23 mai 2007
Jeudi 5 avril 2007
Réveil difficile, après une nuit trop courte et quelque peu agitée: lors de nos nombreuses discussions avec Lahcen, nous avions abordé le sujet de la religion. Souvent, nous entendions la vallée résonner des appels à la prière, lancés par les muezzines des différents villages. Nous avions repéré les heures. Lahcen nous avait expliqué que lui même, rattrapait le soir les prières qu'il n'avait pu faire dans la journée.
Dans ces régions reculées, les bandes enregistrées n'ont pas encore remplacé la voix du muezzine. Lahcen nous explique que cette fonction est un honneur pour un musulman, et il est fier de nous dire que son propre père l'avait été pendant très longtemps.
Nos journées de marche avait été rythmées par ces appels lancinants et pour nous, pittoresques...mais jusque là, pas nos nuits!
A notre arrivée hier, nous n'avions pas remarqué la présence imposante du minaret, juste au dessus de notre refuge: il s'est brusquement manifesté, à 4 heures du matin, par un chant, précisément destiné au réveil en douceur des fidèles...le côté "douceur" nous a un peu échappé: nous avons tous fait un bond dans notre sac de couchage! nous étions pétrifiés. J'avoue qu'il m'a fallu quelques secondes pour réaliser de quoi il s'agissait: c'était si fort, que nous avions l'impression que le haut parleur était dans le dortoir!
De longues minutes se sont passées, avant que cesse le chant du muezzine. Nous allions tous nous rendormir, quand la voix retentît à nouveau, cette fois pour l'appel à la prière. La prière de 4 heures étant la première, les fidèles étant censés dormir, l'appel se fait donc en deux temps: le chant pour réveiller, quelques minutes de silence, le temps des ablutions, et l'appel en lui-même.
Nous avons très vite mesuré la chance d'avoir partagé ces moments de vie au plus près, mais il faut avouer que pour les non initiés...ça surprend!
Nous avons tout de même réussi à finir notre nuit, mais nous étions debouts à 7h00: le petit déjeuner nous attendait déjà:
Comme chaque matin, nous avons refait nos sacs...non. pas tout à fait comme chaque matin: j'étais pour ma part déjà nostalgique de quitter ces gens, ces endroits magnifiques.
C'est étrange, cette rapidité d'adaptation à de nouvelles conditions de vie! j'avoue ne pas avoir envie de retourner à la "civilisation", à ses bruits de moteurs, de klaxons, à ses odeurs de gaz d'échappement. Il règnait un silence et une paix ici, que nous regrettons de quitter.
Mais chaque chose a une fin. L'important est de savoir profiter de l'instant présent. Ecrivant ces mots, je repense à une phrase d'un de nos anciens présidents de la République aujourd'hui décédé:
On découvre plus tard que la merveille est dans l'instant
Je médite souvent cette phrase, pour n'avoir pas à regretter ce "plus tard", qui est souvent "trop tard"!
Et puis nous reviendrons! Nous en avons parlé à Lahcen: ce fameux Toubkal, qui nous a fait miroiter ses neiges tentantes, nous en feront l'ascension ensemble...Inch'Allah!
Il faut nous mettre en route: nous avons rendez-vous, à la sortie de la vallée, avec le chauffeur de notre minibus.
Nous quittons Tizian, en empruntant un sentier fort agréable, limité par des murs de pierres.
Il fait de plus en plus doux: les pluies diluviennes qui nous ont acceillis à Marrakech ne sont plus qu'un lointain souvenir. Le soleil nous aura permis d'admirer les paysages, dans la splendeur de leurs couleurs,
comme le jaune éclatant des pastelles, dont on extrait un colorant: le bleu indigo!
La vallée de l'Azaden est un immense jardin, un verger luxuriant: de vastes plantations de noyers jalonnent le chemin.
Chaque famille possède un certain nombre d'arbres, marqués d'une certaine couleur. Chaque famille a sa couleur. En voyant tous ces arbres, je me dis qu'il faudrait plusieurs voyages, au fil des saisons, pour apprécier les merveilles de ces endroits: lorsque les arbres fruitiers ( pommiers, cerisiers) sont en fleurs, lorsque les innombrables lauriers fleurissent, c'est toute la vallée qui arbore de nouvelles couleurs!
Nous traversons l'oued, pour passer sur la rive qui nous mènera à Tassa Ouirgane pour midi.
Il a creusé une gorge sauvage et encaissé. Nous sommes dans une zone protégée, où subsite une population importante de mouflons à manchettes (et non pas à bretelles, ;o) Cindy ). Nous n'avons pas eu la chance de les observer, pas même aux jumelles...mais j'ai trouvé une photo d'un individu, photographié in situ
Il faut faire attention de ne pas trébucher, et ce n'est pas aisé, tant la tentation est grande de garder le nez en l'air!
A l'approche du village de Azer Sahan, les canaux d'irrigation donnent un charme unique au paysage: notre sentier est un balcon au dessus de la gorge, et nous pouvons voir courir l'eau en dessous, et nous l'entendons au dessus de nous. Elle jaillit en perles éclatantes, en se déversant d'étages en étages: j'ai renoncé à photographier ces "éclaboussures": aucune image ne restituera jamais cette beauté .
Nous avons tout de même immortalisé les serpents nourrissiers:
En chemin, nous sommes rattrapés par un groupe de touristes espagnols. Nous nous effaçons pour les laisser passer: je suis médusée par leur nombre. Je ne me rappelle plus du nombre exact, mais je sais qu'ils étaient plus de 30! A voir certaines mines, nul besoin d'être devin pour comprendre que certains n'apprécient guère leurs conditions de voyage. J'avoue pour ma part être définitivement guérie de ces voyages organisés: comment assurer la cohérence d'un groupe, lorsqu'il faut concilier d'importantes différences de conditions physiques, et aussi, et surtout, des motivations différentes!
Il est clair que certaines personnes marchent pour marcher, sans prendre le temps de regarder ce qui les entoure, alors que d'autres (dont j'aurais tendance à faire partie), aiment prendre le temps de s'arrêter, d'attendre "le" rayon de soleil sur "la" fleur qui les intéresse et qu'ils voudraient photographier...chacun doit donc renoncer un peu à ce qu'il aime, pour l'ambiance du groupe.
Une fois de plus, nous reprenons notre chemin, conscients de la chance que nous avons d'avoir pu effectuer ce court périple dans des conditions optimales.
Lentement mais sûrement, la vallée de l'Azaden va se refermer sur nous: nous approchons du dernier village avant la sortie du parc national. Nous percevons au loin les cris des enfants.
Les femmes sont au travail, comme à l'habitude. Je réalise que nous voyons en fait très peu d'hommes. Lahcen m'explique que beaucoup travaillent dans les cultures, mais que beaucoup plus encore travaillent toute la semaine, parfois plus longtemps encore, à la ville. Les femmes et les enfants restent alors au village, s'occupant de l'entretien des jardins et du bétail.
Ce demi exode vers les villes est un choix, pas une obligation économique. Mais avec l'électricité, la télévision a fait son entrée dans les maisons, et pour ces gens, ce fut une ouverture sur le monde assez brutale. Les besoins n'ont pas changé: seuls les désirs sont apparus. La ville était donc pour eux le passage obligé pour accéder à un monde "meilleur".
Font-ils le bon choix? seront-ils plus heureux? seul l'avenir le leur dira. Pour ma part, je n'en suis pas sûre, mais je le leur souhaite sincèrement: la marche vers la société de consommation fait rarement demi-tour, quel qu'en soit le prix à payer!
Azer Sahan dépassé, nous nous retournons fréquemment, pour graver les dernières images des sommets enneigés. Mais la plus belle image, c'est mon mari qui l'a capturée dans son objectif, m'offrant ce cliché que je trouve magnifique!
Nous nous éloignons un peu des habitations, pour faire une petite pause gourmande: Lahcen nous tend son sac avec les délicieux gâteaux à l'anis, les dattes, etc...pfff! comment résister?
Nous reprenons notre chemin, en jetant un dernier regard en arrière. C'est ici que s'achève le parc naturel. Un comité d'accueil poilu cornu nous attend.
A peine avons nous quitté la réserve, que la vallée s'élargit, s'aère. Le paysage change radicalement, à l'image des maisons de Tassa Ouirgane!
C'est alors que nous voyons revenir dans notre direction l'un de nos muletiers accompagné de son 4X4 à grandes oreilles: c'est ici que nous nous séparons: il a déposé notre matériel au bivouac, et il repart avec un couple de randonneurs. Il sera leur guide accompagateur et cuisinier.
Notre périple s'achève là, au bord de la piste , à Tassa Ouirgane. Nous prenons notre dernier repas sur le toit en béton du gîte local, mais il faut avouer que le charme est rompu. Les téléphones portables vibrent à nouveau: chacun prend des nouvelles de ses proches. Le quotidien reprend ses droits, et même si nous savons que chaque chose a une fin, chacun de nous avoue qu'il aurait bien continué l'aventure.
A peine le déjeuner terminé, Nous chargeons nos sac dans le minibus qui nous attend, et nous prenons la route de Marrakech. En chemin, Lahcen reçoit un appel: les taxis, les bus sont en grêve dans tout le pays, pour protester contre l'augmentation du prix de l'essence. Nous sommes alors très surpris d'apprendre que ici aussi, le prix de l'essence s'est envolé. Mais bien sûr, les salaires ne sont pas comparables aux notres, et nous comprenons parfaitement la colère de ces gens.
Il semble d'ailleurs que nous ayons eu beaucoup de chance: notre chauffeur était au rendez-vous. Ce n'est pas le cas de celui qui devait récupérer un couple de randonneurs à Imlil. Lahcen nous demande si nous ne voyons pas d'inconvénient à ce que nous allions les chercher. Nous acceptons évidemment (je ne suis pas sûre que nous avions réellement le choix...). Le détour nous permet de reconnaître au passage la route que nous avions traversée deux jours plus tôt, avant d'entamer la montée vers le col de Tizi n'Techt.
Nous longeons un oued, le long duquel des familles entières semblent se reposer. Lors de la traversée d'un village, nous assistons, je pense, à un cortège de mariage...mais nous retrouvons la frustration que nous ressentons à chaque fois que nous ne pouvons prendre notre temps. Traverser un pays en voiture, ce n'est pas voyager. Seul le rythme lent de la marche, permet de s'imprégner des bruits, des odeurs, des couleurs.
Nous accueillons avec le sourire les deux randonneurs abandonnés, mais il semble que notre bonne humeur ne soit pas contagieuse! C'est à peine s'ils nous diront bonjour. Ils sont français, comme nous, mais décidément, je ne me ferai jamais à ces gens, handicapés du sourire! c'est pourtant si simple, et ça ne coûte rien...
Nous arrivons à Marrakech en fin d'après-midi, et nous retrouvons sans plaisir notre hôte toulousain et son Ryad. Nous changeons à nouveau de chambre...à croire qu'il a décidé de nous faire faire le tour de la propriété!
Chacun de nous appréciera tout de même les plaisirs d'une bonne douche chaude.
Ce soir, nous dînons en ville avec Lahcen: nous ne voulions pas nous quitter comme ça, sur un bout de trottoir. Nous avons tenu à l'inviter, mais c'est lui qui a choisi le restaurant: nous avions juste donné pour condition qu'il choisisse un endroit agréable, et surtout, une bonne table! Il a réservé pour nous, et nous devons nous retrouver devant la poste. Il semble inquiet: il doit aller accueillir de nouveaux arrivants à l'aéroport, mais la grève a mis la pagaille dans les transports et il a peur d'être en retard, ou alors de devoir nous quitter en catastrophe. Nous l'avons rassuré: nous comprenons bien sûr ses contraintes, et saurons apprécier le temps que nous pourrons passer ensemble.
Nous quittons à nouveau le ryad, frais et dispos, pour aller nous promener sur la Place Jamma El fna en attendant l'heure du repas: à cette heure, les cantines mobiles doivent déjà être installées.
Les odeurs d'épices, d'orange, de cuisine se mélangent, excitant quelque peu notre appétit: c'est bien connu, la montagne, ça creuse!
Nous flânons un peu dans les boutiques autour de la place, quand mon téléphone sonne: Lahcen nous dit qu'il aura une demie-heure de retard. Tant pis, notre estomac attendra!
Lorsqu'enfin il arrive, c'est au pas de course que nous nous rendons au restaurant: il sait qu'il ne pourra pas rester. L'endroit est agréable: nous dînons sous une grande tente, en terrasse, au milieu de tapis et coussins aux couleurs vives. Lahcen nous présente Rachid, un serveur, et nous recommande à lui: si nous voulons revenir sans lui, c'est Rachid que nous appellerons, au numéro qu'il me donne...nous sommes un peu surpris, mais nous avons confiance. Nous ne choisirons pas le menu: Lahcen s'est aussi chargé de ça...il a commander tout! C'est un repas gargantuesque qui arrive: après diverses salades, toutes exquises, arrive une pastilla, qui n'a rien à voir avec celle que nous avons mangée le jour de notre arrivée, puis un poulet grillé, un tajine aux pruneaux et aux amendes, un couscous...j'en oublie encore. Puis bien sûr les fruits: magnifique plateau de fruits frais, accompagné d'un autre plateau...de patisseries orientales et de thé à la menthe: si quelqu'un est au régime, il est ruiné! tout est à refaire! C'est une explosion de saveurs, nos papilles sont à la fête!
Comme prévu, un appel rompt un peu le charme de la soirée, et Lahcen ne partagera pas avec nous le dessert: il doit partir à l'aéroport. C'est donc là que nous nous quitterons, émus, mais sûrs de se revoir. Nous avons échangé nos adresses e-mail et nos numéros de téléphone: je ne sais pas quand, mais nous gravirons le Toubkal ensemble!
Après son départ, nous savourons encore la douceur de la soirée, et échangeons nos impressions sur ce brave homme: une de ses taquineries me revient. Un soir, voyant que les femmes du groupe ne se laissaient pas faire, il nous demande:
Savez-vous la différence entre une mule et une femme?
Nous flairons la mauvaise blague misogyne et commençons à protester. Il n'en espérait pas moins et sourit dans ses moustaches en nous disant
avec une mule, vous traversez le pays, mais avec une femme, vous traversez la vie
Il est comme ça Lahcen: plein d'humour, amoureux de ses montagnes, de son pays et de la vie.
Nous demandons l'addition et réalisons alors que nous avons bénéficié d'un traitement de faveur, et c'est un euphémisme: le prix ne correspond en rien à ce qui nous a été servi, mais Rachid nous dit en souriant "vous êtes amis de Lahcen, c'est comme ça!"... que dire?...merci, peut-être?
Il est temps de rentrer au ryad: Nos yeux sont fatigués, et j'avoue que j'ai hâte de retrouver un bon lit...
Commentaires
Les muletiers qui chantent "Frères Jacques"... en effet ça ne devait pas être triste! Mais là je ne m'étonne même plus du concert des ânes durant la nuit; peut-être chantaient-ils eux aussi la petite chanson!
Sinon que de beaux paysages; j'aime en particulier la photo de l'oued avant Tassa Ouirgane.
un amoureux de ce Blog !
Au cas ou la conteuse de charme, ne verrait pas ma prose sur le Forum des Saisies, je copie-colle ici ! :
Je viens de retourner sur le voyage au Maroc de Cibou, toujours le même enchantement des clichés et du texte ! des commentaires ? non j'en mettrai des tartines et cela n'apporterai rien de plus à la beauté de ce récit !
Juste un petit ...... en aurons nous encore un peu (beaucoup ) c'est si bon
Merveilleux blog...
Du clic du lien que tu nous à mis sur le forum des Saisies, j'ai parcouru des milliers de kilomètres, je croirais même avoir traversé un autre monde. Mais non, pourtant c'est bien la réalité. Alors, je te dis BRAVO et de tout coeur: CONTINUE !!
Le texte est génial en plus il y a plein de belles photos.
Merci de m'avoir fait voyagé.
Merci
Merci pour se récit magnifique, j'ai l'impréssion de l'avoir fait avec vous!!!!
Les photos sont superbes et me transportent bien loin de chez moi...
Vous etes une conteuse hors pair, digne de la Princesse des mille et une nuit nuits....
Merci encore d'exister.
c'est un blog pas mal
slt de ma part,
je suis un jeune guide d'imlil.je te remerci bien pour ton maniphique blog espicaly le trek dans le massife du toubkal.
merci une autre fois.
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=288900&pid=4961207
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :



















