Avril au Maroc

un carnet de voyage en images, pour les amoureux des paysages sauvages, loin des formules all inclusive.

26 octobre 2007

Un petit tour dans le sud

Ce blog ne vit plus depuis des semaines, et pourtant, il continue d'être visité régulièrement. J'ai donc décidé de publier chaque jour (les jours où j'ai le temps) une photo de notre précédent voyage. Je les accompagnerai de quelques commentaires ou anecdotes, mais je ne pourrai me lancer dans un récit aussi détaillé que le précédent: comme je l'avais écrit en préambule, la mémoire ne retient malheureusement que les moments les plus forts, et oublie les petits rien qui pourtant, nous avaient émus dans l'instant.Ainsi vont les choses...

Nous étions partis de Marrakech: je vous épargnerai donc ce chapitre, longuement détaillé précédemment. Ce séjour était bien moins sportif, puisqu'il s'agissait d'un circuit en 4X4, vers le désert. Mais j'ai une bonne excuse: nous avons fait ce voyage à l'occasion d'un "franchissement de dizaine": par un hazard heureux, parmi nos amis, 4 d'entre eux fêtaient un anniversaire au chiffre rond...je ne dévoilerai pas le chiffre des dizaines! Ce que je peux dire en revanche, c'est que certains ne se sentaient pas capables de trekker dans le désert...

Après une première journée passée à Marrakech, nous avons pris la route pour Taroudant. Dépaysement garanti, après le bruit, la foule de la ville, les montagnes de l'Atlas, à perte de vue...

La transition se fait bien sûr en douceur: nous traversons des villages qui ressemblent à ceux que nous visiterons, dans la vallée de l'Ourika.

village_ourika

Nous empruntons la route de Tizi n'Test, qui est l'une des plus impressionnantes routes de montagne du Maroc. Les habitations se raréfient, la nature s'amuse avec les couleurs...

le_rouge_est_mis

Nous sommes pressés de découvrir le desert. Mais notre première étape est Taroudant. Cette ville a un charme particulier. Très touristique, mais plus sauvage que Marrakech...plus pauvre aussi. Au détour d'une rue, les marchands vendent leur pain, des petits gâteaux dégoulinants de miel, ou encore des tajines qui mijotent sur leur brasero,parfois à même le sol...il faut maintenant oublier d'où l'on vient, pour s'imprégner de cette culture, la comprendre: nous sommes "ailleurs"...

Taroudant

Le lendemain, nous empruntons une nouvelle piste, en direction du sud. Nous traversons de longues distances désertiques, et puis soudain, des arganiers, semblants défier le soleil et les vents parfois violents du desert, offrent leur ombre rafraichissante à des bergers, gardiens de troupeaux immenses.
Les villages que nous traversons maintenant ressemblent plus à des oasis: l'eau comme partout au Maroc, ruisselle en canaux étroits, et permet des cultures diverses. Mais l'Atlas est proche: ce sont juste des coins de verdures, arrachés à la montagne. La piste devient de plus en plus cahotique, donnant l'impression de s'enfoncer chaque jour un peu plus vers un inconnu que l'on devine fascinant.

piste_encombr_e

Et partout où l'eau est présente, l'Homme, inlassablement, domestique la nature, cultive une terre qui s'avère généreuse, trasse des sillons, donne au décor une rigeur géométrique.

La montagne qui entoure, elle, domine de ses reliefs tourmentés, de ses courbes, de ses rondeurs insolites. Ici, la roche s'est tordue sous l'effet de l'activité volcanique.

cultures

Nous avons pris la route d'Ighrem, et sommes sur la piste qui mène à Tata. Cette petite ville "sent" déjà le désert. C'est d'ailleurs la porte du désert! La route qui y mène est splendide, pleine de contrastes:

         piste_pour_Tata

                            palmiers

A Tata, j'ai fait une rencontre! Comme on en fait rarement. Nous avons flâné, dans les souks, dans les rues poussiéreureuses, et je me sentais suivie. Mon mari l'avait remarqué aussi, et me demandait de me méfier. Je ne ressentais pas vraiment de danger, et j'ai continué à m'imprégner des lieux sans plus de tracas. Mais j'ai senti soudain une main prendre la mienne. Je me suis retournée, et je l'ai vu: un charmant papy (rien de péjoratif dans ce mot) au large sourire et aux yeux pétillants, qui me dit "bonjour! soyez les bienvenus aux Maroc! Vous êtes français? j'aime beaucoup la France! Je suis venu en France!"

Ce monsieur était ancien combattant. Il s'est mis à me raconter ses souvenirs, avec du soleil plein les yeux. A ce moment, j'ai compris que les voyages en groupes n'étaient pas faits pour moi. Ces visites au pas de course, pendant lesquelles on ne peut s'offrir la moindre fantaisie ne sont définitivement plus pour moi. Je lui réponds, bien sûr, mais il voit bien que je ne peux rester. Alors il se met à marcher à mes côtés. Il me demande si j'aime son pays, je lui réponds que oui, évidemment, et il me dit "ça se voit". Ca me touche. Mon mari me demande de me dépêcher, mais je me sens écartelée entre la nécessité de presser le pas pour ne pas perdre les autres, et les scrupules à voir ce vieux monsieur galoper en soufflant à mes côtés. Je lui demande de s'arrêter, lui dis que je regrette, qu'il voit bien que je ne peux rester mais il n'abandonne pas. Il presse encore le pas. A l'approche de l'hotel, tout le monde ralentit et je peux enfin lui accorder un peu de temps. Il sort alors de sa poche une carte postale qu'il me montre, avec une immense fierté dans le regard.

Tu vois, c'est un monsieur qui me l'a envoyée! je l'ai connu ici! je la montre à tout le monde, à mes amis... regarde!      

Je regarde et je vois en effet...et je comprends. Cet homme voyage par procuration: il a la nostalgie de sa jeunesse, pendant laquelle il est venue en France. Il n'a pas bougé depuis son retour au pays, mais ces cartes postales du bout du monde...enfin, de son monde, sont ses voyages à lui. Il m'émeut. Il le sait! Il a l'oeil vif! Il veut faire une photo avec moi. Mon mari nous photographie. Je lui demande aussi une photo de lui, seul, et il accepte. Ce sera la seule personne au Maroc, qui ne me demandera aucune rémunération pour une photo...à non! un jeune vendeur de volaille aussi!...triste réalité des sentiers battus par un tourisme de masse.

Au moment de partir, il me glisse un papier dans la main. C'est son adresse. Avant qu'il ne me le demande, je lui dis oui, je vous écrirai! il me serre alors dans ses bras à m'étouffer, sous l'oeil amusé de mon mari, et m'embrasse d'un baiser sonore sur la joue. Il s'éloigne comme un enfant, se retournant en me demandant promis? je réponds promis!

Dès notre retour, je lui ai écrit une carte postale, et j'ai glissé dans l'enveloppe une photo...

Je m'aperçois que je ne devais, dans ce chapitre, pas faire de longs récits. Mais il est des rencontres que l'on aime partager! cet homme ne lira sans doute jamais ces mots, et c'est dommage: je suis sûre qu'il en serait très fier. Cet homme, qui se cache sous de faux airs timides, c'est lui:

rencontre

Posté par neferka à 09:35 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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