Avril au Maroc

un carnet de voyage en images, pour les amoureux des paysages sauvages, loin des formules all inclusive.

10 juin 2007

Vendredi 6 avril 2007

Prêts pour la visite de Marrakech?...en route!

Lahcen nous avait prévenu: il ne serait pas notre guide en ville. Lui, c'est la montagne qu'il aime! En riant, il nous disait souvent aussi: "attention: Marrakech : Arnakech!" Il ne semblait pas non plus avoir beaucoup d'estime pour les guides de ville: nous savions à quoi nous en tenir.
Notre programme prévoyait pour le vendredi, une demie-journée en compagnie d'un guide et d'un chauffeur, et nous devions visiter deux monuments de notre choix. Nous avions déjà bien étudié le plan de la ville, et nous savions à peu près ce que nous voulions faire de notre matinée, afin aussi, de ne pas gâcher notre après-midi.

Une femme habillée du kaftan traditionnel est arrivée au ryad tôt le matin: nous n'avions aucune idée de l'heure prévue. Elle se présente et nous conduit à un minibus, dans lequel nous prenons tous place. C'est alors qu'elle nous annonce que nous allons visiter le palais de la Bahia ( situé à 5 minutes à pieds du Ryad), et les jardins Majorelle....forcément, ça partait mal: nous refusons son programme. D'une part, parce que nous étions sensés choisir nous-même, et d'autre part, et surtout, parce que nous avions déjà visité le palais l'an dernier. Quant aux jardins Majorelle, nous avons prévu d'y retourner le lendemain, dès l'ouverture. Plus tard, inutile d'espérer prendre la moindre photo sans personne dessus! De plus, un guide est complètement inutile dans les jardins.
Elle apprécie moyennement notre protestation, mais nous demande ce que nous voudrions visiter. Plusieurs choses nous intéressent, bien sûr: notamment la Medersa Ben Youssef, située non loin de la fontaine Chrob ou Chouf. J'aimerais aussi voir le quartier des tanneurs: combien de fois avons nous arpenté les ruelles étroites des souks? nous n'avons jamais trouvé notre chemin! Elle nous propose aussi de visiter les jardins de la Koutoubia. Le programme est bouclé, nous démarrons, direction la Koutoubia.

Koutoubia

La Koutoubia est la plus grande mosquée de Marrakech. Comme toutes les autres au Maroc, à l'exeption de la Mosquée Hassan II de Casablanca,  elle ne se viste pas: les non musulmans ne peuvent y entrer. Ne croyez pas que c'est là la volonté de quelques intégristes: pas du tout! C'est le Maréchal Lyautey, qui à son arrivée au Maroc en 1912, ordonna cette interdiction pour permettre aux marocains de vivre leur culte dans la sérénité: les militaires et les étrangers en général, ne pouvaient plus profaner ces sanctuaires.

J'aurais beaucoup aimé retenir, ne serait-ce que quelques mots des explications de notre guide, mais il n'en fut rien: cette personne, dont je n'ai même pas retenu le nom, n'avait aucun talent pour transmettre son savoir, parlant à toute vitesse, sur un ton monocorde.

La visite du jardin se fit au pas de course: dommage... il devait faire bon y flaner un peu. Au loin, nous apercevons encore les sommets enneigés de l'Atlas. ah si! j'ai tout de même appris grâce à elle, que Marrakech est dotée d'un système de canalisations très performant, permettant l'arrosage, été comme hiver, des nombreux jardins de la ville, ainsi que l'eau courante dans les maisons, et ce, grâce à la récupération des neiges de l'Atlas...

jardins_de_la_Koutoubia

A peine le temps de s'imprégner des lieux que nous sommes invités à remonter dans le minibus, direction la Medersa Ben Youssef. Cette medersa est l'une des plus importantes du Maroc. Le bâtiment est un joyau de l'architecture arabo-andalouse. Cette université coranique accueillait jusqu'à 130 étudiants, venus du monde entier.

Medersa_3

Au premier étage se situent les chambres, ou plutôt les cellules des étudiants: les élèves les plus brillants avaient droit aux plus belles chambres, avec vue sur le bassin de la cour intérieure.

          Medersa                    medersa_2

C'est un des bâtiments les plus visités de Marrakech et l'heure est déjà trop tardive pour pouvoir en saisir les images les plus belles: il faut des trésors de patiences pour saisir un cliché sans touriste, et notre guide s'impatiente déjà...je n'ai pas regardé ma montre, mais nous avons du mettre moins d'une demie-heure pour en faire le tour! quant à ses commentaires...je pense que n'importe quel guide vendu en librairie nous donnerait mille fois plus de renseignements!

Déjà, nous sommes priés de sortir: il faut nous dépêcher, nous dit-on! Ayant lu dans diverses brochures, que la fontaine Chrob ou Chouf était dans les parages, nous demandons s'il serait possible de la voir, mais manifestement, elle n'est pas à son programme: pour toute réponse, nous aurons "c'est une fontaine!"...que dire?...rien: à partir de ce moment, je n'ai qu'une envie, me débarasser d'elle le plus vite possible.

A l'odeur, nous comprenons très vite que nous approchons du quartier des tanneurs...

Porte_des_tanneurs

En passant cette porte, je ressens immédiatement une gêne: je n'ose croiser le regard de ces gens qui travaillent là, dans des conditions inimaginables pour notre époque. J'ai un peu honte, d'assister à leur labeur, en pantalon blanc, appareil photo à la main...feuille de menthe dans l'autre...

          tanneurs_1             tanneurs_2

Feuille de menthe que nous offre dès notre entrée un jeune homme: je dois dire que l'air est irrespirable. Je ne pense pas être une petite nature, mais je dois avouer qu'à deux reprises, j'ai eu le coeur au bord des lèvres. Le sol est rendu poisseux et glissant, et il vaut mieux ne pas glisser! si mes photos sont mal cadrées ou de travers, c'est que j'ai shooté au hasard; d'une part parce que j'étais vraiment incapable de me passer de respirer la menthe, à moins de rester en apnée, et d'autre part parce que je n'avais pas bonne conscience de jouer les touristes devant ces hommes.

       Tanneurs_3       Tanneurs_4

Un homme, dort, au milieu des détritus, des peaux en état de décomposition. Il se repose, et ne semble pas incommodé par les mouches, et encore moins par l'odeur. Nous restons sans voix...

Tanneurs_6

Le travail des peaux est un travail long, "à la chaine". Le quartier des tanneurs est en fait une immense cour, fermée par les murs hauts de la médina. Il travaille ici des hommes de tous ages:de l'adolescent, à peine sorti de l'enfance, au vieil homme que le travail a plié.

     Tanneurs_7        Tanneurs_8

La première étape est bien sûr le lavage. Les peaux sont ensuite trempées dans la chaux vive, pour enlever tous les poils et la graisse.
Les poils sont récupérés: ils composent ce qu'on appelle la laine morte. Elle est troquée contre de la fiente de pigeon...d'où l'odeur nauséabonde!
La laine morte est confiée aux petites filles: c'est avec cette laine qu'elles apprennent à tisser.
La fiente de pigeon est utilisée pour assouplir les peaux.
Vient ensuite le temps du grattage...

Grattage_des_peaux

Cette photo est la première que j'ai payée! sur "ordre" de la guide. Cette coutume, courante en ville, n'a pas cour en montagne. J'y suis farouchement opposée: elle gâche le plaisir de la rencontre, du voyage. Je suis persuadée que ce sont des pratiques qui ont été à l'origine, induites par les guides, qui demandaient ensuite une petite rétro-cession. Seul un travail, un service, doit entrainer rétribution: ces pratiques sont symptomatiques du tourisme de masse, et gâchent l'authenticité d'un pays.

J'ouvre au passage une parenthèse, parce que je me rappelle de notre voyage en Egypte: si la fascinente beauté de ce pays n'est plus à prouver, il n'en demeure pas moins que le tourisme a entrainé des pratiques qui s'avèrent fatiguantes à la longue...un jour ou l'autre, on finira par nous demander "bakshish" pour un simple bonjour!...je referme la parenthèse.

Après le grattage, il reste à teinter les peaux, avec divers éléments naturels, comme par exemple la racine de mimosa ...

Nous ne sommes pas restés longtemps dans le quartier des tanneurs: certes, la puenteur est incommodante, mais notre guide est surtout pressée de nous faire entrer dans la boutique!
Elle se transforme alors en bonimenteuse pour nous encourager à acheter tout et n'importe quoi: "oh les belles babouches, les beaux coussins! et les sacs, ils sont pas beaux les sacs peut-être?!"

si, tout ça est très beau...mais son attitude m'écoeure et par principe, nous ne ferons aucun achat en sa compagnie...vite, qu'on en finisse, qu'elle nous libère!!!
J'ai beau lui expliquer que nous n'avons pas l'intention de faire des achats en sa compagnie, elle insiste!
Une dernière tentative, pour qu'elle nous conduise à la fontaine, restera infructueuse: nous nous passerons d'elle!

La voilà qui nous guide dans le souk: heureusement que nous y retournerons, seuls! à peine le temps de frofiter des couleurs!

couleurs_d_orient

Mais c'est logique: elle ne veut pas que nous puissions nous arrêter chez des commerçants auprès desquels elle n'a pas d'accord. Car elle n'a pas renoncé! La voilà qui nous fait entrer dans "la maison du Kaftan"...et c'est reparti pour un tour: "ici, vous trouverez ce qui se fait de mieux, parce que dans le souk, on peut se faire rouler! c'est ici que j'achète tous mes vêtements"...j'en passe et des meilleurs!
Par curiosité, je demande le prix d'une tunique en coton...je manque de m'étouffer lorsque le vendeur m'annonce le prix! il veut me vendre sa chemise au prix des boutiques de l'avenue Montaigne!
"on peut discuter"! bien sûr! mais là, je n'ai vraiment pas envie!

Un peu plus loin, nous entrons par une petite porte, dans le four collectif de la medina: enfin une bonne idée!
Les femmes apportent leur pâte le matin, et viennent récupérer le pain cuit un peu plus tard. C'est là aussi, que sont cuits les pains des restaurants et des petits marchands. On peut aussi acheter sur place...c'est là que je paierai ma deuxième photo...

Four_de_la_Medina

Plus loin encore, la guide, qui est décidément têtue, nous fait entrer dans une nouvelle boutique: elle écoute tout! elle nous a entendu parler de chaussures, alors bien sûr, c'est là que nous trouverons ce qui se fait de mieux, encore une fois! l'ambiance devient pesante, parce que pour couronner le tout, elle semble fort peu apprécier de ressortir bredouille de toutes les boutiques! bien sûr, pas d'achat, pas de commission!

Cette fois, la coupe est pleine, et nous lui signifions que nous en avons assez: il n'est pas midi, mais nous la libérons...ou plutôt, nous retrouvons notre liberté! Nous sommes de retour sur la place Jamma El Fna, et nous allons prendre un déjeuner à une terrasse. Nous déclinons bien sûr sa proposition de nous aider dans notre choix! C'est ici que nos chemins se séparent: bon vent!

Comme il est tôt, nous optons pour la terrasse de chez Chegrouni: la vue sur la place est agréable...

terrasse_Chegrouni

Direction 3° étage. Nous trouvons une table pour 6, ce qui tient du miracle: cette adresse est référencée dans un célèbre guide et les tables en terrasse sont souvent prises d'assaut. La cuisine est traditionnelle, sans fantaisie mais convenable, pour un prix dérisoire.
Bien sûr, nous profitons de ce point de vue pour photographier le souk, vu du dessus...difficile d'imaginer ce qui se cache en dessous!

       for_t_de_paraboles              for_t_de_paraboles_2

Les paraboles ont poussé plus vite que les palmiers, et c'est toujours surprenant de les voir fleurir, même sur les toits des plus modestes masures.

J'aime particulièrement l'ambiance de la place Jamaa el Fna. Pourtant, son nom signifie "Place des trépassés...pas très réjouissant, vous en conviendrez! C'est un beau paradoxe, lorsqu'on connait l'animation trépidente qui règne ici, allant crescendo jusqu'à la tombée de la nuit.

vendredi

Nous sommes vendredi, jour de la grande prière. Quand résonnent les chants des muzzines de toutes les mosquées alentour, les fidèles se réunissent devant leurs boutiques pour prier. Je dois avouer que la ferveur est assez impressionnante, de par son contraste avec la folie ambiante.

C'est alors que nous prenons des photos que notre ami Ben va faire "la" boulette...il va commander des boulettes...elles se rappelleront à son bon souvenir dès le lendemain...( promis Ben, je donnerai pas les détails! )

Nous avons prévu de passer l'après-midi à prendre notre temps: celui de flâner, de s'imprégner de l'atmosphère si particulière, de faire du repérage pour les achats que nous avons prévus. J'ai promis à mes filles que nous leur donnerions le temps nécessaire pour se faire plaisir: nous arpenterons donc les allées du souk, ou devrais-je dire des souks, en attendant que la place s'anime.
Le dur apprentissage de l'art du marchandage, et encore plus celui de la patience, commence pour Hélène: elle souhaite offrir quelques babioles à ses amies, et aussi ramener des souvenirs pour elle. Elle était trop jeune lors de notre voyage en Egypte pour se rappeler les ficelles de cet exercice, et elle ne comprend pas que je puisse passer un temps fou avec elle, pour d'abord, choisir l'objet qu'elle souhaite, et ensuite, renoncer à l'achat, après une demie heure de discussions enflammées , sous prétexte que nous n'avons pas trouvé d'accord sur le prix.
Au début, elle est même franchement boudeuse, persuadée qu'elle ne retrouvera jamais ailleurs quelque chose qui lui plaira autant. L'ainée, Perrine, me fait confiance, et tente de calmer sa soeur...je ris sous cape: je suis comme un poisson dans l'eau! j'adore ces palabres interminables, ces échanges vifs, mais toujours (ou presque) "bon enfant".
Il est vrai que chez le premier potier visité, nous avions passé au moins une heure, à choisir les pièces pour Cindy, mes filles et moi...pour finalement ne rien acheter! le vendeur était un peu sur les nerfs...

J'ai donc expliqué à Hélène que pour connaître le vrai prix des choses, il fallait d'abord "voir" jusqu'où pouvait aller un marchand: celui-ci ne vendra jamais à perte, et préfèrera vous laisser partir sans discuter: on sait alors que ce prix là est celui qu'il ne faut pas franchir. Au marchand suivant, on monte un peu notre prix plancher. Mais il faut tenir! parfois, les vendeurs n'hésitent pas à venir vous rechercher au bout de 5 minutes, alors que vous êtes déjà loin de sa boutique! et il ne faut pas hésiter à renouveler l'expérience plusieurs fois: on peut ainsi diviser le prix que nous proposait le premier vendeur par trois!

Définitivement, dans notre groupe, le marchandage est affaire de femmes. On m'a souvent demandé si j'étais bretonne, ce qui me faisait beaucoup rire, sous prétexte que j'étais têtue...je ne savais pas que les bretonnes étaient têtues! Dans tous les cas, un bon prix est celui qui satisfait les deux parties!

Dans une ruelle moins fréquentée que les axes principaux, nous dénichons enfin une boutique où nous trouverons notre bohneur: tajines, photophores multicolores, feront des cadeaux appréciés. Le vendeur est sympathique et souriant. Comme souvent, lorsque les affaires sont faites, les hommes d'un certain age aiment nous parler de la France, savoir de quelle région on vient. Ils sont souvent fiers de nous dire qu'ils connaissent telle ou telle ville française, ou encore nous disent leur amour pour notre pays. L'un d'eux, un vieil homme du souk des ferronniers, voulaient même nous inviter à boire le thé pour parler "entre frères". On peut bien sûr ironiser sur ce genre de propos. il n'en demeure pas moins que chez certains, la sincérité se lit dans leur regard.

Les ferronniers...justement: c'est le souk que je préfère. Il y règne une ambiance particulière: la lumière du soleil filtre à peine à travers les ruelles étroites, et la poussière en suspens donne une impression de brume. Le bruit des marteaux qui s'abattent sur le fer, le vacarme des meuleuses, les étincelles des postes à souder...tout cela forme un ensemble d'une fascinente beauté.

         ferronniers         souk_2

Le temps passe à toute vitesse et bien sûr, nous qui ne devions faire nos achats que le lendemain, sommes chargés comme des mules!
Il est temps de rentrer déposer nos achats au ryad: Je me suis promis d'aller au hammam, et nous avons réservé une table dans un restaurant traditionnel pour le soir. Nous filons droit à travers les ruelles du souk: pas question de nous arrêter! Nous serions encore capables de trouver quelque chose à négocier! Les filles sont satisfaites: elles ont trouvé leur bohneur. Enfin presque: sur le chemin du retourd, Hélène me fait la synthèse de la journée, m'énonçant ses achats et les destinataires, puis surtout, ce qu'elle voudrait encore trouver! Elle a retrouvé le sourire, et s'est mise à apprécier les joies du marchandage. Elle a compris que cela faisait partie du folklore local, passage obligé de tout achat. et voyant les économies réalisées pour elle, qui était prête au début à débourser sans broncher, la voilà qui devient intraitable en affaires!

Nous voilà devant la façade du hammam: nous entrons, pour prendre les renseignements d'usage, et réserver pour tout le monde, ce que nous appellerons "la totale". Les filles apprennent avec stupeur que le maillot est inutile: il va falloir faire preuve de persuasion pour qu'elles oublient leur pudeur! les hommes regrettent en plaisantant que le hammam ne soit pas mixte...et puis quoi, encore?!

En gros, on peut revenir les mains dans les poches...mais les poches remplies de dirhams, parce qu'ici, on ne négocie pas, et la note est plutôt salée! mais j'avoue que j'ai très envie de me détendre un peu...et puis rien qu'à imaginer nos deux oiseaux, le pareo à fleurs prêté par la maison autour de la taille, se faisant masser de la tête aux pieds par un masseur barraqué, moi, ça me fait mourir de rire....eux, moins...les hommes ne savent pas s'amuser!
Le restaurant est à deux pas de là, nous passons changer l'heure de notre réservation: le hammam est complet jusqu'en fin d'après-midi. Un autre passage par le ryad, où nous déposons toutes nos affaires, et où nous soufflons un peu: il est vrai que nous avons le don pour nous ficeler des programmes plutôt chargés! Mais c'est que...nous aimons découvrir le plus de choses possible lorsque nous voyageons: en règle générale, notre "planning" est déjà bouclé avant notre départ. D'aucuns diront que ce n'est pas des vacances...c'est possible! c'est autre chose: un voyage, une initiation à une autre culture, une immersion dans d'autres traditions, une découverte. alors il est vrai que souvent, nous sommes plus fatigués en rentrant de voyage, qu'avant notre départ...mais qui a dit que les vacances étaient faites pour se reposer?!

Donc, à peine le temps de souffler que la troupe au complet repart pour le hammam. L'enthousiasme se lit sur le visage des hommes! je fais remarquer à mon mari qu'il pourrait au moins faire semblant d'être content! je sais que c'est mon caprice, mais finalement, je n'obligeais personne à m'accompagner! Ben est aussi un peu chaffoin...barbouillé...et la phrase tombe: "j'aurais pas du manger des boulettes". Quelques secondes de silence, le temps de digérer la nouvelle, et nous lui demandons ce qui lui est passé par la tête pour manger ça! franchement: des boulettes, on a pas idée! " Mais, t'inquiète Ben, ça va aller"...

Nous nous présentons au comptoir, où on nous remet un panier en plastique individuel, dans lequel nous trouvons un peignoir, un pareo, une brosse, un shampooing: tout le monde regarde ça avec l'inquiétude sur le visage, et c'est franchement drôle! ah oui! et un bracelet de couleur: chaque couleur correspondant aux soins que nous avons choisis. Pour nous, ce sera donc hammam, gommage et massage...si avec ça, ce soir, on est pas détendu!

Nos chemins se séparent: les hommes d'un côté, les femmes de l'autre. Arrivées dans la partie hammam, nous saluons deux jeunes femmes espagnoles visiblement moins pudiques que mes filles! Nous prenons place en silence, quand une jeune marocaine vient me faire signe de lui tendre ma main. Elle y dépose alors une substance noirâtre, tiède et molle. J'ai du faire une moue assez comique, parce que Cindy part dans un fou rire en me regardant! Il s'agit du savon noir, et nous sommes invitées à nous en enduire tout le corps. Tout est calme, nous nous détendons un peu, quand la jeune femme revient, regarde les deux ibères, et pour une raison connue d'elle seule, remplit une bassine d'eau froide et la leur balance sans ménagement, entrainant au passage des cris d'effroi. Nous nous regardons, inquiètes mais amusées.

L'étape suivante est beaucoup plus agréable: après une douche, nous nous installons sur des tables, et des dames très énergiques nous passent un gant, qui relève plus de la rape à fromage, sur tout le corps...Cindy, qui a un magnifique coup de soleil sur le nez, supplie qu'on l'épargne...trop tard! je compatis à ses aïe, aïe, AAAAïeeee! en riant....pardon Cindy, c'est pas drôle...

Nouveau passage à la douche et là...le nirvana! Enduites de la tête aux pieds d'huiles essentielles, nous nous laissons aller sous des mains expertes, à un massage fort apprécié. Pour un peu, je manque de m'endormir: rien n'est oublié, de la moindre phallange de nos mains à nos orteils, tout y passe. Lorsque La masseuse nous pétrit le ventre, nous avons une pensée émue pour Ben: ses boulettes ne doivent pas être à la fête...euh...celles qu'il a mangées, bien sûr! Et lorsque nous sommes invitées à quitter la table de massage, j'avoue que j'aurais bien enchaîné une deuxième séance!
Contre toute attente, nous sommes les premières à sortir, et nous attendons nos hommes pendant au moins 20 minutes! Lorsqu'ils sortent à leur tour, ils ont un teint de bébé mais mon mari nous gratifie d'un "ouais, bof..."pfff!!! inculte, va!

Nous avons encore pris du retard, et avons tout juste le temps de nous changer, pour ensuite nous rendre au restaurant: l'endroit est splendide. Un ryad aux fontaines dans lesquelles flottent des dizaines de roses fraîches, une ambiance tamisée, et une cuisine correcte. Dommage que les danseuses du ventre soient accompagnées d'une musique assourdissante, qui nous interdit de communiquer: on se croirait en boîte de nuit. J'ai vu le lendemain, ce restaurant référencé dans un magasine, comme repère d'une certaine jet set: ceci explique sûrement le manque d'authenticité de l'endroit.

Nous nous sommes couchés ce soir là, plus fatigués que lors de nos jours de treck! Demain, pour notre dernière journée, nous avons prévu une journée tranquille: je tiens tout de même à emmener nos filles au jardin Majorelle. Le reste de la journée sera consacré aux derniers achats...

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14 juin 2007

Petite parenthèse au sujet des commentaires...

Je suis ravie et touchée de l'intérêt que vous portez à mon carnet de voyage! je suis sûre que le regret que vous manifestez à propos du manque de photos du hammam est lié au fait que vous appréciez sûrement beaucoup l'architecture de ces lieux...je ne vois pas d'autres raisons envisageables, venant de deux admirateurs aussi sérieux! Vous me voyez désolée de ne pouvoir accéder à votre requête...mais si vous le souhaitez, je peux vous parler des jolies mosaïques et autres décors traditionnels...Non?...inutile? comme vous voudrez! notre prochaine étape sera donc bien les jardins Majorelle ;o)

Je publie régulièrement des commentaires, qui sont parfois des questions: pour garder la cohérence et la fluidité du récit, je répondrai à chacunes des questions, dans la mesure de mes compétences, dans un paragraphe qui sera uniquement consacré à cela: en "commentant" ce paragraphe là, vous pourrez poser vos questions et j'y répondrai régulièrement.

Je remercie toutefois Z11 pour m'avoir signalé une vilaine faute d'orthographe, que j'ai pu corriger. Mais s'il cherche, il en trouvera certainement d'autres: je ne me relis que rarement, et je n'utilise pas de correcteur d'orthographe...

Posté par neferka à 18:14 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Samedi 7 avril 2007

Notre hôte toulousain, fidèle à lui-même, n'a pas consenti à nous faire préparer un petit déjeuner plus tôt que d'habitude: tant pis! Dès 8 heures, nous sommes installés à table: nous voudrions arriver dès que possible au jardin Majorelle. Dès 10h00, ce sont des cars entiers qui déversent des flots de touristes qui arpentent les allées au pas de charge lorsqu'on aimerait être au calme, et qui n'avancent pas lorsqu'on attend qu'ils se poussent pour pouvoir faire la photo! bien sûr, la critique est facile: l'enfer, c'est les autres, c'est bien connu...mais on est toujours l'autre de quelqu'un!

Voilà pourquoi nous tentons de nous dépêcher. Mais les informations sur la grêve sont contradictoires: si nous ne trouvons pas de taxi, il nous faudra aller à pieds jusqu'à la place, dans l'espoir de trouver la bonne ligne de bus, ou de négocier deux calèches; en clair, nous arriverons bien trop tard! Je sais que le jardin ouvre à 8h00, mais le propriétaire du ryad me soutient que c'est à 9h00, parce que "au Maroc???!!! vous avez déjà vu quelque chose ouvrir à 8h00?"...oui: les jardins Majorelle! le mot qui m'est venu à l'esprit ensuite ne sera pas écrit ici, dans un souci de bienséance.

Une dernière vérification avant de partir: nous ne rentrerons pas avant ce soir, mieux vaut ne rien oublier! C'est bon, on peut partir....mais Ben n'a pas la forme: il souhaite nous accompagner, se réservant toujours la possibilité de nous abandonner en cour de journée si ça ne va pas: il semble que les boulettes soient rancunières...

Nous filons dans les ruelles de la Medina, jusqu'à la Place des ferblantiers: la chance nous sourit. Deux taxis attendent les clients: comme nous sommes 6, nous négocions pour deux voitures. C'est la reprise, il est tôt, l'affaire est vite conclue: nous irons jusqu'aux jardins, pour 40 dirhams en tout(environ 4 euros). Encore une pensée pour notre hôte, à qui j'avais demandé conseil: il m'avait dit qu'il fallait prévoir 100 dirhams...

Nous arrivons à 9h00. Personne à la caisse, pas de foule à l'horizon: nous avons de la chance, parce que ça fait bien une heure que le jardin est ouvert! Dès l'entrée, les couleurs vives prennent les commandes: ici règnent le bleu, le vert, le rouge et le jaune, dans une harmonie singulière et particulière.

           Majorelle           Majorelle_2

C'est drôle, comme on aime parfois se rattacher à des détails: le créateur de ces jardins, Jacques Majorelle, est né à Nancy. Je partage donc mes racines lorraines avec cet artiste-peintre, tombé amoureux de Marrakech où il s'installe en 1919. Il achète un morceau de terrain dont il fera naître ce fabuleux jardin, qu'il ouvrira au public en 1947. Il rentre en France en 1962, pour y mourir.
Et c'est en 1980 que Pierre Bergé et Yves Saint Laurent deviendront propriétaires des lieux, et créeront, dans ce qui fut l'atelier de Jacques Majorelle, le musée d'art islamique qui abrite aujourd'hui une collection d'objets leur appartenant.

          Majorelle_3                Majorelle4

Le parc n'est pas bien grand, mais les allées étroites ouvrent sur des tableaux vivants dont les plantes seraient les personnages. Des variétés de tous les continents cohabitent ici en harmonie, dans une fausse anarchie. Les bassins, les fontaines donnent une sensation de fraîcheur, souvent bienvenue dans la fournaise de Marrakech.

      Majorelle_5          Majorelle_6

Ici comme ailleurs, il faut savoir prendre son temps; pour surprendre une petite grenouille profitant du soleil sur une pierre, ou pour lever le nez en l'air, et voir les palmiers chatouiller le ciel.

        Majorelle_7       Majorelle_8

Reconvertie en chasseuse d'images, je n'ai pas vu que Ben se sentait de plus en plus mal: il jette l'éponge et rentre au ryad. Il nous confie Cindy. Nous projetons de nous retrouver sur la place Djama El Fna vers midi, si tout va bien, et dans tous les cas, nous aurons des nouvelles grâce à nos portables. Nous sommes déçus de le voir partir précipitamment. Plaisanterie mise à part, il faut vraiment se méfier de ce que l'on mange:ce genre de désagrément peut vous gâcher un voyage. Mieux vaut d'être prudent! La montagne avait épargné le groupe, la ville n'aura pas fait ce cadeau à notre ami...

Nous prolongeons tout de même notre visite, mais les premiers cars ont du arriver: les touristes arrivent en masse, ne respectent pas le sens conseillé, ce qui donne une joyeuse pagaille.

      Majorelle_9             Majorelle_10

Mais avec force courage et ténacité, nous réussissons tout de même à saisir quelques clichés intéressants.

       Majorelle_11           Majorelle_12

Même la colombe, qui nous avait fait l'honneur d'assister à son bain l'an dernier, se fend d'une nouvelle représentation! peu de chance en vérité, qu'il s'agisse de la même, mais si ça me plait à moi, d'y croire?!

Inutile de s'attarder davantage, il est trop tard. Nous ne prenons plus de plaisir à slalomer au milieu de la foule. Lorsque nous sortons du jardin, nous sommes stupéfaits: une file d'au moins 300 mètres patiente pour acheter son billet d'entrée, et les taxis, minibus et autres cars de tourisme envahissent la rue!
Le monde appartient aux lève-tôt, c'est bien connu!

Nous avons besoin d'un taxi pour nous rapprocher du souk: non pas que le chemin soit impossible à parcourir à pieds, nous l'avons déjà fait, mais nous voulons encore faire tant de choses aujourd'hui, qu'il est plus sage de ne pas perdre de temps inutilement. La négociation s'annonce difficile: les touristes ne manquent pas, et tous ne sont pas des as du marchandage! les premiers essais s'avèrent des échecs: on nous demande trois fois le prix du matin, pour une seule voiture au lieu de deux, et pour un trajet plus court! comme dans le souk, la règle est de feindre l'indifférence: "tu veux pas? pas de problème! on est jeune, on marche!" une deuxième, puis une troisième tentative infructueuse achèvent de les convaincre: nous ne cèderons pas. Une voiture s'arrête à notre hauteur: "c'est bon, montez, je vous emmène!" - "pour notre prix?" - "oui, oui! c'est bon, montez!"

et l'affaire est dans le sac...ou plutôt dans une vieille Peugeot qui ne vivra plus aussi longtemps qu'elle a vécu. On a un peu l'impression de toucher la route, mais le principal, c'est qu'elle roule, et qu'elle nous conduise à la porte du souk, côté Medersa...oui, je l'avoue, je suis un peu têtue: même si "ce n'est qu'une fontaine", j'ai envie de voir à quoi ressemble cette fontaine Chrob ou Chouf!

Après avoir demandé à de nombreuses reprises notre chemin, après avoir été dirigés sur d'autres fontaines, à croire que même les Marrakchis ne la connaissent pas, enfin, la voilà!...vous me direz: "tout ça pour ça?" et je répondrai "oui"!

fontaine

Mais j'ajouterai que "ça"est un joyau de l'art arabo andaloux (oui, encore). Que son nom, Chrob ou chouf", signifie "bois et regarde"...alors regardons: son auvent de cèdre sculpté, ses zelliges polychromes, ses inscriptions gravées en caractères cursifs ou coufiques. Regardons ce témoignage du temps, construit sous le règne de Ahmed El Mansour, mort en 1603! Elle a traversé les siècles, et avait suffisamment de valeur, pour être classée au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1985. ( ce qui lui a vallu une petite restauration...3 siècles, c'est le bon age pour le lifting!)

Elle est là, dans une rue étroite de la médina, et les passants l'ignorent. Ceux qui la respectent le plus, sont sans doute les assoifés qui viennent s'abreuver à son robinet...nous la respectons beaucoup, mais de là à boire son eau! Disant ces mots, je pense à Ben: raccourcis de l'esprit, sans doute! je regarde mon téléphone...aïe, les nouvelles ne sont pas bonnes: après s'être fait poliment arnaquer par un taxi qui lui a pris 100 dirhams pour le même trajet que le matin, il est rentré au ryad au pas de course. Le voyant revenir prématurément, notre toulousain de service vient vers lui et lui demande ce qui ne va pas...considérant sans doute qu'une bonne démonstration vaut mieux qu'un long discour, notre ami lui donne un aperçu de sa situation en ruinant ses babouches, mais en fertilisant son jardin...ah! quand même! c'est son côté écolo...
Privé:Tu vois Ben, j'ai rien dit!...c'était soft...non? ;o)

Mais il ne nous rejoindra pas pour le déjeuner: Cindy devra faire ses achats seule. Enfin, pas tout à fait: nous sommes là, tout de même!
Avant d'entrer vraiment dans les ruelles du souk, nous nous arrêtons dans une petite agence bancaire pour changer quelques euros supplémentaires: on peut changer l'argent un peu partout.D'ailleurs, nombre de commerçants essaient de négocier en euros, puis en dirhams, reviennent à l'euro, ils nous embrouillent: il faut souvent s'en méfier, c'est un piège! on s'y perd, et une fois accepté, on ne peut plus revenir sur un prix, ni sur sa décision d'acheter; c'est une question d'honneur. A moins, bien sûr, que la ficelle soit trop grosse: on peut alors jouer les outragés, ça marche quelque fois. Mais la règle est de négocier en dirhams: il faut compter 1 euro pour 10 dirhams. C'est le change que l'on vous prendra presque partout, sauf dans les banques qui sont obligées de pratiquer le court officiel. On se rapproche alors plus des 11 dirhams. En calculant sur la base de 1 pour 10, on est donc sûr de ne pas se tromper.

La première chose qui nous intéresse, c'est de retrouver le souk des ferroniers: Cindy voudrait des appliques pour sa terrasse, Perrine voudrait s'offrir des photophores. Elle a trouvé son lustre hier. Hélène est aussi intéressée par les petites lanternes et moi...comme d'habitude, je fonctionnerai au coup de coeur! Les bruits des marteaux, des meuleuses, nous indiquent que nous sommes proches.
Au hasard d'une ruelle, nous découvrons un homme travaillant le stuc: ces gestes sont tellement rapides et précis, que ça semble d'une facilité enfantine. Bien sûr, il n'en est rien, il faut beaucoup d'expérience et un certain talent pour réussir ces ornements: pas question en effet d'effacer et de recommencer!

stuc

Cette fois, nous y sommes:les lustres et autres lanternes pendent aux façades, il faut maintenant dénicher la perle rare. Parce que si tout se ressemble, rien n'est vraiment pareil: ce travail là est effectué sur place, entièrement à la main. Comme partout, certains artisans sont meilleurs que d'autres. Il faut vraiment être attentif, et vraiment, ici encore plus qu'ailleurs, ne pas avoir peur de passer du temps: Cindy a trouvé son bohneur. Mais elle voudrait deux pièces identiques, et il n'en reste plus qu'une: "attends, je vais te chercher l'autre, tu veux?" Cindy nous interroge du regard: bien sûr! nous avons le temps! on est là pour ça, non?

Alors le temps passe, et l'homme revient avec une seconde applique...mais pas vernie..."c'est pas grave! j'te la peins si tu veux! y'en a pour deux minutes!"
Ici comme ailleurs, comme disait Lahcen, "Y'a pas de problèmes, y'a que des solutions".
Reste encore à négocier! nous décrochons un peu: Cindy est rompue à l'exercice, et nous profitons nous aussi pour fouiner un peu. Les filles ont trouvé le modèle et la taille de lanterne qui leur conviennent. Là encore, il en faut plusieurs, avec les mêmes volutes. Au moment de discuter le prix, les esprits s'échauffent un peu entre les marchands: il est vrai que j'ai un peu bluffé, et l'un soupçonne l'autre de casser les prix...dans ce genre d'exercice, toutes les combines sont permises, non?!

Le vendeur, un homme sans age, s'efforce de jouer sur les sentiments: il nous parle de la France, qu'il aime beaucoup, des temps difficiles pour les affaires, depuis le passage à l'euro (sur ce point, il a raison: il semble que l'euro les pénalise), et à chaque fois que nous baissons le prix, il va demaner l'accord à son père, un vieux monsieur qui trône sur une chaise au milieu du bric à broc. Manifestement, rien ne se fait sans son accord, et il n'est jamais d'accord...ça sent le roussi, la moutarde me monte au nez: à la longue, le marchandage est fatiguant! mais comme je suis plus têtue qu'une mule, je refuse de céder: je l'envoie donc promener avec ses lanternes et continue mon chemin. Cindy est toujours en train de discuter ses appliques. Mon vendeur me suit, me demande de faire un effort: c'est non! je lui explique que nous partons le lendemain, que je n'ai pas besoin de ses lampes, que c'était juste pour laisser mes derniers dirhams au pays. Alors qu'il voit que je commence à discuter avec un autre commerçant, il me tire par la manche pour que je revienne vers sa boutique...les filles ne me facilitent pas la tâche: c'est vrai qu'elles ne trouvent pas ailleurs les mêmes lanternes, et elles boudent un peu.

J'accepte donc de le suivre, en lui disant qu'il vaudrait mieux pour lui que je ne refasse pas le chemin pour rien, que je ne monterai pas mon prix. Nous arrivons, et le père refuse à nouveau. Je suis à la limite de la colère...enfin, je fais bien semblant, quand son frère arrive: plus jeune, visiblement amusé par mon attitude, il dit à mon mari "elle est pas commode, hein?!"

Bien sûr, quand il s'agit de se faire plaindre..."oh! c'est rien de le dire! si vous saviez!"...ben voyons! vaut mieux entendre ça que d'être sourde! je ris, et fais mine de me plaindre à mon nouvel interlocuteur...mais j'ai repéré depuis quelques minutes, accroché au mur, un magnifique support à miroir. J'adore ses décors travaillés, ses portes, avec double fermeture: judicieusement placé dans une maison, c'est un trompe l'oeil magnifique, comme une fenêtre qui s'ouvre sur nulle part. Il me rappelle un peu les moucharabiehs que j'adore. L'homme a suivi mon regard et me demande "il te plait?" je réponds oui, sans hésiter, mais lui dis aussi de ne pas s'affoler, et je lui refais le couplet sur la fin du voyage, etc... ça l'amuse beaucoup, mais il décroche tout de même le miroir. Il n'est pas peint, mais il me propose de le faire, ce que je refuse...je serais bonne pour le décaper et recommencer chez moi! parce qu'il faut voir comment c'est fait!...

lanternes

Je connais les prix pratiqués en France pour ce genre de choses: j'en ai acheté un l'an dernier. Une pâle copie d'artisanat marocain, fabriqué à la chaîne: esthétique mais sans âme. Mon mari me demande si j'y tiens. Il semble l'apprécier aussi. Il aura fallu en tout plus d'une heure, pour négocier le miroir et les lanternes des filles, mais je suis très satisfaite de nos achats. Dans le même temps, Cindy nous rejoint, elle a elle aussi conclu l'affaire...c'est fou, on a l'impression d'être fatigué!!!

Il est temps d'aller déjeuner: nous remontons sur la place Jama El Fna, passons devant chez Chegrouni...sans nous arrêter, et choisissons une table à une terrasse, à l'angle de la place. Comme d'habitude, on mange pour trois fois rien...ça tombe bien: on fait les comptes, et il va falloir tenir le budjet! Perrine est contente: elle a trouvé tout ce qu'elle voulait, mais confesse qu'il ne faudrait pas qu'elle traine encore longtemps! c'est si facile, d'être tentée!
Hélène veut encore un collier, une petite lampe à huile, façon Aladin, je voudrais une djelabah pour ma mère, un mélange de fruits secs, comme ceux de Lahcen (nous les mangerons en Corse). Cindy veut des babouches pour son fils et sa mère...que de palabres en perspectives! Et ce soir, nous irons prendre notre dernier repas chez Rachid. Espérons que Ben nous accompagnera: les nouvelles ne sont guère réjouissantes!

De jour en jour, la chaleur se fait de plus en plus pesante, et le soleil tape sur nos épaules: l'avantage du souk, c'est que c'est à l'ombre, et qu'il y règne une relative fraîcheur.
Sur la place, à la mi-journée, les porteurs d'eau posent pour les touristes, les oranges se pressent par centaines, les femmes agitent leur seringues de henné...

      porteurs_d_eau          oranges

henne

Nous pénétrons à nouveau dans le dédale des ruelles du souk, par l'entrée des épices, herbes fraîches et fruits secs. La menthe parfume l'atmosphère, et c'est bien agréable. A cet endroit, tous les éales se ressemblent, les marchandises sont les mêmes. Une seule chose ne se négocie pas ici: la nourriture. Les prix sont fixes et affichés. Bien sûr, toutes les boutiques ou presque s'alignent sur celles d'à côté. A nous de choisir le vendeur le plus souriant, les dattes les plus fraîches, les cacahuètes les plus appétissantes.
Avec gourmandise, nous achetons tout ce qu'il faut pour faire le délicieux mélange que Lahcen nous a fait goûter: espérons qu'il aura la même saveur, dégusté sur les sentiers des montagnes corses!

Nous poursuivons notre chemin, et je suis intriguée par un drôle d'étale, où l'on sert dans des petits pots quelques chose qui se mange...je m'approche, pour découvrir qu'en fait, on fait ici cuire des escargots dans leur coquille, que l'on retire une fois les gastéropodes ébouillantés, et on les serre comme ça, sans plus de préparation ni nettoyage!

escargots

Quand je pense au temps que je passe à les préparer, les nettoyer, les faire cuire au court-bouillon, pour pouvoir finalement les manger sans crainte! Ici, on ne s'embarrasse pas tant, et ils se vendent comme des petits pains!

Nous cheminons encore, et nous arrivons dans le souk des tissus, des vêtements traditionnels: les contre-façons sont plutôt concentrées autour de la place. Le moment est venu pour moi de marchander la djelabah pour ma mère. Je suis un peu lassée par l'exercice, mais je réussis assez aisément à en obtenir un prix plus que correct, comparé au prix que les clients précédents ont du payer pour une tunique courte...le double! Il est toujours plus facile de passer après de "bons" clients: les vendeurs se montrent moins coriaces.

Toujours plus loin, Cindy est déjà en train de négocier les babouches de sa mère: l'affaire est plus compliquée, parce que nous avons donné au vendeur un argument auquel il s'accroche: "rien n'est trop cher pour une maman". On lui fait le coup des touristes fauchés, tristes de ne pouvoir débourser un dirham de plus pour offrir les magnifiques babouches à "maman". Franchement, notre numéro fendrait le coeur des pierre...mais pas celui du vendeur! Qu'à cela ne tienne: puisque ça ne marche pas sur ce ton, on va la jouer plus "virile": c'est ça ou rien! on a plus un dirham, si c'est bon comme ça, on fait affaire, sinon, on s'en va! on va pas en faire un couscous!...on repart avec les babouches! Yallah!

Le collier d'Hélène, la petite lampe d'Aladin: tout le monde est ravi! chacun a pu trouver ce qu'il recherchait, et même ce qu'il ne cherchait pas! J'ai aussi trouvé mes épices, mon savon noir (nostalgie du hammam), du henné, du khôl, quelques babioles; il est temps de rentrer et de prendre des nouvelles de Ben.

De retour au ryad, nous le retrouvons un peu reposé: il va mieux, même si ce n'est pas la grande forme! Nous irons tous chez Rachid ce soir, mais il ne pourra même pas avaler un bol de riz.
La soirée est moins euphorique que celle passée en compagnie de Lahcen, mais nous avons le sentiment de finir notre semaine en beauté: tout s'est bien passé, nous avons fait de belles rencontres, nous rentrons avec des souvenirs plein la tête, et l'envie de revenir. Ce pays est vraiment attachant: de tous les voyages que nous avons fait, c'est le premier pays que nous visitons deux fois: le monde est si grand qu'une vie ne suffira pas à en faire le tour, et nous préférons habituellement changer de destination. Mais le Maroc est si différent d'une région à l'autre, qu'il nous donne envie de revenir.

Le reste de la soirée sera consacré au bouclage des valises; c'est toujours un problème pour ne pas dépasser le poids réglementaire! On viendra nous chercher au ryad demain à 5h00 pour notre transfert à l'aéroport...ah non...pas au ryad! au bout de la ruelle: Notre toulousain ne veut pas que nous discutions dans la cour en attendant! nous ferions trop de bruit! et pour finir de nous séduire, il nous annonce qu'il ne nous servira pas de petit déjeuner: au plus, et c'est bien parce que c'est nous, nous aurons un peu de café, et bien sur, comme chaque matin, il faudra que je demande un malheureux sachet de thé! Nous avons fait nos provisions à la patisserie des Princes, et nous nous passerons de ses services...finalement, il aura été la seule fausse note de ce voyage! il en fallait bien une! la perfection n'est pas de ce monde!

Posté par neferka à 21:25 - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 juin 2007

Le Maroc, c'est aussi...

923 photos numériques, sans compter celles de nos amis

C'est aussi et surtout, la nature, comme un tableau

Telouet

des sourires, juste pour le plaisir

Tata

des rencontres insolites, comme ces chèvres, dans les arganiers

arganier

de l'aventure, lorsqu'il faut sortir de l'oued, une vieille camionette sur cette piste défoncée

Ourika

une terre de contrastes, faite d'oasis verdoyants et de terres arides

           oasis_de_montagne          Atlas

des palais de mille et une nuits

Taroudant

la vie, partout présente

Camp_berb_re

et puis...le désert...

                1__dunes            petit_matin

sa beauté à couper le souffle, et ses images qui nourrissent l'imaginaire

notre_camp

on_a_dormi_l_

la nature en représentation, quand le soleil embrase le sable avant de s'évanouir

pour laisser place à la fraîcheur de la nuit

impression_soleil_couchant

soleil_couchant

des images et des émotions qui ne s'oublient jamais...

Imposible aussi d'oublier le parfum et les couleurs des épices!

_pices

C'est aussi des amis, des fou-rires, pas toujours volontaires, le système D, les imprévus et les impondérables, les bêtises aussi...

censur_

Enfin, nos voyages au Maroc, sont des parenthèses hors du temps, pendant lesquelles il convient de s'ouvrir aux émotions, aux autres, pour absorber, s'imprégner de ce qui fait la richesse de ce pays.

Je précise que les photos de ce chapitre ont été prises en juin 2006, lors de notre périple entre Marrakech, Taroudant, Tata, le désert, Zagora, Ouarzazate et la vallée de l'Ourika et du Draa.

Toutes les photos de ce carnet de voyage sont des photos personnelles ( à l'exception du mouflon ), et aucune d'elles n'a été retouchée.

Posté par neferka à 14:22 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

merci

Je vais prendre quelques lignes, pour faire ma cérémonie des César...non! je rigole!

Mais je voudrais tout de même dire merci à nos amis Ben et Cindy, qui répondent toujours "présents" lorsque nous leur proposons une escapade: ça peut paraître banal!...
ça l'est moins quand on sait qu'un jour, j'ai envoyé un mail à Cindy, avec une photo d'une plage mauricienne et ce commentaire: "si tout va bien, nous y serons cet été"...quelques jours plus tard, j'envoyais un simple texto sur son portable, disant à peu près ceci: "un treck de 6 jours à la Réunion, plus 4 nuits à Maurice, ça vous tente? besoin d'une réponse rapide". Le jour même, sans avoir demandé plus de précisions, je recevais un "ça marche" qui concluait l'affaire!
Je voudrais donc leur dire ici, combien leur confiance me touche, et combien leur amitié m'est chère.
Parce qu'il faut dire que depuis, j'ai renouvelé la même histoire, pour un voyage en Tunisie et nos deux voyages au Maroc, et qu'ils ont toujours accepté de nous suivre, même quand il était difficile de poser congés en dernière minute.
Pour couronner le tout, ils sont de formidables compagnons de voyage, toujours de bonne humeur, et partants pour toutes les aventures.

Je voudrais dire merci aussi à mes filles. Merci de nous suivre encore, à l'âge où d'ordinaire, les enfants préfèrent partir entre copains pour se légumer sur des plages. Merci de me permettre de leur faire partager ce qui m'émeut, ce qui me touche. Merci de vivre avec moi mes plus beaux souvenirs.
Merci aussi d'être râleuses, boudeuses...euh, là, j'en fais un peu trop...mais si elles ne l'étaient pas, allez savoir, je m'ennuierais peut-être!

Et je remercie aussi mon mari, qui jusqu'ici, a toujours cédé sans difficulté à mes caprices...pourvu que je m'occupe de tout ;o)

Comment oublier aussi Lahcen, Tayeb, Djamel, Omar et Ahmed? qu'ils soient ici remerciés pour leur bonne humeur, leur bienveillance et leur gentillesse: ils on fait de notre voyage un enchantement.

Et merci à vous, qui avez pris un peu de votre temps, pour lire ce carnet de voyage, et pour y laisser quelques commentaires touchants.
Je ne savais pas, en commençant à l'écrire, que j'y prendrais autant de plaisir, que j'y mettrais autant de détails, parfois futiles, mais j'ai toujours pensé que le plaisir et le bohneur ne valent que s'ils sont partagés...

dimanche 29.07.2007

J'ajoute ici quelques mots, pour remercier Rachid, qui a eu la gentillesse de laisser un commentaire sur la page "jeudi" (je crois) : ce témoignage, de la part d'un jeune guide marocain, est peut-être ma plus belle récompense. S'il a été touché par mes mots, par mes images, c'est peut-être qu'il s'est senti fier d'y reconnaître son pays. Alors, peut-être aussi, en ai-je décelé un peu le coeur?...

Posté par neferka à 15:33 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Réponses aux questions

Choucas, le 05/05:

Est-ce que Marrakech va devenir le "Mallorca" (Majorque) des Français ?

C'est à craindre, en effet, mais je crois que la médina restera préservée: ne serait-ce que parce que son architecture ne permet pas une modification qui permette de la défigurer. Bien sûr, beaucoup de français ont racheté les beaux ryads, et les marocains ont préféré acheter des appartements neufs dans le nouveau quartier de Guéliz, où les immeubles modernes poussent comme des champignons. Nous en avons parlé avec eux, ils semblent ne pas regretter leur choix: ils n'avaient pas les moyens de restaurer les vieilles bâtisses. Ils vivent dans le confort moderne, et travaillent souvent dans leurs anciennes propriétés. pour ma part, j'aurais préféré qu'ils aient les moyens de restaurer leur bien..

sur la photo de Tyzan (?) on décèle comme une "coupure" dans le verdoiement des terrasses: est-ce dû à la sécheresse ou au fait que ces terrasses ne sont pas encore en culture ?

A cet endroit, il n'y a plus que de la roche, plus rien n'est cultivable.

Z11, le 7/04:

Cours de Marocain
Chrob ou chouf", signifie "bois et regarde"...

Chrob = bois ?
ou = ou bien ?
Chouf = regardes ?

Bois ou regardes ? Non ?

ça paraît logique, mais partout où j'ai cherché, j'ai trouvé la traduction "bois ET regarde"

Mais ou est l'eau ?
il y a t'il une fontaine sous ce porche ?
Peut-être un simple robinet ?

l'eau est effectivement sous le auvent, elle coule par un robinet, qui ne présente aucun intérêt. Sous cet abri règne une saleté repoussante. J'ai volontairement coupé cette photo à mi-hauteur.

Cette jolie main est elle négociable ?

Vous arrivez trop tard: elle a été négociée voilà déjà 17 ans ;o)

Z11, le 14/06:

Que fait Lahcen ? Sur la toute première photo décorant le récit. Sa main a un mouvement rapide et semble tenir une pierre.

Il casse un pain de sucre, pour préparer le thé à la menthe.

Si vous avez d'autres questions, posez les en laissant un commentaire sur ce chapitre: j'y répondrai dans la mesure de mes compétences

Z11, le 15/06:

Sur la photo de l'arganier on aperçoit un animal de teinte noire, serait-ce une chèvre ? qui s'aventure dans les épines ?

Absolument! on appelle d'ailleurs aussi ces arbres, les arbres à chèvres. A notre approche, elles sautaient les unes après les autres, comme les pommes tombent du pommier. C'est assez drôle à voir, sauf que lorsqu'on veut les photographier...une fois sur deux, il ne reste plus de chèvre dans l'arbre lorsqu'on est prêt à déclencher! Celle qui trône sur cette photo était plus téméraire...ou plus gourmande que les autres.

Z11, le 18/07:

c'est long, long, long...

Ah...Mr Z11! il est vrai que tout le temps perdu ne se rattrape plus! Alors comme ça, comme Barbara, vous non plus, n'avez pas la vertu des femmes de marin?
Plus sérieusement, je réponds à vos questions: il n'y a pas de suite à "avril au Maroc". J'ai écrit ce récit, parce que je voulais "mettre en forme" mon carnet de voyage. Je continuerai de répondre aux questions qui viendraient à m'être posées, mais je ne peux compléter le récit, sous peine d'inventer une histoire, et ce n'était pas mon but.

En revanche, je continuerai, régulièrement, à narrer mes voyages, mais je le ferai sur des "cahiers" différents: ainsi, vous pouvez voir, dans la colonne de droite, un lien qui vous mènera vers un autre récit, une autre destination. Comme pour le Maroc, j'écrirai, en fonction du temps que je trouverai...et il me manque un peu en ce moment! mais mes carnets sont prêts ;o)

Posté par neferka à 18:40 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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