut voir le bon côté des choses: la file d'attente des candidats à la toilette s'est d'abord franchement allégée, pour finalement disparaître totalement.

Mais mon tour approche, et frileuse comme je suis, la douche froide ne m'emballe pas trop...je cogite sur la façon dont je pourrais bien me débrouiller pour avoir de l'eau chaude, quand mes yeux se posent sur une bassine de taille respectable, placée sous le chauffe-eau qui fuit. J'ai ma solution: si le robinet ne sait pas faire le mélange, je vais me le faire toute seule! après...on fera comme on pourra, debout dans la bassine: porte fermée, le ridicule ne tue pas! Je suis penchée sur ma bassine, porte ouverte, je règle la température, quand le gardien du gîte arrive doucement derrière moi et me demande "ça va?"...l'infarctus évité de justesse, je lui explique la situation et il me dit "d'accord! attends!".Et il revient avec un bol, en me faisant signe que je pourrai me rincer avec. C'est bon, je peux y aller! Mais faut avouer que ce n'est pas très pratique de se laver les cheveux de cette façon! je constate très vite qu'à deux, ce serait beaucoup plus pratique, et j'appelle donc mon mari pour qu'il me rejoigne: on gagnerait du temps!...
Inutile de l'appeler: j'entends des chants et des bruits de casserole venant de la cuisine. Il est en train de faire le zouave avec Lahcen, Tayeb et toute sa bande. Je n'ai plus qu'à me débrouiller toute seule.

En sortant, je file le tuyau à nos amis qui prennent ma place, et explique à mes filles qu'elles auraient pu songer à cette combine...devant leurs regards noirs, je n'insiste pas, d'autant qu'elles n'arrivent pas à ce réchauffer.

2_refuge

D'ailleurs...mais non, fait pas froid!
La fête bat son plein dans la cuisine: au milieu des légumes qu'Omar tente, tant bien que mal, d'éplucher pour le dîner, les hommes chantent, dansent en tapant sur tout ce qui leur tombe sous la main! Les autres pensionnaires viennent de temps en temps voir ce qui se passent, et repartent aussitôt, pour certains, en riant, pour d'autres, un peu sceptiques...c'est sûr, c'est pas demain qu'ils font l'Olympia, mais tout de même, ça donne des fourmis dans les mains, et les filles nous rejoignent. Nous voilà tous en train de frapper dans les mains, danser, et surtout chanter en arabe, ce qui les fait mourir de rire...rigoleront moins le lendemain!

Passé ce petit moment de folie, nous partons faire le tour du village avant de rentrer dîner. Nous partageons le meilleur couscous qu'il m'ait été donné de manger!

Le moment du repas est toujours un moment de partage, de discussion, et nous faisons part à Lahcen de nos interrogations,quant à l'évacuation des déchets dans ces coins reculés. Nous avons souvent été frappés par la quantité de détritus en tous genres, jetés dans le lit asséché des cours d'eau qui dévalent de temps en temps la montagne. Il nous confirme que c'est effectivement un problème. Lui qui est enfant du pays, et qui sillonne toute l'année ces endroits, nous explique qu'après avoir trouvé dans l'eau, des piles éventrées, a un jour décidé d'agir: accompagné de responsables de son groupe, il est allé demander audience à chaque chef de village, pour expliquer le danger que de telles pratiques pouvaient représenter pour les populations elles-mêmes. En polluant l'eau, ils polluaient leurs cultures, et contaminaient leurs enfants et le bétail. Une prise de conscience semble avoir eu lieu, et chaque village dispose maintenant de conteneurs prévus à cet usage. Des amendes sont prévues pour les contrevenants.

Les premiers signes de fatigue se font sentir. On me rappelle au passage que tout le monde est réveillé depuis 5h30 du matin...et si on allait se coucher?

Posté par neferka à 20:50 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Photos et commentaires bravo !!!

Ces maisons incrustées dans la roche et dans la nature, presque troglodytes, sont faites je suppose pour supporter les grandes chaleurs de l'été ? Mais quelle pauvreté. Et dire que nous nous plaignons. C'est bien de nous montrer cette autre manière de vivre dans la ruralité berbère.
Merci pour ce que je viens de découvrir avec énormément de plaisir. Les photos sont magnifiques ainsi que la nature rude et si colorée.

Posté par Genevieve, 25 avril 2007 à 18:42

ah la montagne !

rudesse de la montagne sous les pieds mais si douce au regard


merveilleuse photo que celle du village qui s'éveille sous les rayons du soleil du matin ... c'est impression de "soleil levant" mélange d'ici et de là-bas ...

kisskissouxxx à vous mes Gaumaises et monsieur !

A Poët !

Posté par (^¤^), 27 avril 2007 à 04:12

Je retrouve avec plaisir les sensations que j'ai connues dans le temps en me promenant dans la vallée de l'Ourika: vingt ans plus tard, l'image qui reste gravée dans ma tête est celle des femmes berbères et des filles en train de chanter sous les arbres. Les images sont toutes très belles: quels contrastes de couleurs rudes et châtoyantes à la fois: le rose - le brun - le vert... quelle alchimie de couleurs

Posté par choucas, 05 mai 2007 à 23:59

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