Avril au Maroc

un carnet de voyage en images, pour les amoureux des paysages sauvages, loin des formules all inclusive.

14 mai 2007

Mardi 3 Avril 2007

c__tait_la

5h30 . oui, je sais bien, c'est tôt! mais c'est pas de ma faute! à force de boire du thé, de la verveine, le potage...j'avais prévenu! Et puis j'ai essayé de me lever sans bruit, avec ma lampe frontale pour réveiller personne...j'avais pas prévu de trouver une résistance derrière la porte! pas moyen d'ouvrir! je pousse, doucement mais fermement, mais je sens bien qu'il y a quelque chose derrière la porte! Mon mari me dit alors gracieusement: " qu'est-ce que tu fous"?!... ce qui suffit à me faire partir dans un fou-rire: nécessité absolue d'ouvrir cette maudite porte: je peux pas passer par la fenêtre: y'a des grilles! et puis ça ferait quand même un peu désordre! donc, je force...
et là, dans la lueur de ma lampe, je vois tous les muletiers allongés par terre, dans leurs sacs de couchage! Et bien entendu, c'est Tayeb, le plus grand, qui dort, les pieds contre la porte...moi qui voulais passer incognito, c'est réussi: Ahmed saute sur l'interrupteur et en quelques secondes, c'est Las Vegas! Les toilettes sont à l'extérieur: pas grave! il allume partout! j'ai beau lui montrer ma lampe, lui dire que je vais retourner me coucher, que je ne veux pas réveiller tout le monde...(pour ça, c'est mort), rien n'y fait! j'allais pourtant pas me perdre!

cuisine_et_dortoir_muletiers

A 5h30 du matin, voyons les choses en face, on a pas envie de s'attarder dehors: en rentrant, je trouve déjà l'eau du thé en train de chauffer, et Tayeb me dit " bonjour, ça va?"...je ris, mais je lui demande pardon, pour l'avoir réveillé, et il me répond les yeux pleins de sommeil "non, non, tu m'as pas réveillé!"...ils sont charmants!

Quand je rentre dans le dortoir, je sens une certaine animosité contre moi...je sais pas pourquoi, j'ai comme l'impression d'avoir vraiment réveillé tout le monde! C'est quand même pas de ma faute s'ils sont déjà en train de préparer le petit dèj! c'est pas de ma faute non plus, si les mules, garées tout près des toilettes, m'ont accueillie dans un concert de braillements!
Bon, voyons...comment procéder pour se préparer le matin?...le jour se lève, la pénombre s'efface dans la pièce. Il faut tout de même faire un brin de toilette! Dans la pièce à côté, c'est mort, dans les toilettes...même pas en rêve, dehors, là, c'est moi qui meurt...de froid!...OK: je vois qu'une solution: heureusement que j'ai de la place dans le sac de couchage! On doit avoir l'air fin, tous, à gigoter comme des asticots! On assure! tout est affaire d'organisation! et comme se plait à le répéter sans cesse Lahcen :

"Y'a pas de problèmes, y'a que des solutions!"

Il faut voir le bon côté des choses: en se levant tôt, nous sommes prêts à partir dès 8h00. Le soleil est radieux ce matin, et la lumière est magnifique! finalement, ils devraient me remercier, tiens!
C'est qu'il en faut du temps, chaque matin, pour rassembler le matériel, et charger nos 4X4!

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Nous traversons l'oued, et découvrons Tizi Tadmamt sous un jour nouveau: baigné de soleil, le village semble s'embraser!

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Tizi_Tadmant_2

Il a gelé cette nuit, et les passages à l'ombre sont toujours givrés. Les hommes sont déjà au travail dans les champs, les femmes conduisent les animaux à l'oued pour qu'ils s'abreuvent, et les enfants sont déjà en train de jouer.

enfant_au_cerceau

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A l'approche de nouveaux villages, toujours la même curiosité: les habitants semblent toujours aussi surpris de nous voir là! C'est la vie même de ces gens, que nous regardons en spectateurs. C'est particulièrement bon, de prendre du recul sur sa propre manière de vivre: ici, les priorités sont si différentes!

A Sidi Farès, à l'écart du village, au bord d'un ruisseau, ou plutôt d'un canal d'irrigation, règne une activité intense, dans le bruit des conversations de femmes et les rires des enfants; c'est jour de lessive.

jour_de_lessive

Chacun semble avoir sa propre tâche. L'eau chauffe dans un tonneau faisant office de lessiveuse, l'une frotte, l'autre rince, l'autre encore étend le linge dans les arbres, toujours avec le sourire aux lèvres...j'ai un peu honte, en pensant à ma machine à laver, mais elles semblent si heureuses! Il y a une vraie convivialité dans chaque acte de la vie quotidienne, et nous ferions peut-être bien d'en prendre des leçons.

Chacune nous salue au passage, et une femme interpelle mon mari en riant, pour lui demander de prendre sa place!

A la sortie du village, Ahmed traverse une ravine et va frapper à la porte d'une maison. Tout le monde s'arrête et attend. Lahcen nous explique que c'est un ami qui habite là, et qu'il lui dit juste un bonjour. Mais lorsque l'ami comprend que Ahmed nous accompagne, il insiste pour que nous nous arrêtions prendre le thé chez lui! Un peu gênés, nous hésitons, mais Lahcen nous explique que l'hospitalité berbère n'est pas une légende, et qu'elle ne se refuse pas. Nous traversons à notre tour la ravine, et entrons dans la maison de notre hôte.

maison_de_nos_h_tes

Dans l'entrée, j'ai juste le temps d'apercevoir sa femme, qui s'enfuit vers sa cuisine: pas question pour elle de se présenter devant les hommes. Tout le monde se déchausse, et s'installe dans une pièce qui ressemble exactement à celle de cette nuit: des tapis au sol, de gros matelas en guise de canapés, et la télévision au fond. Celle ci est allumée, et nous sommes priés de regarder une émission sur les méfaits du narguilé...en arabe! heureusement qu'il y a les images!
On nous souhaite la bienvenue, et on se sent vraiment accueillis de bon coeur. L'homme va chercher le thé dans la cuisine, et nous le partageons avec plaisir...mais le temps passe, les hommes parlent entre eux ( ils sont contents de se voir), mais voyons les choses en face: nous avons encore du chemin à faire!

Je m'inquiète donc auprès de Lahcen, de la raison pour laquelle nous ne semblons pas prêts à partir. Il me dit alors que la maîtresse de maison a tenu à cuisiner des trids pour nous! ce sont des genres de crêpes, à base de farine et d'eau chaude, avec du levain, et feuilletées à la main, à même la poèle, avec de l'huile. La pâte est étirée avec les mains, puis repliée, puis étirée...jusqu'à ce que la dame estime qu'elle est prête!
Le mari me propose d'aller rejoindre sa femme, et semble s'en vouloir de ne pas y avoir songé plus tôt!

J'accepte avec grand plaisir, ce que je considère comme un honneur. Mon amie et mes filles m'accompagnent. Nous faisons connaissance d'une très jeune femme, penchée sur son fourneau, un petit garçon accroché dans son dos dans un foulard, et deux petites filles sagement assises sur des tabourets en bois.

cuisine_sidi_fares

J'avoue avoir songé un instant à ma trousse à pharmacie, en voyant la manière dont la pâte était manipulée, mais j'ai très vite chassé cette image: tout va bien! et nous ferons tous honneur aux trids de cette jeune femme, si souriante, et si fière de nous montrer comment elle les préparait.

Nous prenons congés, en donnant à Lahcen de quoi les remercier, sans les vexer.

Le chemin s'élève vers le col, et on entend des chants d'enfants, que Lahcen reprend en coeur en souriant: il s'agit de versets du Coran: en contrebas, des enfants répètent, à l'école coranique.

ecole_coranique_de_sidi_fares

Nous poursuivons notre marche, au milieu des genévriers, qui ici, ressemblent à des arbres, des tuyas...Le sentier s'élève en pente douce. Faiblement chargés, nous marchons sans peine, et nous parlons beaucoup, échangeons nos impressions: avantage de voyager en petit groupe d'amis!

Chaque col nous offre une nouvelle vue, un nouveau théâtre naturel.

passage_du_2_col

Les neiges des sommets donnent au paysages de faux airs alpestres. Mais nous sommes bien dans le haut Atlas, et le Toubkal culmine tout de même à 4 167 mètres d'altitude. A cette saison, se terminent les dernières randonnées "mules et ski". Lahcen est un sportif qui impose le respect: Il est né à Imlil, un village du Haut Atlas, passage quasi obligé pour les candidats à l'ascension de Toubkal. Lorsqu'il était jeune, il accompagnait les alpinistes, d'abord avec ses mules, puis comme porteurs. Il a fait ensuite l'école des guides, puis est venu en France, où il a passé, à Chamonix, son brevet de guide de haute montagne. Nous apprécions particulièrement de pouvoir parler avec lui du Mont Blanc: il semble heureux de partager ses souvenirs avec nous. Après un stage à Briançon, il est rentré au Maroc, où il transmet avec talent et chaleur, sa passion pour ses montagnes... et elles sont belles, ses montagnes!

passage_du_col

Nous cheminons pour un temps sur un sentier en balcon, et croisons une femme, seule, en pleine activité de lessive, à proximité d'une source. Nous nous demandons d'où elle peut bien venir! nous avons dépassé le dernier village depuis au moins une heure, et nous n'en voyons pas à l'horizon. Elle est pourtant équipée de son réchaud, et voyez vous même sur la photo...les produits n'ont pas de frontières!

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Nous approchons de l'heure du bivouac, lorsque nous entendons les cris de nos muletiers, déjà installés au pied d'un arbre. Ils nous font de grands signes, et l'endroit qu'ils ont choisi pour notre pause déjeuner est tout simplement splendide!

bivouac_2__jour

Le premier critère de choix est lié à la nécessité d'avoir un point d'eau: Nous ne portons pas d'eau avec nous, en dehors bien sûr, de celle que nous buvons en marchant. L'eau pour cuisiner, pour le thé, est toujours trouvée sur place. J'avoue que parfois...nous échangeons des regards inquiets mais amusés...

l_eau_du_th_

Le soleil et la douceur ont remplacé la grisaille et le froid de la veille. Nous profitons agréablement du repas, toujours aussi bon, et nous prélassons un peu...oubliant un peu vite qu'à cette altitude, le soleil brule...

Nous sommes tout bonnement en train de griller, façon langouste! Lorsque je réaliserai notre imprudence, il sera déjà trop tard: l'une de mes filles aura une cloque sur la joue. Les coups de soleil ne pardonnent pas!
Nos avant-bras sont aussi bien rouges, mais mon amie Cindy y trouvera un avantage plus tard...assez original!

Mais nous nous étions réjouis un peu vite du calme des lieux: je vous ai dit que la région était agricole, et les troupeaux nombreux...nous finirons le repas dans un concert de "bêêêêhh" plus ou moins harmonieux.
et il faut bien l'avouer...si au début, tout le monde trouve ça charmant, même amusant, certains d'entre nous font un vrai travail sur eux même pour ne pas crier "vos gu.....!!!!"

compagnes_de_bivouac

berger

Mais une fois de plus, voyons le bon côté des choses: d'ordinaire, ces bêtes là ne s'embarassent pas de bonnes manières et viennent manger dans votre assiette sans autres formes de politesse! Pas celles-là! c'est pas de la chance, ça, peut-être?! Non, elles étaient juste un peu curieuses, et désireuses de nous faire un récital...oh, franchement, c'était pas pire que les élèves de la Star ac'!...pardon, je m'égare!

Mais quand même, une fois parties, nous apprécions encore plus le silence revenu! Nous quittons à regrets ce petit coin de paradis pour reprendre notre chemin. Nous devinons au loin plusieurs villages: le notre, celui où nous passerons la nuit se trouve derrière une colline. Nous laissons les muletiers rassembler le matériel et nous partons en avant: ils nous rattraperons toujours!

Ce côté de la vallée est plus ouvert, moins encaissé, et la terre moins rouge. On découvre au loin des villages, accrochés à la montagne.
Ce qui, très tôt, m'a frappée durant notre trek, c'est la parfaite maîtrise de l'eau. La montagne regorge de sources, habilement exploitées: aussitôt canalisées, elles irriguent chaque étage des cultures en terrasses, se déversant de l'une à l'autre, jusqu'à rejoindre l'oued dans la vallée. Parfois bétonnés, mais très rarement, ces canaux d'irrigation sont le plus souvent creusés à même le sol, et parfaitement entretenus.

C'est une lapalissade de dire que l'eau, c'est la vie, mais nous prenons ici toute la signification, la réalité de cette phrase: outre la luxurience de la végétation, elle offre à l'éternelle contemplative que je suis des "tableaux" de toute beauté, que j'admire inlassablement.

moi__j_adore

Une fois encore, nous rencontrons des femmes lavant leur linge, toujours aussi loin de leur village: pourquoi choisissent elles ces endroits plutôt que d'autres? cette question reste un mystère: l'eau est partout!

Nous ne manquons pas de les saluer chaleureusement d'un Salam Aleikoum...auquel elles répondent la plupart du temps par "bonjour"...no comment!
Alors que je traine un peu à l'arrière du groupe, je vois venir à moi un petit garçon, qui semble tout fier de me présenter sa petite soeur. Je m'accroupis, me mettant ainsi à sa hauteur (non pas que j'impressionne, mais quand même...), et nous faisons connaissance:

Aziz_et_Sa_da

Sa mère l'appelle, sûrement inquiète, ou plus sûrement, elle a peur qu'il ne soit en train de réclamer quelque chose. Je la rassure, et lui demande au passage si je peux photographier ses enfants. Elle accepte, et Aziz pose fièrement à côté de son âne...c'est peut-être ridicule, mais moi, je fond! Ils sont pas adorables, peut-être? si je ne devais garder qu'une photo, ce serait celle là! Je lui offre un bonbon avec un clin d'oeil de connivence et je m'en vais rejoindre les autres à regrets.

Nous marchons depuis plusieurs heures, et les couleurs changent progressivement: sur l'autre versant, la roche devient grise, anthracite, plus austère, alors que de notre côté, des vagues blanchâtres ondulent dans la roche rouge.

          changement_de_couleurs            contrastes

fleurs

Lahcen décide de faire une pause au bord d'un chemin surplombant la vallée. On découvre alors plusieurs villages, et isolée au milieu d'eux, un bâtiment assez récent: l'école.

ecole

L'école est théoriquement obligatoire au Maroc, pour les filles comme pour les garçons, et les classes sont mixtes. Située à équidistance de chaque village, elle permet ainsi de scolariser tous les enfants.

Alors que nous prolongeons notre pause, en grignotant des patisseries achetées avant notre départ de Marrakech (gourmandise, quand tu nous tiens!), Lahcen demande nos jumelles et regarde en direction de ce qui sera notre gîte du soir: nous avons un peu trainé aujourd'hui, et il craint que le gîte soit déjà occupé par d'autres groupes: Imsker est en effet un point de départ, pour l'ascension du Toubkal, et il y a de grandes chances pour que d'autres groupes occupent déjà les lieux...mais pas de soucis: Lahcen est rassuré. Nos muletiers sont déjà presque arrivés, et on peut leur faire confiance pour réserver un petit coin sympa. Grâce aux jumelles, on les voit déjà traverser l'oued.

               

on_va_la_bas

Nous reprenons notre route en pressant un peu le pas: il n'existe que deux refuges à Imsker, et un seul est ouvert à cette saison. Nous apercevons sur le versant opposé un convoi de quelques mules, qui nous encourage à accélérer: A 1800 mètres d'altitude, mieux vaut ne pas dormir à la belle étoile!

La descente dans la vallée se fait donc rapidement. Le gîte, quant à lui, se situe à l'entré du village.

traversee_de_l_oued

Lorsque nous arrivons au refuge, il est effectivement plein; nos muletiers sont formidables: ils nous ont réservé un dortoir au rez de chaussée, juste en face de leur minuscule cuisine, et surtout...à côté de l'unique douche qui fonctionne! Nous dînerons dans la cour. Dans ce coin du Maroc, il semble que les treks s'organisent tous ainsi: les groupes sont accompagnés de leurs cuisiniers, et à chaque dortoir correspond une cuisine. Le premier étage est en terrasse: agréable, jusqu'à ce que le soleil se couche. Après, le froid tombe d'un seul coup.
Ces deux jours de marche ont soudé notre petit groupe, et nous voudrions diner tous ensemble, mais nos muletiers/cuisiniers, s'ils semblent heureux de notre proposition, la déclinent poliment.

Nous allons prendre un thé en terrasse, et faisons vaguement connaissance avec d'autres marcheurs, qui semblent envier la bonne humeur qui règne dans notre petite équipe.

Nos filles, ravies de pouvoir enfin se doucher, revendiquent la priorité à la douche: nous acceptons de bonne grâce...mais l'euphorie devant la pancarte qui annonçait "douche choude" retombe très vite devant ce constat douloureux: certes, il y a un robinet d'eau chaude...certes, il y a un robinet d'eau froide...mais le problème se pose au moment de mélanger les deux: l'eau chaude coule en filet, l'eau froide en torrent. L'eau chaude est très chaude, et l'eau froide est...froide! Moralité: soit elles se douchent à l'eau chaude, et elles se brulent au troisième degré, soit elles se douchent à l'eau froide.

Aux cris d'orfraie qui émanent de la douche, nous comprenons très vite qu'elles ont opté pour la seconde solution. Une fois de plus, il faut voir le bon côté des choses: la file d'attente des candidats à la toilette s'est d'abord franchement allégée, pour finalement disparaître totalement.

Mais mon tour approche, et frileuse comme je suis, la douche froide ne m'emballe pas trop...je cogite sur la façon dont je pourrais bien me débrouiller pour avoir de l'eau chaude, quand mes yeux se posent sur une bassine de taille respectable, placée sous le chauffe-eau qui fuit. J'ai ma solution: si le robinet ne sait pas faire le mélange, je vais me le faire toute seule! après...on fera comme on pourra, debout dans la bassine: porte fermée, le ridicule ne tue pas! Je suis penchée sur ma bassine, porte ouverte, je règle la température, quand le gardien du gîte arrive doucement derrière moi et me demande "ça va?"...l'infarctus évité de justesse, je lui explique la situation et il me dit "d'accord! attends!".Et il revient avec un bol, en me faisant signe que je pourrai me rincer avec. C'est bon, je peux y aller! Mais faut avouer que ce n'est pas très pratique de se laver les cheveux de cette façon! je constate très vite qu'à deux, ce serait beaucoup plus pratique, et j'appelle donc mon mari pour qu'il me rejoigne: on gagnerait du temps!...
Inutile de l'appeler: j'entends des chants et des bruits de casserole venant de la cuisine. Il est en train de faire le zouave avec Lahcen, Tayeb et toute sa bande. Je n'ai plus qu'à me débrouiller toute seule.

En sortant, je file le tuyau à nos amis qui prennent ma place, et explique à mes filles qu'elles auraient pu songer à cette combine...devant leurs regards noirs, je n'insiste pas, d'autant qu'elles n'arrivent pas à ce réchauffer.

2_refuge

D'ailleurs...mais non, fait pas froid!
La fête bat son plein dans la cuisine: au milieu des légumes qu'Omar tente, tant bien que mal, d'éplucher pour le dîner, les hommes chantent, dansent en tapant sur tout ce qui leur tombe sous la main! Les autres pensionnaires viennent de temps en temps voir ce qui se passent, et repartent aussitôt, pour certains, en riant, pour d'autres, un peu sceptiques...c'est sûr, c'est pas demain qu'ils font l'Olympia, mais tout de même, ça donne des fourmis dans les mains, et les filles nous rejoignent. Nous voilà tous en train de frapper dans les mains, danser, et surtout chanter en arabe, ce qui les fait mourir de rire...rigoleront moins le lendemain!

Passé ce petit moment de folie, nous partons faire le tour du village avant de rentrer dîner. Nous partageons le meilleur couscous qu'il m'ait été donné de manger!

Le moment du repas est toujours un moment de partage, de discussion, et nous faisons part à Lahcen de nos interrogations,quant à l'évacuation des déchets dans ces coins reculés. Nous avons souvent été frappés par la quantité de détritus en tous genres, jetés dans le lit asséché des cours d'eau qui dévalent de temps en temps la montagne. Il nous confirme que c'est effectivement un problème. Lui qui est enfant du pays, et qui sillonne toute l'année ces endroits, nous explique qu'après avoir trouvé dans l'eau, des piles éventrées, a un jour décidé d'agir: accompagné de responsables de son groupe, il est allé demander audience à chaque chef de village, pour expliquer le danger que de telles pratiques pouvaient représenter pour les populations elles-mêmes. En polluant l'eau, ils polluaient leurs cultures, et contaminaient leurs enfants et le bétail. Une prise de conscience semble avoir eu lieu, et chaque village dispose maintenant de conteneurs prévus à cet usage. Des amendes sont prévues pour les contrevenants.

Les premiers signes de fatigue se font sentir. On me rappelle au passage que tout le monde est réveillé depuis 5h30 du matin...et si on allait se coucher?

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Mercredi 4 Avril 2007

La nuit fut quelque peu agitée: à 1800 mètres d'altitude, il fait froid. Nos sacs de couchage sont pourtant prévus pour des températures de 5 °, mais couchés sur de maigres matelas, eux même posés sur une chappe de béton, ils s'avèrent un peu légers. Au fur et à mesure de la nuit, nous avons récupéré peu à peu nos vêtements, pour finir presque totalement habillés.
Mais Cindy a trouvé une utilisation peu commune de ses coups de soleil: chauffe-jambes. Oui, bien sûr, dit comme ça, ça peut surprendre: mais à chaque fois qu'elle avait froid, elle plaquait ses avant-bras et s'en servait comme chaufferettes...efficace, paraît-il!

Outre le froid, nous étions entourés par toutes les mules des différentes expéditions. Et pour une raison qui m'échappe, les mules adorent les concerts de nuit.
Nous nous levons donc en silence, pour ne pas réveiller les autres groupes. Je découvre alors, couché dans la cour, à même le sol, un homme dans son sac de couchage. Le jour s'est levé, mais ça ne semble pas le perturber. L'ennui, c'est qu'il est installé sous la table de notre petit déjeuner. Lahcen est déjà debout, tout le monde s'agite, et l'homme, imperturbable, ronfle comme une locomotive...à mon avis, lui, cette nuit, il s'est fait virer d'un dortoir!

Nous prenons notre petit déjeuner et rassemblons nos affaires rapidement: Lahcen veut partir tôt. Nous devons passer le col de Tizi N'Techt, à 2000 mètres d'altitude, qui nous ouvrira la vallée de l'Azaden. Il commence à nous connaitre: il sait que nous allons trainer en route!

                 au_dessus_d_Imsker                  on_quitte_Imsker

Nous quittons Imsker vers 8h00, et profitons de la vue sur les villages que nous avons traversés la veille.

arriv_e_au_col

Nous arrivons à un premier col, sans difficulté, qui nous offre une idée du parcours qui nous attend:Nous allons plonger dans la vallée, traverser l'oued, puis le village que l'on aperçoit, pour arriver en face, dans ce petit V que forme l'horizon: nous serons alors à mi-parcours.

Tizi_n_Techt

En route! la descente est tranquille, à l'ombre, sans difficulté. Il faut tout de même faire attention: nous traversons quelques pierriers qui pourraient être fatales à nos chevilles!
Nous traversons l'Oued, puis la route qui mène à Imlil, pour remonter, d'abord le long d'une ravine jonchée de détritus, en direction du col. Comme souvent dans les traversées de villages importants, nous regrettons vraiment ce manque de civisme écologique de la part des populations. C'est leur propre cadre de vie qui se dégrade, sans qu'ils semblent s'en préoccuper le moins du monde!

Une fois le village dépassé, la pente devient plus raide, et l'ombre se fait rare. La marche est régulière mais plus lente.Nous faisons quelques pauses, pour reprendre notre souffle, ce qui nous permet d'admirer le paysage.

1__village_de_l_azaden

On oublie trop souvent de se retourner lorsqu'on marche, et on se prive ainsi de regards différents : c'est ainsi que sur cette photo, nous pouvons voir le chemin parcouru depuis le matin: nous étions juste en face, sur la photo précédente.
Je commence à avoir les jambes qui flageolent, quelques petits étourdissements, qui sont les signes pour moi qu'une fringale approche! Lahcen doit lire dans mes pensées, car il profite de l'ombre bienfaisante d'un genévrier pour décider de faire une pause gourmande. Il sort de son sac à dos, un petit sac rempli de dattes, cacahuètes natures et caramélisées, et petits biscuits à l'anis! Manifestement, je n'étais pas la seule à avoir faim!...à moins que ce ne soit la gourmandise: c'est si bon, que je demande à Lahcen où je pourrai acheter ces petits biscuits, une fois de retour à Marrakech.

Nous reprenons notre chemin, mais nous voyons déjà le sommet, et le replat caractéristique du col de Tizi n'Techt. Nous croisons un groupe de marcheurs, eux aussi accompagnés de leurs mules.
La vue, depuis le col, est grandiose.

         col_de_Tizi_N_Techt             vers_le_bivouac

Nous cheminons à présent sur une piste qui descend doucement vers la vallée de l'Azaden. Nous voyons au loin de nombreux vergers qui commencent à fleurir, et d'immenses troupeaux de chèvres dispersés dans les montagnes.

Dans un virage, nous découvrons le bivouac du jour: comme d'habitude, c'est la source qui a déterminé le choix de l'endroit.

           3_bivouac                on_s_installe         

Nous avons été repérés par des enfants qui arrivent vers nous, mais se dirigent vers notre guide: visiblement, ils viennent chercher de la nourriture. Ils repartirons avec du pain et des boîtes de sardine, ainsi qu'une bouteille, pour pouvoir la remplir à la source qui coule juste en contrebas: à l'instant, une des fillettes a bu l'eau qui stagnait sur la route.

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Un peu plus tard, c'est un vieux monsieur qui viendra pour chercher de la nourriture: lui, restera déjeuner avec nous. L'endroit est vraiment splendide, et comme toujours après le repas, nous prenons toujours le temps de savourer ces instants de calme et de repos.

Vall_e_de_l_Azaden

Mais ce jour là, la joyeuse équipe de nos muletiers a envie de s'amuser un peu...et propose donc aux filles de monter sur leurs mules. Comme on a dit "même pas peur", même pas du ridicule, aucune de nous ne décline l'offre, et c'est dans un concert de chants et de rires, que nous partons faire un tour en trottinant...pour des raisons évidentes, j'ai décidé de m'appliquer une auto-censure, et les photos ne seront pas publiées...non, non, n'insistez pas!

Bon...ma bonté me perdra: devant les demandes insistantes, je cède à la pression populaire...comment ça, j'en fais un peu trop?! et je consens à me ridiculiser publiquement...

h_____oui

Attention, je prends les noms de ceux qui rigolent!...

La récréation terminée, nous reprenons notre chemin. L'après-midi, nous traverserons de nombreux villages, qui semblent bénéficier d'un peu plus de confort moderne. Bien sûr, tout est relatif!

      Vers_Tizian

Nous croisons comme chaque jour, des femmes en corvée de lessive. Ici, certains bidons connaissent un recyclage plutôt innatendu.

recyclage_de_bidon

Nous passerons la nuit à Tizian. Ce sera notre dernière nuit en montagne, et je le regrette déjà!

        il_faut_traverser             Tizian

villages_de_l_Azaden

Nous arrivons à Tizian, avec une escorte d'enfants, qui manifestement, connaissent le traditionnel refrain "bonbon, stylo". Nous traversons l'oued, et grimpons vers le village, en traversant une forêt de noyers: nous verrons le lendemain, que ces arbres font partie de la spécificité de l'Azaden.

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Comme indiqué, le gîte, c'est par là! Nous y serons seuls pour la nuit. C'est une grande maison, avec différentes pièces faisant office de dortoirs, avec les traditionnels matelas posés sur des tapis tressés. Nous apprécions tranquillement le charme de la terrasse, de laquelle nous pouvons admirer le soleil qui va se coucher derrière le Toubkal enneigé. Nous sommes vraiment au fond de la vallée de l'Azaden, qui est un cul de sac.Tout à l'heure, lors de notre descente vers l'oued, nous avons aperçu le dernier village, Tizi Ouziem.

Il règne ici un calme apaisant. Nos jeunes muletiers viennent nous rejoindre sur la terrasse, s'assoient avec nous, d'abord un peu gênés, mais nous les mettons à l'aise. Nous sommes ravis, au contraire, de pouvoir partager un peu de temps avec eux: ils ne ménagent pas leur peine pour notre confort! L'un d'eux semble intrigué par notre guide du routard "Marrakech" qui trône sur la table. Je le lui tends, et manifestement, ce qu'il lit l'amuse beaucoup. Mais comme chaque soir, il convient d'aller nourrir les mules:ce soir, elles dorment dans la grange d'une autre maison. Je vois là la promesse d'une nuit sans concert...on peut toujours espérer! C'est en délégation que nous traversons le village pour apporter le repas à nos "tasserdount".

Après un petit tour dans les ruelles très étroites et pentues, nous décidons de rentrer pour aller nous doucher: ce soir, rien à dire! eau chaude, douches propres...bon, pour les toilettes, faut pas rêver, on continue à muscler nos cuisses!

Je réalise soudain que nous n'avons pas pris le thé à notre arrivée, et je me dis qu'il s'agit sûrement d'un oubli...pas grave! mais je remarque aussi qu'à chaque fois que nous passons devant la cuisine, quelqu'un ferme la porte, comme pour nous empêcher de voir ce qui se passe à l'intérieur: on ne voit plus personne. Même Lahcen a disparu!

Nous retournons donc nous reposer sur la terrasse, quand je sens soudain une odeur fort agréable, mais toutefois innatendue en ces lieux: on dirait que quelqu'un fait des beignets! Comme nous sommes entourés de maisons à terrasses comme la nôtre, je me dis qu'une femme est en train de patisser alentour.
ça sent tellement bon, que les filles commencent à avoir faim (pas dur: elles ont toujours faim). Et je comprends soudain: ces petits secrets en cuisine...je descends donc à la cuisine et pousse la porte, et je découvre Lahcen, en train de cuire un tas de beignets follement appêtissants! Il voulait nous faire la surprise, et c'est réussi! J'appelle tout le monde pour qu'ils viennent féliciter notre chef patissier, et nous nous retrouvons tous, serrés comme des sardines dans la cuisine, pour un nouveau concert improvisé. Comme la veille, les casseroles font office de tambourins, mais le propriétaire du gîte est parti chercher un instrument en peau.

Je dois dire qu'il règnait une vraie chaleur, dans cette cuisine,ce soir là, et elle ne venait pas seulement du feu. Longtemps, je garderai le souvenir de la gentillesse de ces hommes.
Et c'est bien sûr ensemble, que nous dégusterons les délicieux beignets de Lahcen, autour d'un thé à la menthe...Seul Tayeb ne viendra pas nous rejoindre: il surveille "sa" spécialité: les spaguettis à la berbère! ce n'est pas ce soir là que nous avons fait attention à notre ligne!...ni les autres d'ailleurs!

Il faut dire qu'ils sont délicieux, ces spaghettis, et il est si content, lorsque nous lui montrons à quel point nous apprécions sa cuisine, qu'il ne viendrait à l'idée de personne de ne pas y gouter!
Cette soirée est un peu particulière, nous savons tous que c'est la dernière que nous passons ensemble: le lendemain sera notre dernier jour de marche, et même la plus jeune de mes filles, d'ordinaire ronchon à l'idée de partir en treck, regrette que ce soit déjà fini! c'est à chaque fois pareil: toujours fatiguée à l'idée de commencer, et toujours déçue de s'arrêter!

Elle et sa soeur ont envie de prolonger un peu la soirée, et rejoignent les jeunes en cuisine...j'apprendrai plus tard qu'elles ont vengé notre honneur outragé la veille, lorsque nous chantions en arabe, provoquant une hilarité certes légitime, mais peu diplomate: elles ont fait chanter "Frère Jacques" en canon aux jeunes muletiers! Elles en riaient encore lorsqu'elles sont venues se coucher.

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23 mai 2007

Jeudi 5 avril 2007

Réveil difficile, après une nuit trop courte et quelque peu agitée: lors de nos nombreuses discussions avec Lahcen, nous avions abordé le sujet de la religion. Souvent, nous entendions la vallée résonner des appels à la prière, lancés par les muezzines des différents villages. Nous avions repéré les heures. Lahcen nous avait expliqué que lui même, rattrapait le soir les prières qu'il n'avait pu faire dans la journée.

Dans ces régions reculées, les bandes enregistrées n'ont pas encore remplacé la voix du muezzine. Lahcen nous explique que cette fonction est un honneur pour un musulman, et il est fier de nous dire que son propre père l'avait été pendant très longtemps.
Nos journées de marche avait été rythmées par ces appels lancinants et pour nous, pittoresques...mais jusque là, pas nos nuits!

A notre arrivée hier, nous n'avions pas remarqué la présence imposante du minaret, juste au dessus de notre refuge: il s'est brusquement manifesté, à 4 heures du matin, par un chant, précisément destiné au réveil en douceur des fidèles...le côté "douceur" nous a un peu échappé: nous avons tous fait un bond dans notre sac de couchage! nous étions pétrifiés. J'avoue qu'il m'a fallu quelques secondes pour réaliser de quoi il s'agissait: c'était si fort, que nous avions l'impression que le haut parleur était dans le dortoir!

De longues minutes se sont passées, avant que cesse le chant du muezzine. Nous allions tous nous rendormir, quand la voix retentît à nouveau, cette fois pour l'appel à la prière. La prière de 4 heures étant la première, les fidèles étant censés dormir, l'appel se fait donc en deux temps: le chant pour réveiller, quelques minutes de silence, le temps des ablutions, et l'appel en lui-même.

Nous avons très vite mesuré la chance d'avoir partagé ces moments de vie au plus près, mais il faut avouer que pour les non initiés...ça surprend!
Nous avons tout de même réussi à finir notre nuit, mais nous étions debouts à 7h00: le petit déjeuner nous attendait déjà:

le_p_tit_dej_est_pret_

Comme chaque matin, nous avons refait nos sacs...non. pas tout à fait comme chaque matin: j'étais pour ma part déjà nostalgique de quitter ces gens, ces endroits magnifiques.
C'est étrange, cette rapidité d'adaptation à de nouvelles conditions de vie! j'avoue ne pas avoir envie de retourner à la "civilisation", à ses bruits de moteurs, de klaxons, à ses odeurs de gaz d'échappement. Il règnait un silence et une paix ici, que nous regrettons de quitter.

Mais chaque chose a une fin. L'important est de savoir profiter de l'instant présent. Ecrivant ces mots, je repense à une phrase d'un de nos anciens présidents de la République aujourd'hui décédé:

On découvre plus tard que la merveille est dans l'instant

Je médite souvent cette phrase, pour n'avoir pas à regretter ce "plus tard", qui est souvent "trop tard"!
Et puis nous reviendrons! Nous en avons parlé à Lahcen: ce fameux Toubkal, qui nous a fait miroiter ses neiges tentantes, nous en feront l'ascension ensemble...Inch'Allah!

Il faut nous mettre en route: nous avons rendez-vous, à la sortie de la vallée, avec le chauffeur de notre minibus.
Nous quittons Tizian, en empruntant un sentier fort agréable, limité par des murs de pierres.

on_quitte_Tizian

Il fait de plus en plus doux: les pluies diluviennes qui nous ont acceillis à Marrakech ne sont plus qu'un lointain souvenir. Le soleil nous aura permis d'admirer les paysages, dans la splendeur de leurs couleurs,

pastelles

comme le jaune éclatant des pastelles, dont on extrait un colorant: le bleu indigo!

La vallée de l'Azaden est un immense jardin, un verger luxuriant: de vastes plantations de noyers jalonnent le chemin.

            vergers              cultures_en_terrasse

Chaque famille possède un certain nombre d'arbres, marqués d'une certaine couleur. Chaque famille a sa couleur. En voyant tous ces arbres, je me dis qu'il faudrait plusieurs voyages, au fil des saisons, pour apprécier les merveilles de ces endroits: lorsque les arbres fruitiers ( pommiers, cerisiers) sont en fleurs, lorsque les innombrables lauriers fleurissent, c'est toute la vallée qui arbore de nouvelles couleurs!

Nous traversons l'oued, pour passer sur la rive qui nous mènera à Tassa Ouirgane pour midi.

              gorge_de_l_Azaden

Il a creusé une gorge sauvage et encaissé. Nous sommes dans une zone protégée, où subsite une population importante de mouflons à manchettes (et non pas à bretelles, ;o) Cindy ). Nous n'avons pas eu la chance de les observer, pas même aux jumelles...mais j'ai trouvé une photo d'un individu, photographié in situ

Mouflon___manchettes

Il faut faire attention de ne pas trébucher, et ce n'est pas aisé, tant la tentation est grande de garder le nez en l'air!
A l'approche du village de Azer Sahan, les canaux d'irrigation donnent un charme unique au paysage: notre sentier est un balcon au dessus de la gorge, et nous pouvons voir courir l'eau en dessous, et nous l'entendons au dessus de nous. Elle jaillit en perles éclatantes, en se déversant d'étages en étages: j'ai renoncé à photographier ces "éclaboussures": aucune image ne restituera jamais cette beauté .
Nous avons tout de même immortalisé les serpents nourrissiers:

                    canaux                   histoire_d_eau

En chemin, nous sommes rattrapés par un groupe de touristes espagnols. Nous nous effaçons pour les laisser passer: je suis médusée par leur nombre. Je ne me rappelle plus du nombre exact, mais je sais qu'ils étaient plus de 30! A voir certaines mines, nul besoin d'être devin pour comprendre que certains n'apprécient guère leurs conditions de voyage. J'avoue pour ma part être définitivement guérie de ces voyages organisés: comment assurer la cohérence d'un groupe, lorsqu'il faut concilier d'importantes différences de conditions physiques, et aussi, et surtout, des motivations différentes!

Il est clair que certaines personnes marchent pour marcher, sans prendre le temps de regarder ce qui les entoure, alors que d'autres (dont j'aurais tendance à faire partie), aiment prendre le temps de s'arrêter, d'attendre "le" rayon de soleil sur "la" fleur qui les intéresse et qu'ils voudraient photographier...chacun doit donc renoncer un peu à ce qu'il aime, pour l'ambiance du groupe.

Une fois de plus, nous reprenons notre chemin, conscients de la chance que nous avons d'avoir pu effectuer ce court périple dans des conditions optimales.

l_Azaden

Lentement mais sûrement, la vallée de l'Azaden va se refermer sur nous: nous approchons du dernier village avant la sortie du parc national. Nous percevons au loin les cris des enfants.
Les femmes sont au travail, comme à l'habitude. Je réalise que nous voyons en fait très peu d'hommes. Lahcen m'explique que beaucoup travaillent dans les cultures, mais que beaucoup plus encore travaillent toute la semaine, parfois plus longtemps encore, à la ville. Les femmes et les enfants restent alors au village, s'occupant de l'entretien des jardins et du bétail.

       vaisselle           _table___Azer_Sahan

Ce demi exode vers les villes est un choix, pas une obligation économique. Mais avec l'électricité, la télévision a fait son entrée dans les maisons, et pour ces gens, ce fut une ouverture sur le monde assez brutale. Les besoins n'ont pas changé: seuls les désirs sont apparus. La ville était donc pour eux le passage obligé pour accéder à un monde "meilleur".

Font-ils le bon choix? seront-ils plus heureux? seul l'avenir le leur dira. Pour ma part, je n'en suis pas sûre, mais je le leur souhaite sincèrement: la marche vers la société de consommation fait rarement demi-tour, quel qu'en soit le prix à payer!

Azer Sahan dépassé, nous nous retournons fréquemment, pour graver les dernières images des sommets enneigés. Mais la plus belle image, c'est mon mari qui l'a capturée dans son objectif, m'offrant ce cliché que je trouve magnifique!

merveille

Nous nous éloignons un peu des habitations, pour faire une petite pause gourmande: Lahcen nous tend son sac avec les délicieux gâteaux à l'anis, les dattes, etc...pfff! comment résister?

dernier_regard

Nous reprenons notre chemin, en jetant un dernier regard en arrière. C'est ici que s'achève le parc naturel. Un comité d'accueil poilu cornu nous attend.

      comit__d_accueil_du_parc                limite_du_parc

A peine avons nous quitté la réserve, que la vallée s'élargit, s'aère. Le paysage change radicalement, à l'image des maisons de Tassa Ouirgane!

Tassa_Ouirgane

C'est alors que nous voyons revenir dans notre direction l'un de nos muletiers accompagné de son 4X4 à grandes oreilles: c'est ici que nous nous séparons: il a déposé notre matériel au bivouac, et il repart avec un couple de randonneurs. Il sera leur guide accompagateur et cuisinier.

Notre périple s'achève là, au bord de la piste , à Tassa Ouirgane. Nous prenons notre dernier repas sur le toit en béton du gîte local, mais il faut avouer que le charme est rompu. Les téléphones portables vibrent à nouveau: chacun prend des nouvelles de ses proches. Le quotidien reprend ses droits, et même si nous savons que chaque chose a une fin, chacun de nous avoue qu'il aurait bien continué l'aventure.

A peine le déjeuner terminé, Nous chargeons nos sac dans le minibus qui nous attend, et nous prenons la route de Marrakech. En chemin, Lahcen reçoit un appel: les taxis, les bus sont en grêve dans tout le pays, pour protester contre l'augmentation du prix de l'essence. Nous sommes alors très surpris d'apprendre que ici aussi, le prix de l'essence s'est envolé. Mais bien sûr, les salaires ne sont pas comparables aux notres, et nous comprenons parfaitement la colère de ces gens.
Il semble d'ailleurs que nous ayons eu beaucoup de chance: notre chauffeur était au rendez-vous. Ce n'est pas le cas de celui qui devait récupérer un couple de randonneurs à Imlil. Lahcen nous demande si nous ne voyons pas d'inconvénient à ce que nous allions les chercher. Nous acceptons évidemment (je ne suis pas sûre que nous avions réellement le choix...). Le détour nous permet de reconnaître au passage la route que nous avions traversée deux jours plus tôt, avant d'entamer la montée vers le col de Tizi n'Techt.

Nous longeons un oued, le long duquel des familles entières semblent se reposer. Lors de la traversée d'un village, nous assistons, je pense, à un cortège de mariage...mais nous retrouvons la frustration que nous ressentons à chaque fois que nous ne pouvons prendre notre temps. Traverser un pays en voiture, ce n'est pas voyager. Seul le rythme lent de la marche, permet de s'imprégner des bruits, des odeurs, des couleurs.

Nous accueillons avec le sourire les deux randonneurs abandonnés, mais il semble que notre bonne humeur ne soit pas contagieuse! C'est à peine s'ils nous diront bonjour. Ils sont français, comme nous, mais décidément, je ne me ferai jamais à ces gens, handicapés du sourire! c'est pourtant si simple, et ça ne coûte rien...

Nous arrivons à Marrakech en fin d'après-midi, et nous retrouvons sans plaisir notre hôte toulousain et son Ryad. Nous changeons à nouveau de chambre...à croire qu'il a décidé de nous faire faire le tour de la propriété!

Chacun de nous appréciera tout de même les plaisirs d'une bonne douche chaude.
Ce soir, nous dînons en ville avec Lahcen: nous ne voulions pas nous quitter comme ça, sur un bout de trottoir. Nous avons tenu à l'inviter, mais c'est lui qui a choisi le restaurant: nous avions juste donné pour condition qu'il choisisse un endroit agréable, et surtout, une bonne table! Il a réservé pour nous, et nous devons nous retrouver devant la poste. Il semble inquiet: il doit aller accueillir de nouveaux arrivants à l'aéroport, mais la grève a mis la pagaille dans les transports et il a peur d'être en retard, ou alors de devoir nous quitter en catastrophe. Nous l'avons rassuré: nous comprenons bien sûr ses contraintes, et saurons apprécier le temps que nous pourrons passer ensemble.

Nous quittons à nouveau le ryad, frais et dispos, pour aller nous promener sur la Place Jamma El fna en attendant l'heure du repas: à cette heure, les cantines mobiles doivent déjà être installées.

       La_place_s_anime           _a_popotte

Les odeurs d'épices, d'orange, de cuisine se mélangent, excitant quelque peu notre appétit: c'est bien connu, la montagne, ça creuse!
Nous flânons un peu dans les boutiques autour de la place, quand mon téléphone sonne: Lahcen nous dit qu'il aura une demie-heure de retard. Tant pis, notre estomac attendra!
Lorsqu'enfin il arrive, c'est au pas de course que nous nous rendons au restaurant: il sait qu'il ne pourra pas rester. L'endroit est agréable: nous dînons sous une grande tente, en terrasse, au milieu de tapis et coussins aux couleurs vives. Lahcen nous présente Rachid, un serveur, et nous recommande à lui: si nous voulons revenir sans lui, c'est Rachid que nous appellerons, au numéro qu'il me donne...nous sommes un peu surpris, mais nous avons confiance. Nous ne choisirons pas le menu: Lahcen s'est aussi chargé de ça...il a commander tout! C'est un repas gargantuesque qui arrive: après diverses salades, toutes exquises, arrive une pastilla, qui n'a rien à voir avec celle que nous avons mangée le jour de notre arrivée, puis un poulet grillé, un tajine aux pruneaux et aux amendes, un couscous...j'en oublie encore. Puis bien sûr les fruits: magnifique plateau de fruits frais, accompagné d'un autre plateau...de patisseries orientales et de thé à la menthe: si quelqu'un est au régime, il est ruiné! tout est à refaire! C'est une explosion de saveurs, nos papilles sont à la fête!

Comme prévu, un appel rompt un peu le charme de la soirée, et Lahcen ne partagera pas avec nous le dessert: il doit partir à l'aéroport. C'est donc là que nous nous quitterons, émus, mais sûrs de se revoir. Nous avons échangé nos adresses e-mail et nos numéros de téléphone: je ne sais pas quand, mais nous gravirons le Toubkal ensemble!

Après son départ, nous savourons encore la douceur de la soirée, et échangeons nos impressions sur ce brave homme: une de ses taquineries me revient. Un soir, voyant que les femmes du groupe ne se laissaient pas faire, il nous demande:

Savez-vous la différence entre une mule et une femme?

Nous flairons la mauvaise blague misogyne et commençons à protester. Il n'en espérait pas moins et sourit dans ses moustaches en nous disant

avec une mule, vous traversez le pays, mais avec une femme, vous traversez la vie

Il est comme ça Lahcen: plein d'humour, amoureux de ses montagnes, de son pays et de la vie.
Nous demandons l'addition et réalisons alors que nous avons bénéficié d'un traitement de faveur, et c'est un euphémisme: le prix ne correspond en rien à ce qui nous a été servi, mais Rachid nous dit en souriant "vous êtes amis de Lahcen, c'est comme ça!"... que dire?...merci, peut-être?

Il est temps de rentrer au ryad: Nos yeux sont fatigués, et j'avoue que j'ai hâte de retrouver un bon lit...

Posté par neferka à 14:00 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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