14 mai 2007
Mercredi 4 Avril 2007
La nuit fut quelque peu agitée: à 1800 mètres d'altitude, il fait froid. Nos sacs de couchage sont pourtant prévus pour des températures de 5 °, mais couchés sur de maigres matelas, eux même posés sur une chappe de béton, ils s'avèrent un peu légers. Au fur et à mesure de la nuit, nous avons récupéré peu à peu nos vêtements, pour finir presque totalement habillés.
Mais Cindy a trouvé une utilisation peu commune de ses coups de soleil: chauffe-jambes. Oui, bien sûr, dit comme ça, ça peut surprendre: mais à chaque fois qu'elle avait froid, elle plaquait ses avant-bras et s'en servait comme chaufferettes...efficace, paraît-il!
Outre le froid, nous étions entourés par toutes les mules des différentes expéditions. Et pour une raison qui m'échappe, les mules adorent les concerts de nuit.
Nous nous levons donc en silence, pour ne pas réveiller les autres groupes. Je découvre alors, couché dans la cour, à même le sol, un homme dans son sac de couchage. Le jour s'est levé, mais ça ne semble pas le perturber. L'ennui, c'est qu'il est installé sous la table de notre petit déjeuner. Lahcen est déjà debout, tout le monde s'agite, et l'homme, imperturbable, ronfle comme une locomotive...à mon avis, lui, cette nuit, il s'est fait virer d'un dortoir!
Nous prenons notre petit déjeuner et rassemblons nos affaires rapidement: Lahcen veut partir tôt. Nous devons passer le col de Tizi N'Techt, à 2000 mètres d'altitude, qui nous ouvrira la vallée de l'Azaden. Il commence à nous connaitre: il sait que nous allons trainer en route!
Nous quittons Imsker vers 8h00, et profitons de la vue sur les villages que nous avons traversés la veille.
Nous arrivons à un premier col, sans difficulté, qui nous offre une idée du parcours qui nous attend:Nous allons plonger dans la vallée, traverser l'oued, puis le village que l'on aperçoit, pour arriver en face, dans ce petit V que forme l'horizon: nous serons alors à mi-parcours.
En route! la descente est tranquille, à l'ombre, sans difficulté. Il faut tout de même faire attention: nous traversons quelques pierriers qui pourraient être fatales à nos chevilles!
Nous traversons l'Oued, puis la route qui mène à Imlil, pour remonter, d'abord le long d'une ravine jonchée de détritus, en direction du col. Comme souvent dans les traversées de villages importants, nous regrettons vraiment ce manque de civisme écologique de la part des populations. C'est leur propre cadre de vie qui se dégrade, sans qu'ils semblent s'en préoccuper le moins du monde!
Une fois le village dépassé, la pente devient plus raide, et l'ombre se fait rare. La marche est régulière mais plus lente.Nous faisons quelques pauses, pour reprendre notre souffle, ce qui nous permet d'admirer le paysage.
On oublie trop souvent de se retourner lorsqu'on marche, et on se prive ainsi de regards différents : c'est ainsi que sur cette photo, nous pouvons voir le chemin parcouru depuis le matin: nous étions juste en face, sur la photo précédente.
Je commence à avoir les jambes qui flageolent, quelques petits étourdissements, qui sont les signes pour moi qu'une fringale approche! Lahcen doit lire dans mes pensées, car il profite de l'ombre bienfaisante d'un genévrier pour décider de faire une pause gourmande. Il sort de son sac à dos, un petit sac rempli de dattes, cacahuètes natures et caramélisées, et petits biscuits à l'anis! Manifestement, je n'étais pas la seule à avoir faim!...à moins que ce ne soit la gourmandise: c'est si bon, que je demande à Lahcen où je pourrai acheter ces petits biscuits, une fois de retour à Marrakech.
Nous reprenons notre chemin, mais nous voyons déjà le sommet, et le replat caractéristique du col de Tizi n'Techt. Nous croisons un groupe de marcheurs, eux aussi accompagnés de leurs mules.
La vue, depuis le col, est grandiose.
Nous cheminons à présent sur une piste qui descend doucement vers la vallée de l'Azaden. Nous voyons au loin de nombreux vergers qui commencent à fleurir, et d'immenses troupeaux de chèvres dispersés dans les montagnes.
Dans un virage, nous découvrons le bivouac du jour: comme d'habitude, c'est la source qui a déterminé le choix de l'endroit.
Nous avons été repérés par des enfants qui arrivent vers nous, mais se dirigent vers notre guide: visiblement, ils viennent chercher de la nourriture. Ils repartirons avec du pain et des boîtes de sardine, ainsi qu'une bouteille, pour pouvoir la remplir à la source qui coule juste en contrebas: à l'instant, une des fillettes a bu l'eau qui stagnait sur la route.
Un peu plus tard, c'est un vieux monsieur qui viendra pour chercher de la nourriture: lui, restera déjeuner avec nous. L'endroit est vraiment splendide, et comme toujours après le repas, nous prenons toujours le temps de savourer ces instants de calme et de repos.
Mais ce jour là, la joyeuse équipe de nos muletiers a envie de s'amuser un peu...et propose donc aux filles de monter sur leurs mules. Comme on a dit "même pas peur", même pas du ridicule, aucune de nous ne décline l'offre, et c'est dans un concert de chants et de rires, que nous partons faire un tour en trottinant...pour des raisons évidentes, j'ai décidé de m'appliquer une auto-censure, et les photos ne seront pas publiées...non, non, n'insistez pas!
Bon...ma bonté me perdra: devant les demandes insistantes, je cède à la pression populaire...comment ça, j'en fais un peu trop?! et je consens à me ridiculiser publiquement...
Attention, je prends les noms de ceux qui rigolent!...
La récréation terminée, nous reprenons notre chemin. L'après-midi, nous traverserons de nombreux villages, qui semblent bénéficier d'un peu plus de confort moderne. Bien sûr, tout est relatif!
Nous croisons comme chaque jour, des femmes en corvée de lessive. Ici, certains bidons connaissent un recyclage plutôt innatendu.
Nous passerons la nuit à Tizian. Ce sera notre dernière nuit en montagne, et je le regrette déjà!
Nous arrivons à Tizian, avec une escorte d'enfants, qui manifestement, connaissent le traditionnel refrain "bonbon, stylo". Nous traversons l'oued, et grimpons vers le village, en traversant une forêt de noyers: nous verrons le lendemain, que ces arbres font partie de la spécificité de l'Azaden.
Comme indiqué, le gîte, c'est par là! Nous y serons seuls pour la nuit. C'est une grande maison, avec différentes pièces faisant office de dortoirs, avec les traditionnels matelas posés sur des tapis tressés. Nous apprécions tranquillement le charme de la terrasse, de laquelle nous pouvons admirer le soleil qui va se coucher derrière le Toubkal enneigé. Nous sommes vraiment au fond de la vallée de l'Azaden, qui est un cul de sac.Tout à l'heure, lors de notre descente vers l'oued, nous avons aperçu le dernier village, Tizi Ouziem.
Il règne ici un calme apaisant. Nos jeunes muletiers viennent nous rejoindre sur la terrasse, s'assoient avec nous, d'abord un peu gênés, mais nous les mettons à l'aise. Nous sommes ravis, au contraire, de pouvoir partager un peu de temps avec eux: ils ne ménagent pas leur peine pour notre confort! L'un d'eux semble intrigué par notre guide du routard "Marrakech" qui trône sur la table. Je le lui tends, et manifestement, ce qu'il lit l'amuse beaucoup. Mais comme chaque soir, il convient d'aller nourrir les mules:ce soir, elles dorment dans la grange d'une autre maison. Je vois là la promesse d'une nuit sans concert...on peut toujours espérer! C'est en délégation que nous traversons le village pour apporter le repas à nos "tasserdount".
Après un petit tour dans les ruelles très étroites et pentues, nous décidons de rentrer pour aller nous doucher: ce soir, rien à dire! eau chaude, douches propres...bon, pour les toilettes, faut pas rêver, on continue à muscler nos cuisses!
Je réalise soudain que nous n'avons pas pris le thé à notre arrivée, et je me dis qu'il s'agit sûrement d'un oubli...pas grave! mais je remarque aussi qu'à chaque fois que nous passons devant la cuisine, quelqu'un ferme la porte, comme pour nous empêcher de voir ce qui se passe à l'intérieur: on ne voit plus personne. Même Lahcen a disparu!
Nous retournons donc nous reposer sur la terrasse, quand je sens soudain une odeur fort agréable, mais toutefois innatendue en ces lieux: on dirait que quelqu'un fait des beignets! Comme nous sommes entourés de maisons à terrasses comme la nôtre, je me dis qu'une femme est en train de patisser alentour.
ça sent tellement bon, que les filles commencent à avoir faim (pas dur: elles ont toujours faim). Et je comprends soudain: ces petits secrets en cuisine...je descends donc à la cuisine et pousse la porte, et je découvre Lahcen, en train de cuire un tas de beignets follement appêtissants! Il voulait nous faire la surprise, et c'est réussi! J'appelle tout le monde pour qu'ils viennent féliciter notre chef patissier, et nous nous retrouvons tous, serrés comme des sardines dans la cuisine, pour un nouveau concert improvisé. Comme la veille, les casseroles font office de tambourins, mais le propriétaire du gîte est parti chercher un instrument en peau.
Je dois dire qu'il règnait une vraie chaleur, dans cette cuisine,ce soir là, et elle ne venait pas seulement du feu. Longtemps, je garderai le souvenir de la gentillesse de ces hommes.
Et c'est bien sûr ensemble, que nous dégusterons les délicieux beignets de Lahcen, autour d'un thé à la menthe...Seul Tayeb ne viendra pas nous rejoindre: il surveille "sa" spécialité: les spaguettis à la berbère! ce n'est pas ce soir là que nous avons fait attention à notre ligne!...ni les autres d'ailleurs!
Il faut dire qu'ils sont délicieux, ces spaghettis, et il est si content, lorsque nous lui montrons à quel point nous apprécions sa cuisine, qu'il ne viendrait à l'idée de personne de ne pas y gouter!
Cette soirée est un peu particulière, nous savons tous que c'est la dernière que nous passons ensemble: le lendemain sera notre dernier jour de marche, et même la plus jeune de mes filles, d'ordinaire ronchon à l'idée de partir en treck, regrette que ce soit déjà fini! c'est à chaque fois pareil: toujours fatiguée à l'idée de commencer, et toujours déçue de s'arrêter!
Elle et sa soeur ont envie de prolonger un peu la soirée, et rejoignent les jeunes en cuisine...j'apprendrai plus tard qu'elles ont vengé notre honneur outragé la veille, lorsque nous chantions en arabe, provoquant une hilarité certes légitime, mais peu diplomate: elles ont fait chanter "Frère Jacques" en canon aux jeunes muletiers! Elles en riaient encore lorsqu'elles sont venues se coucher.
Commentaires
sur la photo de Tyzan (?) on décèle comme une "coupure" dans le verdoiement des terrasses: est-ce dû à la sécheresse ou au fait que ces terrasses ne sont pas encore en culture ?
En ce qui concerne la "séquence" des ânes, faut pas se défiler: on veut voir et savoir qui était sur qui...
Sans commentaire !
citation lue quelque part sur un forum très sympa aussi ! :>
J'hésite, le coeur a ses raisons, que la raison ne connait pas ! et il me dit : >
Là, je n'écoute que mon coeur et retourne me régaler ! Que c'est beau et bien dit et qu'elle leçon d'humanité profonde ! Merveilleux
Sur les 4X4
Attention, je prends les noms de ceux qui rigolent!...
Il me semble Qu'Hélène à gauche et Perrine à droite n'ont pas l'air de s'ennuyer !
Et la Maman pas ridicule du tout !
là, je n'ose rire , je n'ai jamais été dessus, je serai plutot dessous surtout dans le coin d'une classe d'école ancienne !
Là je me lance dans les commentaires ! Danger d'éboulements ? j'abuse et je m'offre du rab !
Voilà c'est triste à dire, mais j'ai encore eu le droit au bonnet d'âne ! ce n'est pas la belle Hélène (non, non ! pas celle de la ville de Troyes en Champagne ! ;-) mais l'amie Cindy qui trône à gauche ( de la photo)
M'enfin c'était un moyen d'en savoir plus sur ce groupe enchanteur qui fit chanter muletiers comme les Frères Jacques de ma jeunesse !
Je ne savais même pas les Daltons maître-chanteur au Maroc. Ceux qui croient pouvoir se tirer d'affaire plus vite que leur ombre comme bibi n'ont plus qu'à bien se tenir ( je vais essayer )
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